Ad FamiL, xiii
2. De Nat. rerum, i, 45; 4UI : lUoJ ; ii, 61 ; iv, 726; ete. .
pouvait ne prêter qu'une oreille distraite à ces pressantes leçons. Mais Lucrèce ne lui laisse aucun repos; il se place en face de lui, l'argumenté avec force, le prend à parti, le pousse à bout. C'est un dialogue, une polémique ; Lucrèce écoute avec impatience les objections de son disciple ; il y répond avec hauteur'. Il se souvient d'ailleurs que Memmius est un juge difficile, assez dédaigneux des lettres latines, comme on l'a dit plus haut. Lucrèce fera tout pour ne pas le rebuter : u II dorera de miel les bords de la coupe » ; c( il corrigera par la poésie l'amertume de la doctrine », et, par cet artifice, il essayera de retenir l'esprit de Memmius. Il polira son œuvre de son mieux ; cent fois il remettra sur l'enclume les vers mal tournés. Le pauvre poète se tue à la peine ; quand, son travail achevé, il l'examine avec sang-froid, son regard s'arrête avec désespoir sur les angles, les aspérités de son ouvrage, et il gémit d'offrir à son ami des vers si laborieux'.
Mais ce n'est pas tout. Il est évident que Lucrèce fait souvent allusion, dans son poème, à l'existence agitée, inquiète et tumultueuse de Memmius : « Bien des gens, dit-il, s'imaginent en rêvant qu'on les conduit à la mort'. » Ces obsessions douloureuses devaient être fréquentes au temps de Memmius, quand le matin on attendait la nouvelle liste de Marins ou de Sylla, et quand le soir on racontait la mort tragique d'un personnage en vue, tué par les poignards de Clodius. Memmius pouvait-il ne pas un peu se reconnaître, lui et la plupart de ses amis, dans l'énergique peinture de cette classe d'ambitieux, qui semble naître surtout dans les temps les plus troublés des révolutions civiles : Mon rival est plus puissant que moi; il marche au milieu des honneurs, il a des statues, le laticlave, les sacerdoces ; il a l'oreille du peuple, son nom est prononcé par la foule plus souvent que le mien. Cela ne