Sut.. I. VI. :;2 sqq. Cf. H. vi. 40 sqq
LKS GENS Dl<] LETTRES
poètes, et qui s'y est établi, en leur coinpagnie, sur le pied de la plus parfaite amitié. Il n'y porte aucun embarras venant de son peu de naissance, de bien, d'illustration civile et politique ; avec une égale aisance, il s'invite à la table somptueuse du tout-puissant ministre, ou l'appelle au partage de ses légumes et de son mauvais vin ; s'associe à la plus haute fortune, ou fait les honneurs de sa médiocrité. Il paye à la naissance, au pouvoir politique, au patronage littéraire, ce qui leur est du d'hommages; mais il a lart de les amortir, de les émousser par je ne sais quoi d'imprévu, d'accidentel, de détourné, qui leur retire le caractère de pures louanges, qui les rend propres à être offerts et acceptés par des esprits également délicats; il sait mêler à l'expression du respect, de la reconnaissance, du dévouement, des saillies de familiarité, des accents de tendresse, qui, malgré la différence des conditions, ramènent à l'égalité nécessaire en amitié. Horace n'est pas ce que tant d'autres voudraient être, le client, le complaisant, le parasite de Mécène; il est son ami. Il faut le proclamer à l'honneur de tous deux. Etre l'ami d'un ^rand est une situation difficile; Horace s'y maintient par une habileté qui n'est pas à la portée des plus habiles, car elle tient à son caractère par sa discrétion, par son désintéressement, par une attention suivie à ne jamais se prévaloir insolemment d'une illustre amitié, à ne point l'exploiter dans un intérêt de vanité, de cupidité*. »
Pour Horace, en effet, Mécène est le plus cher des anu's; il n'est guère autre chose. Le poète fait presque semblant d'ignorer que Mécène est le ministre d'Auguste ; il l'associe à peine aux magnitiques éloges qu'il fait du gouvernement du prince, comme si Mécène n'avait rien à prétendre dans les succès de ce règne. S il rappelle deux ou trois fois son rôle politique, c'est tout au plus un simple fait qu'il constate en passant; il lui dira, par exemple, en l'invitant à