‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 41 sur 345 · Macrob., loc. cit.; Suét., Or · texte numérisé non relu

Macrob., loc. cit.; Suét., Or

ici, comme en toutes choses, c'est un homme bien difficile à comprendre, parce qu'il a jugé à propos de s'envelopper d'un personnage de convention. Comment ce précieux^ qui se donnait en parlant des airs indolents de petit maître ennuyé, pouvait-il aimer la société de Virgile et d'Horace, génies honnêtes et simples? Auguste n'était pas seul à rire des mièvreries d(i son ami : les « frisures » de Mécène ^ étaient célèbres dans tous les cercles de Home. Quand Sénèque voudra montrer qu'un style efféminé est l'image d'une vie voluptueuse, il ne trouvera pas d'exemple plus concluant que celui de Mécène" : « Son langage est aussi lâche que sa tunique sans ceinture; ses mots sont aussi recherchés que sa personne; » son éloquence n'est-elle pas comme ivre et chancelante? Aussi bien, qu'attendre d'un honune d'Ktat qui écrit un Traité sur la toilettr? Sénèque a détaché de cet opuscule deux ou trois citations, beaux échantillons du pathos romain, à côté desquels les mots les plus quintessenciés de nos Précieuses ridicules paraîtraient d'un naturel vulgaire, et d'une clarté horriblement bourgeoise.

Mais cela, est-ce bien le vrai Mécène? Sénèque lui-même nous avertit que, sous ces coquetteries de costume et de langage, il y avait une àme « grande et virile » *; cette éloquence flasque et molle était souvent sillonnée par des éclairs. Nous commençons (h^à à soupçonner que Mécène, en aft'ectant ces allures inotlensives de jouisseur évaporé, se donnait devant le gros j)ublic une attitude calculée. La politique d'Auguste, du moins à Hoiue, fut de garder les formes extérieures, le nom même de la Uépul)li(|ue, et, — (ju'on nous pardonne cette expression familière, — de gouverner le monde sans avoir l'air d'y toiicher. Kevétu d'une puissance à peu près absolue, chef incontesté de l'empire, il paraissait

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