‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 48 sur 345 · Ilor.. Ofl., m · texte numérisé non relu

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KT LKURS PHOTECTKURS A ROME. 63

tombe de Marcellus ne pouvaient plus servir à rien; mais ces hommages montraient encore qu'un homme sur qui Auguste avait jeté les yeux, auquel il destinait l'empire, n'était plus un personnage purement humain, et que quelques-uns des rayons de la divinité du prince étaient déjà descendus sur son front.

Il est certain que les lettres pouvaient rendre, et ont en effet rendu d'éminents services à la politique impériale. Horace et Virgile, avant tous les autres, en couvrant le régime naissant de leur gloire et de leur popularité, n'ont pas été peut-être beaucoup moins utiles à l'œuvre d'Auguste que Mécène et Agrippa.

Mais il faut savoir dans quelle mesure le prince a réussi à rallier autour de lui les écrivains de son siècle, combien il est resté d'adversaires ou d'indépendants, inaccessibles aux séductions d'une bienveillance si largement ouverte, même aux talents médiocres.

11 n'est pas facile de le dire aujourd'hui. Nous connaissons, il est vrai, surtout par une page d'Ovide, un très grand nombre de poètes dont il vante complaisamment les travaux; mais nous ne savons guère quelle attitude ils prirent devant le pouvoir qui les appelait à lui ; nous ignorons s'il faut compter, parmi les amis du Palatin, Camérinus, Trinacrius, Capella, Tuscus, les deux Numas, Turannius, Puppius, Ponticus, etc., tous ces faiseurs d'épopées, de poèmes didactiques, de drames, d'élégies, qui passent rapidement devant nos yeux comme de pâles témoins \ D'autres, Furnius, Bibulus, Macer de Vérone, Fuscus Aristius, Fundanius, Servius, etc., étaient les amis de Virgile et d'Horace' ; nous avons donc le droit de soupçonner qu'ils fréquentaient chez Auguste ou Mécène. Mais cela n'est pas encore bien certain; Horace n'était pas homme, dans le choix de ses amis, à consulter le bon

1. 0vi(i., Pouf.. IV. iO; llur., Ep., I, i, 07 et Aciuii, i/jid.; Prup.. i. 7; elc.

2. Ilor., Off., i, 22: Saf., ï, ix, 61 ; I, x, 48-50 et 94; Ep., I, x; Servius, iii Ed., v: etc.

plaisir du prince; il restait lidèie à plus d'un vieux camarade, autrefois connu dans le camp de Rrutus, et resté répnblicain de cœur. Des écrivains relativement célèbres, comme Fénestella et ïrogue Pompée', ne peuvent pas non plus être mis avec certitude parmi les partisans de Tempire. Enfin Tihnlle lui-même est difficile à classer.

Ce poète n\a pas été sans doute un emiemi d'Auguste; la politique d'ailleurs dut tenir bien peu de place dans cette vie consacrée presque tout entière aux faciles jouissances. Mais Tibulle paraît avoir vécu loin des faveurs du gouvernement, car il garde sur le prince et sur Mécène un silence complet. Messala lui suffit; ce grand personnage est la seule divinité à laquelle il offre son encens'. Messala, que la raison avait réconcilié avec Auguste, était cependant trop riche, trop fier et trop puissant pour se mêler à la foule des courtisans vulgaires. Comme Mécène, Messala eut sa clientèle de gens de lettres : Tibulle, Vjdgius, Ovide, Sextilius Héna, Lynceus peut-être, Cornélius Sévérus^ et quel(|ues autres. Il s'en fallait de beaucoup que ce petit cercle fut une coterie d'opposition, puisque plusieurs allaient sans difficulté de la société de Messala à celle de Mécène ou d'Auguste; mais on parlait là plus librement des affaires politiques, Sextilius osait y lire des vers sur le meurtre de Cicéron'% et la plupart de ceux qui entraient dans cette noble maison appartenaient à Messala plutôt qu'au gouvernement. Il est donc difficile de les mettre tous parmi ceux que l'empereur avait délinitivinnent conquis.

Il en faut dire autant du cercle littéraire de I*olHon; cet homme, le plus considérable peut-être de Home, après

1. Copi^ii(l;int Justin 'xi.iii, o) nous apprend que le père de Trofriie Punipée avait été secrétaire de César; on peut donc croire, avec beaucoup de vraisemblance, que Ihislurien était attadié a la cause «l'AnfrusIe.

2. Tib., (\trf)i., i, 1 ; i, 3; i, 7; ii, 1 ; Vi/a Tiff. — Quelques critique-; nadniettent pas rautbcnticilé du pané^^yrique de Messala (iv, i).

:j. Tib., IV, \, V. no sqij.; Ovid., l'onf., i. 1; Séii.. Suas., vi; Trop., ii, lli. 4, Sénèque (/oc. /•//.) dit que celait un pnéte " in.Pfjualis. inr/rniosus mayis »> qunm rrudilus ".

l'empereur, subit le nouvel ordre de choses, mais refusa toujours de courber la tête. PoUion était une puissance qu'Auguste respectait, et qui ne pliait pas devant celle de César. Il écrivit avec une rare liberté l'histoire des guerres civiles, (( œuvre pleine de périls ' » , et trouva le moyen, sans offenser l'empereur, de louer Brutus et Cassius". On sait assez quel intérêt Pollion portait aux choses littéraires; il fonda une bibliothèque à ses frais, il inventa ou perfectionna les recltations'^. Il aimait à réunir chez lui les beaux esprits du temps, sans trop regarder s'ils étaient ou non agréables à César. Sans exclure les gens de lettres dévoués à Auguste, puisque Virgile et Horace étaient au nombre de ses amis, il ne craignait pas d'ouvrir sa maison aux écrivains les phis indépendants \

Auguste eut même contre lui, cela est certain, une partie des écrivains de son temps. Labiénus lui fit dans son histoire ime opposition sans merci; l'historien Timagène, logé dans le palais, s'éloigna bruyamment du prince, après avoir trahi sa confiance; des ennemis acharnés le poursuivirent de leurs épigrammes, de leurs pamphlets, de leurs testaments satiriques', l^ibiilus et Yolmmiius écrivaient avec affectation la vie des meurtriers de César et des héros de la résistance républicaine ^ Le poète Anser, autrefois protégé par Antoine, garda obstinément le souvenir de son ancien patron". Nous voyons Horace et Virgile aux prises avec d'obscurs écrivains, des Bavius, des Man ius, des Corbilius Pictor, des PétiliusFaustinus, des l\antilius, hommes

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