‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 66 sur 345 · hl., f · texte numérisé non relu

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sans doute, ne doit pas être pris à la lettre ; mais la curieuse biographie du poète, écrite par Suétone, ne permet pas de douter qu'Auguste a fait positivement des avances à Horace. Il avait déjà gagné Virgile; gagner Horace, un des écrivains les plus populaires de son temps, c'était une haute pensée et un iiabile dessein.

]\Iais cette fois la conquête était plus difficile. Bien qu'Horace fut aussi peu que possible un personnage politique, cependant son passé, l'emploi miHtaire qu'il avait rempli dans Tarmée de lirutus, l'attachait plus ou moins au parti vaincu, et, pour briser ce lien, il fallait quelque temps. D'ailleurs, par où prendre un homme sans ambition et presque sans besoins, et comment retenir, même avec tous les égards et tous les ménagements, un caractère si jaloux de son indépendance, et que l'ombre même d'une servitude aurait effarouché? Auguste réussit pourtant à mener à bien cette délicate entreprise, mais il fallut de longues années pour achever sa victoire.

S'il était possible d'établir avec sûreté l'ordre et la succession des œuvres d'Horace, on suivrait avec intérêt cette évolution morale qui le rapproche lentement de l'empereur. Après la défaite et la ruine des idées républicaines, il dut se résigner d'abord à l'ordre nouveau, l'accepter ensuite par lassitude et par nécessité, l'approuver par raison. Peu à peu il devient évident pour lui qu'Auguste représente la paix, la sécurité, le relèvement de la grandeur romaine. 11 admire alors, il chante même le réparateur de l'ordre public; mais il se tient encore à quelque distance du Palatin, il garde une attitude réservée et même un peu défiante. Cependant Virgile, Varius, Mécène, qui sont déjà au nombre de ses amis les plus chers, le font entrer tout doucement dans le cercle intime d'Auguste ; Horace apprécie les aimables qualités du prince, et, sans jamais se livrer tout à fait, finit par l'aimer sincèrement.

Voilà quels furent probablement les degrés de cette conversion qui conduisit Horace, de la résignation presque

hautaine des premiers jours, à un commerce affectueux. Nous ne sommes pas en état, il faut l'avouer, de suivre avec précision chacune des phases de ce curieux changement politique. Mais, du moins, il est très facde de voir qu'Horace a traversé une assez longue période de réserve et de demirésistance. 11 refuse de renoncer à de vieilles relations un peu compromettantes; il loue, sans embarras comme sans affectation, a le noble trépas de Catou^ », et n'hésite pas à citer un souvenir « de l'époque où Brutus gouvernait comme préleur la province d'Asie- ». Cette ode à Pompéius Varus, où Horace rappelle à son ancien compagnon d'armes la défaite de Plîilippes, loin d'être une insulte à son ancien parti, est au contraire un fier témoignage rendu (( au courage vaincu"^ ».

yuand Horace eut commencé de fréquenter Auguste, il le fit d'abord avec une sorte d'hésitation. Il a peur de trop s'abandonner, de tourner comme tant d'autres au serviteur empressé, de perdre, dans le commerce de César, quelque chose de son franc langage. Il prend d'adroits détours pour garder sa liberté tout entière, et échapper à des visites trop fréquentes : toutes les heures du prince sont consacrées aux grands intérêts de l'empire; un poète serait mal venu de troubler, par son bavardage insipide, les pensées de celui qui veille à la gloire et à la prospérité de Rome*; il serait coupable contre le public, si, par ses longs discours, il abusait des moments de César.

On sait qu'il ne tint qu'à lui de devenir dans l'Ktat une espèce d'homme important, de personnage officiel, et qu'Auguste voulut en faire son secrétaire intime ; il s'était ouvert à Mécène de ce projet : a Jusqu'à présent, j'ai suffi aux lettres de nos amis; mais maintenant, accablé de travail, et d'ailleurs un peu infirme, je veux vous arracher

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