‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 74 sur 345 · Tradndion des Œuvres d'Horace. (Inlroduclion · texte numérisé non relu

Tradndion des Œuvres d'Horace. (Inlroduclion

ij

dîner : « Renonce pour une heure à ta fastidieuse opulence. Viens oublier un instant avec moi les ennuis de la puissance. Grâce à tes soins, Rome est tranquille; à quoi bon d'ailleurs ces éternels soucis d'une administration vigilante ' ? »

Horace en agissait ainsi pour bien marquer le sens de ses rapports avec Mécène, et faire taire une opinion jalouse. Un certain public affectait de croire que, dans cette fameuse société des Esquilles, il se disait des choses très importantes, et qu'on y délibérait des secrets de l'État. Horace était la proie des nouvellistes ; on le prenait mystérieusement à part : « Tu sais tout, puisque tu approches des dieux : quelles sont donc les dernières dépêches arrivées de la Dacie ? — Ma foi ! Je n'en sais rien du tout. — Et ces domaines que César a promis aux vétérans, les donnera-t-il en Sicile, ou en Italie? — On m'obligerait de me l'apprendre. — Tu seras donc toujours un farceur! — Je veux être pendu, si je sais un traître mot de ces affaires'^ î »

Alors, de quoi pouvait-on causer, dans la société de Mécène, quand l'automne avait ramené dans la ville Horace, Virgile et Varius ? Mon Dieu î de ces mille riens, coupés de rêveries et de silences, qui suffisent toujours aux mêmes entretiens : « Il faut commencer à se couvrir, car les matinées deviennent fraîches... Le gladiateur Gallina est-il de la force de Syrus ^ ? » On parlait des folies qui se disputent le genre humain; Mécène lisait une épigramme; Virgile daubait sur quelque Bavius ; Horace racontait sa tournée du Forum, disait le prix du blé et l'état des récoltes. D'ailleurs aucun formalisme, et aucune étiquette ; on venait là en robe tombante, avec une chaussure qui n'était pas attachée selon les règles du bel air*. Horace, après avoir flâné de longues heures sur la Voie Sacrée., entrait tout couvert de

Page 1