llur., Ep., 11, 1, 119 sqq
70 LES LIKXS DK LKTTRi-S
cher quelque largesse à Auguste ou à Mécène : a II me faudrait doter ma sœur, ma mère est bien pauvre. J'ai un petit bien, mais il ne nourrit pas son maître, et je ne puis m'en défaire. » Cela voulait dire : a Donnez-moi donc à manger!» On se décide à calmer Tappétit de ce pauvre hère ; mais un autre a senti Todeur de hi curée ; il accourt en criant : a Et moi, n'aurai-je pas ma part ^ ? » Horace, il est vrai, nous avertit que cette effronterie n'est pas le bon moyen d'obtenir; mais j'ai quelque peine à le croire. Il suffit de connaître les lois éternelles de la nature humaine, pour ne pas douter que les écrivains les nïieux partagés étaient ceux qui demandaient le plus souvent, et avec le plus d'insistance. Ils s'étonnaient même que les générosités du pouvoir se fissent attendre quelquefois. Apeine le bruits'est-il répandu qu'ils ont donné des vers au publie, ils espèrent que le prince va les mander au Talatin, et leur tenir ce petit discours : « C'est très bien, mon ami ; désormais vous pouvez, libre de tout souci, vous abandoimer à vos illustres travaux ; je me charge de votre avenir, vous serez à l'abri du besoin. » Kt, si le gouvernement t;u'de un peu, on s'indigne d'être négligé, de voir méconnus « ces poèmes tissus avec un art si tin* ».
Nous n'avons pas du reste le registre des munificences d'Auguste et de Mécène ; nous ne connaissons pas tous ces ditala calum noiuina que Martial pouvait à peine compter, et dont il enviait la fortune \
D'autres étaient plus facilement pris par la vanité : un regard, un sourire du maître, une parole liatteuse, une allusion délicate à leurs ouvrages était déjà une belle récompense. Etre vus en tête à tète avec Mécène, paraître aux côtés d'Auguste dans une cérémonie pul)lique, recevoir du prince ou du ministre une invitation à diner, était le dernier terme de leurs vœux. Dollion venait d'imaguier les lec-