Suét., Tih
nier comme une longue partie de plaisir. Parcourir des pays nouveaux et curieux, aux frais du trésor public, avec tout le confortable que l'administration romaine réservait aux voyageurs officiels, être accueilli comme des dieux par ces Grecs de l'Asie Mineure, qui n'avaient jamais assez de protestations de servitude j)our les représentants de Rome, courir même la chance de quelques escarmouches contre les populations arméniennes, cela n'avait rien de désagréable pour des jeunes gens alertes, gais, insouciants, qu'aucune affaire et aucune ambition ne retenaient en Italie. Encore ne quittaient-ils pas Rome, ils l'emportaient avec eux; car^ pour cette petite confrérie de poètes amateurs qui se grisait de ses propres applaudissements, Rome, c'était ellemême.
Cependant tout le monde ne pouvait pas être du voyage ; il fallait faire un choix entre des vanités égales. Nous savons, par exemple, que Septimius désirait fort être du cortège, ou, comme on disait, de la cohorte de Tibère. N'osait-il pas exprimer tout haut ses vœux, ou bien les démarches essayées jusque-là avaient-elles été inutiles? Nous ne savons; quoi qu'il en soit, Horace intervint officieusement, peut-être à contre-cœur : nous avons encore le billet où il prie Tibère d'admettre Septimius parmi ses compagnons, et de a le mettre sur sa liste ^ ».
Enfin la caravane se met en route, et nous connaissons positivement, par une autre épître d'Horace-, plusieurs de ceux qui en faisaient partie. Nous y remarquons d'abord Julius Florus, jeune homme de grand avenir, et qui peut aspirer à tous les genres de succès ; c'est à lui qu'Horace écrit sa lettre : a Tu n'as pas un génie médiocre, lui dit-il ; soit que tu aiguises ton éloquence pour les combats du barreau, soit que tu te prépares à donner des consultations sur le droit, soit que tu aies l'ambition de composer de jolis
1. Hor., £■/;., 1, ix. Il n'est pas bien certain d'ailleurs que celte lettre ait été écrite précisément à l'occasion du voyage de Tibère.