‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 68 sur 345 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Y pensez-vous? A l'entendre, son petit génie ne va pas jusque-là. Sa rnusa pcdestris est incapable d'un pareil effort. Tout au plus peut-il, comme l'abeille de Mâtine, butiner maigrement sur le thym, et composer quelques méchants vers qui sentent le travail. A d'autres, à ces poètes illustres qui s'appellent Jules Antoine, Camérinus, Tuticanus, le soin de célébrer César, « quand, vainqueur des Sicambres, il traînera ses ennemis au Capitole derrière son char de triomphe' ». Horace craint d'amoindrir la gloire d'Auguste en la célébrant lourdement, leçon à plus d'un poète contemporain, qui d'ailleurs ne la comprenait

pas.

On nous opposera sans doute ces odes si nombreuses où la politique impériale est exaltée, où le libre penseur se fait dévot pour entrer dans le^ desseins d'Auguste, où le célibataire épicurien vante les vertus antiques et la sainteté du mariage, parce que le prince essayait alors de réformer les mœurs sociales. On pensera ce qu'on voudra de Tinconséquence de ce beau zèle, et de l'exagération certaine de ces éloges ; il n'en est pas moins vrai cependant qu'Horace a fait moins encore qu'on n'attendait de lui, et que, plus d'une fois, il a refusé de céder à des obsessions importunes.

On peut dire que rien n'est plus évident ; quatre ou cinq fois au moins, gêné par des sollicitations irritantes, il renvoie le soin de chanter les grandes actions d'Auguste à des gens plus habiles que lui. Voyez, par exemple, le délicieux dialogue d'Horace et de Trébatius; le poète, à qui ses vers agressifs ont fait beaucoup d'ennemis dans le peuple écrivailleur, va consulter le vieux jurisconsulte. « Si tu veux absolument écrire, lui dit Trébatius, hé bien! fais comme tant d'autres ; célèbre les exploits de l'invincible César; tu seras sur de ta récompense. — Je ne demande-

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