‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 37 sur 345 · Ibid., IV, 1014 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., IV, 1014 sqq

peut durer : faisons parler aussi de nous, ensanglantons les comices ; il y a place au soleil pour plus d'un Catilina ' !

Lucrèce voyait Memmius engagé dans le conflit des factions, et, quand il maudit les misères et les déconvenues de l'ambition, il veut surtout arracher son ami à ces tempêtes, qu'il peint sous une forme neuve et saisissante. Lucrèce montre à Memmius le vrai Sisyphe, dont les lèvres ne peuvent toucher la coupe ardemment désirée : c'est l'ambitieux affamé de faisceaux, qui s'épuise à la poursuite du pouvoir, et n'a pas même la vulgaire satisfaction d'atteindre ces honneurs convoités avec frénésie. Tantale est sous nos yeux ; on le voit tous les jours au Forum mendier les charges, et ne pas même les obtenir. Revenir chez soi la tête basse, épuisé par d'inutiles efforts, écœuré par des flatteries avilissantes que le succès n'a pas récompensées, « c'est ressembler à celui qui pousse sur les flancs d'une montagne un rocher qui, tout près de toucher à la cime, va retomber dans la plaine\ » N'est-ce pas encore Memmius, ou quelqu'un de ses pareils, cet homme blasé par l'abus de la vie? Il réveille ses esclaves : « Vite, partons pour la campagne î » On dirait que le feu esta ses fermes, et qu'il court éteindre l'incendie! Mais à peine arrivé : « Dieux inuiiortels! que ces lieux sont maussades; ici on ne respire pas ! Rentrons à Rome sans retard^ ! »

Ainsi l'œuvre de Lucrèce, qui, au premier abord, semble s'isoler fièrement des passions contemporaines, rentre par mille portes dans l'actualité la plus brûlante. Memmius fut-il docile à ces conseils ? On peut le croire, en le voyant s'établir à Athènes avec la sérénité d'un homme désabusé, qui n'a plus d'autre souci en ce inonde que de passer une tranquifle et indolente vieillesse.

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