‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 43 sur 345 · Vell. Paterc, Ihid · texte numérisé non relu

Vell. Paterc, Ihid

:\. C'est ce que dit à pcn prt's Sénèque : « Quam vitia sua laiere nnlucrit! ^^ (Ep., 114.)

î>Ô LES r.ENS DE LETTHES

un style musqué des lettres qu'au dehors on prenait au sérieux; mais sans doute Mécène devait bien en rire dans l'intimité. Nous ne prétendons pas cependant que, même dans la société de ses amis, Mécène fut tout à fait exempt d une certaine recherche; sans cela, les plaisanteries d'Auguste seraient inexpHcahles. Mais on ne nous fera jamais croire que l'ami d'Horace s'entretenait avec lui dans ce style étrange et entortillé : Horace l'eût hien vite planté là, Tui, ses fleurs et ses broderies.

Au niilieu de son petit cercle i'aujJHer, Mécène reparaissait tel qu'il était, légèrement r.^nchéri peut-être dans sa façon de dire, mais avec un fonds exquis de bon sens et de goût. Il n'est pas possibh* que le protecteur d'Horace, de Virgile, de Properce, ait été un mau\ais juge en matière de littérature. Il aimait les beaux vers, et savait les reconnaître. Les siens, — j'entends ceux qu'il fit pour lui et ses amis, — étaient presque excellents. Cette épigramme si connue par la traduction de La Fontaine :

Dc'fùleiii facito iiianii,

Dthiltin ptHie, coxa,

Tiiber adstrue gibhcruiu', ri.-.

n'est pas inspirée sans doute par une sagesse bien haute, mais elle est enlevée d'un tour vif et piquant.

Auguste et Mécène ont donc apprécié la littérature en amateurs éclairés ; leur grand plaisir était de causer du dernier livre mis en vente chez le libraire à la mode. Ayant en mahi la puissance, il n'est pas étonnant qu'ils en aient usé en faveur de ces hommes dont le commerce était pour eux la plus agréable distraction des soucis et des vulgarités du gouvernement.

1. Sén., E/).. 101: SorviiK, ntJ Gcorçj., ir. \1\ Vita Ilomtii: etc. — Il avait érrit un Promothê,' (Son., Ep., 19), et un lionffitrt où Mt'cène, en présence de Vir^'ile et dHorare, disputait sur les mérites du vin. (Seivius, ad ^neid., viii, 310.) — Sénéque (E/>. ad Luc, \)-2) cite ce beau vers de Mécène Nec tumulum euro; sepelit .\alura iTlictos.

ET LEURS PROTECTEURS A ROME. ô7

Mais ce n'est pas à dire que ce patronage si libéralement accordé aux lettres fût désintéressé de toute vue gouvernementale. Comme nous l'avons déjà dit plus haut, Auguste et Mécène ont protégé la littérature à la fois par goût et par calcul. Hes gens si avisés, attentifs à ne rien négliger des intluences propres à consolider leur œuvre, ne pouvaient dédaigner l'action des lettres sur l'esprit public. Les faits d'ailleurs ne permettent guère de méconnaître ici les conseils de la politique: Virgile consacrant de ses mains la dynastie d'Auguste, Horace obligé de se défendre contre des sollicitations évidentes. Properce résistant péniblement aux mêmes exigences, toute une école de panégyristes exaltant à l'envi les événements du règne, attestent clairement que cette littérature a été sollicitée dans un sens politique.

Il faut remarquer cependant, comme un fait assezcurieux, qu'il serait difiicile de prouver par des textes formels l'intention d'Auguste de faire servir les lettres à sa cause. Parmi les documents si nombreux et si variés qui nous racontent la vie littéraire à cette époque, et les rapports des écrivains avec les puissances, pas un seul n'affirme explicitement qu'Auguste ait voulu faire de la littérature un instrument de règne ; cette main-mise sur la poésie et sur 1 histoire, en vertu d'un plan arrêté d'avance, n'est positivement signalée nulle part. Suétone, par exemple, après nous avoir appris qu'Auguste « favorisa les lettres partons les moyens possibles* », ne profite pas d'une occasion si naturelle pour attribuer cette bienveillance marquée à une habikté politique. Les commentateurs et les biographes de Virgile, si prolixes d'ordinaire, n'ont pas même l'idée de nous dire à quel point V Enéide secondait les desseins de la politique d'Auguste, et servait les intérêts de sa dynastie \

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