Ibid
90 LES GIÎXS DE LKTTRKS
rais pas mieux, vénérable père, mais les forces me manquent; est-ce que tu crois que le premier venu puisse comme cela décrire les bataillons hérissés de piques, le Gaulois frappé d'un javelot qui s'est brisé dans la blessure, et le Parthe blessé tombant de son cheval? — Mais tu pourrais te rabattre sur les vertus de César? — Je n'y manquerai pas, quand l'occasion sera favorable; car il faut choisir le moment, pour trouver l'oreille du prince; il se tient sur ses gardes, et ne veut pas d'un honuiiage maladroit ^ »
Sous prétexte qu'il a peur d'ennuyer Auguste, ou que les hautes inspirations lui manquent, le poète sait donc se dérober à propos. Il tient à laisser entendre bien clairement qu'il veut au moins travailler à son heure, que ses vers et son temps ne sont pas toujours disponibles, enlin qu'il n'est pas le fournisseur obligé de César. Pendant plusieurs années, il garde presque le silence sur le compte d'Auguste; et, même plus tard, quand la réconciliation est complète, quand il chante volontiers les bienfaits du règne impérial, de temps en temps, une note sournoise, glissée comme au hasard dans la dernière pièce qui vient de voir le jour, apprend qu'il serait dangereux de trop lui demander.
Aussi trouvons-nous fort peu vraisemblables deux ou trois lignes de la Vie iV Horace; s'il en fallait croire le biographe, Auguste aurait « enjoint » au poète d'écrire le Chant séculaire, et lui aurait <( commandé" » d'ajouter un quatrième livre d'odes aux trois premiers, publiés depuis longtemps déjà, pour y rappeler les succès militaires que Drusus et Tibère venaient de remporter sur les Yindéliciens\ Voilà des expressions bien étranges et bien lourdes; elles signifient tout au plus qu'Auguste a pu manifester à Horace un désir un peu vif, et