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iZ LES GKXS DE LETTRES
tous les traits à Horace, et qui nous montrera, dans la vérité de leur caractère, quelques-uns de ces jeunes poètes qui fréquentaient le monde officiel.
Horace nous fait quelque part l'agréable tableau de la petite cour lettrée qui accompagnait Tibère, quand celui-ci fut envoyé par Auguste pour mettre Tigrane sur le trône d'Arménie. Tout d'abord notre esprit ne s'accoutume pas à cette idée : Tibère entouré de poètes ! Nos souvenirs imaginent difficilement un autre Tibère que celui de Caprée : ils revoient toujours cet bomme sombre et tragique, fermé à ses amis les plus intimes, et qui se fait peur à luimême. Ce Tibère de l'avenir s'annonçait bien un peu déjà par des signes qui inquiétaient les bons observateurs : il croyait au fatalisme, et cultivait l'art des savantes obscurités; quelquefois, le cou raide et penclié, Tibère prenait un air soucieux et taciturne. Mais la plupart ne voyaient que sa belle jeunesse et ses victoires. Il avait alors vingt-deux ans, et donnait les plus légitimes espérances à l'empire; des succès précoces contre les Cantabres et la mission flatteuse qu'Auguste venait de lui confier l'avaient déjà mis liors de pair. Avec cela, une brillante culture, le goût des lettres et de l'érudition ; on pouvait même lui reprocber de verser dans le pédantisme^ Cependant il ne dédaignait pas pour cela la poésie et les poètes; il est probable qu'à cette époque, il avait déjà composé son poème sur la mort de César'; entin la petit(! troupe littéraire qui tourbillonnait autour du Palatin ne craignait pas son commerce.
Aussi, lorsqu'on sut que Tibère emmenait avec lui quelques poètes dans sa lointaine mission, toute cette jeunesse lettrée voulut être inscrite sur la ûmieuse liste. Ce voyage en Orient, qui tenait à la fois d'une andjassade et d'une expédition armée, fut préparé par Auguste et Tibère comme une affaire sérieuse, par les jeunes amis de ce der-
i. Voy. liv. IV, cliap. i.