Sorv.. ad Ed., x. 1. Cf. ad Goorq.. i
ET LKL'RS l'ROTJiCTKURS A ROME. 81
pu abaisser son caractère devant les puissants du siècle. Cela n'est pas tout à fait impossible : Virgile, faible, sans défense, a pu croire qu'il devait ce sacrifice à Auguste; il a pu consentir à ce qu'on n'aurait pas même osé proposer à Horace.
Mais ce récit est loin d'être certain. La demande d'Auguste au poète est déjà fort singulière, et éveille nos soupçons ; on ne comprend pas cet « ordre * » brutal, donné à un homme qu'on aime et qu'on estime. Rien de plus contraire h ce qu'on sait d'Auguste, de son esprit libéral, de sa douceur, de son indulgence, de sa facilité à oubher les injures. On ne voit pas bien d'ailleurs comment l'éloge de Gallus pouvait trouver place dans un poème consacré à l'agriculture, et dans un ouvrage où Virgile semble affecter de ne prononcer cette fois d'autres noms que ceux d'Auguste et de Mécène. Mais surtout comment un exemple si curieux et si concluant de l'action exercée par Auguste sur les écrivains dévoués à sa politique ne nous est-il connu par aucune information contemporaine, et même par aucune allusion postérieure jusqu'au quatrième siècle? Sous l'empire, Juvénal, Martial et dix autres aiment à rappeler cette époque heureuse où les plus grands poètes de Rome vivaient dans le commerce du prince ; il est étrange que jamais un seul mot n'indique ce témoignage si extraordinaire d'obéissance et d'empressement que Virgile aurait donné aux volontés d'Auguste -.
L'histoire même du patrimoine de Virgile, confisqué par les triumvirs, puis rendu à son propriétaire, cette histoire qu'on croit si simple et si facile à raconter, est loin d'être