Juhcute Augusto, » dit Servius
2. On .1 dit souvent que Virgile avait écrit les Géorgiques par Tordre de Mécène. Il seujble lui-même en faire l'aveu {Georg., m, 41) : a Tua, Ma-ccnas, haud mollia Jussa. » Le commentateur ajoute ici : « Id est, scribamus carmen agreste hnperatum à Ma-cenate; >» mais ce n'est qu'une glose littérale. N'est-il jKis évident que l'expression « haud motlia jussa » ne doit pas être prise à la lettre? Je crois que la courte notice qui précède le commentaire de Servius donne ici la note juste : '< Proposuit Mœceaas Georgica. »
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exactement connue. Le fond, d'ailleurs, nous Favouons, en est incontestable : il est avéré que le domaine du Mincio, donné d'ai)ord à un vétéran, fut restitué au poète par la bienveillante intervention d'Octave, et que Virgile écrivit sa première idylle pour remercier la divinité propice qui lui rendait, avec Taisance, la liberté de son génie. Mais il eut de la peine à faire reconnaître ses droits ; il fut menacé mémo par un centurion brutal, — Clodius ou Arrius, — installé sur sa terre par le droit de la force. Dans la IX' églogue, Lycidas dit à Mœris, l'intendant de Virgile : « J 'avais ouï dire que votre Ménalque, pour le prix de ses vers, avait conservé tout son bien, depuis Tendroit où les collines commencent à s'abaisser, et s'inclinent en pente douce, jusqu'au fleuve, et jusqu'à ce vieux bétni dont la tète est brisée. — Oui, répond Mœris, le bruit en a couru, mais les vers sont impuissants, dans ces temps troublés par la fureur de Mars. » Cette soldatesque, violemment installée dans les campagnes de Mantouc, alléctait, en effet, de tenir fort peu de compte des ordres d'un gouvernement à peine reconnu; de nouvelles démarches furent nécessaires pour remettre Virgile en possession de son domaine. Mais le recouvra-t-il tout entier, ou reçut-il en dédommagement des terres en Campanie? Cela reste douteux. Est-il vrai, comme le raconte le biographe de Virgile, qu'un jour le centurion se soit jeté sur le poète l'épée à la main, et que celui-ci, pour sauver sa vie, ait traversé le Mincio à la nage? Cette circonstance paraît bien romanesque. Beaucoup d'autres points sont obscurs dans la suite et les détails de toute cette aiïaire \
Une reste-t-il en somme de cet incident comme de la plupart des traditions relatives à Virgile? Moins des détails avérés qu'un grand fait qui domine toute cette vie, moitié historique, et moitié légendaire. Ce fait général, qui explique même les chapitres les plus évidemment fantai-
1. Virg., Erl.^ letix; VUa, 31, ;Ui et 0(); Srhol. liern. {Ed., ix, Argiim.); Servius, ad Ed., iv, 1; etc. — il résulle d'un passage (rAulu-Gelle fvir, 20) que Virgile avait une inopiiété près de Noie, en Campani^'.
sistes du roman virgilien, c'est le long et intime commerce d'Auguste avec le poète national de Rome. Ces relations commencèrent de bonne heure, et le nom du prince est encore mêlé aux derniers instants du poète ; on le retrouve enfin, dans le testament de Virgile, avec celui de ses amis les plus chers'. Auguste, Mécène, Virgile, Horace, Plotius, Tucca, Varius, voilà ceux qu'il ne faut pas séparer, entre lesquels, quand les portes étaient closes, il n'était plus question de rangs sociaux.
11 y avait d'ailleurs, dans cette intimité, des nuances permises. Il semble, par exemple, qu'Horace ait été plus attaché à Mécène, et que Virgile ait plus aimé Auguste. On sent, à la manière dont il parie du prince, non l'hommage banal d'un empressé, mais la sincérité d'une admiration profonde. Auguste, à son tour, le traitait avec une famiharité affectueuse et délicate ; il écrivait à Virgile des lettres charmantes, qui lui arrivaient quelquefois du fond des provinces où les intérêts de la politique avaient appelé le prince : on menaçait plaisamment Virgile de la colère impériale, s'il refusait de faire connaître à son redouté maître et seigneur le plan, la première ébauche, une page quelconque de cette épopée que la voix publique annonçait déjà comme une seconde Iliade-. Virgile, dit-on, répondit à Auguste, avec sa simplicité ordinaire : (( Je vous enverrais volontiers mon poème, si je le jugeais digne de votre attention. Mais ce n'est encore qu'une ébauche, et il fallait que j'eusse perdu l'esprit, pour m'engager dans une si difficile entreprise '. »
L'œuvre de Virgile est remplie, on le sait, du nom d'Auuste, et de l'éloge de son gouvernement réparateur \ On
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