‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 78 sur 345 · i:,, . \. vu · texte numérisé non relu

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De tous les écrivains du siècle d'Auguste, Properce est peut-être celui où l'on voit le mieux ce partage entre le désir d'être agréable au prince, la crainte de lui déplaire par un zèle maladroit, et l'attrait vers une poésie plus indépendante. Aussi avons-nous l'intention de nous arrêter un peu sur cette lutte curieuse, où nous verrons Properce écarter les obsessions honorables d'Auguste et de Mécène, tantôt en affectant de ne pas bien les comprendre, tantôt en déclarant très poliment qu'il ne veut pas les subir. Mais il faut d'abord le venger d'une injure assez accréditée sur son compte. On sait par son propre témoignage que, pendant les guerres civiles, une grande partie des biens de sa famille fut distribuée aux vétérans d'Octave; il rappelle, au même endroit, qu'il perdit *on père de très bonne heure, comme s'il voulait achever d'un seul coup le tableau des malheurs divers qui ont attristé son enfance * . On en a conclu bien légèrement que ces deux faits devaient avoir la même cause, et que le père de Properce, ayant embrassé le parti d*Antoine, avait été égorgé par Octave après la prise de Pérouse. Si cette histoire hâtivement construite était vraie, Properce serait le plus lâche des hommes, car il aurait dix fois loué l'assassin de son père. Mais cette accusation, comme on vient de le voir, repose sur un roman assez mal inventé.

Properce était un de ces jeunes poètes élégants, bien élevés, un peu frivoles, à qui Mécène et Auguste ne refusaient pas leurs bonnes grâces. S'il n'eut pas sans doute, comme d'autres, les honneurs de l'intimité, on le voyait cependant de bon œil chez Mécène et dans la maison d'Auguste-. En retour de cet accueil, la petite cour des Es-

\. Trop., IV, \, 127-130. — Dans nos citations de Properce, nous suivrons Paniienne division classique de ses poésies en quatre livres. Plusieurs critiques admettent une division difTérente, en cinq livres.

2. Chose sin{îulière ! Properce et Horace, qui ont dû se voir plus d'une fois chez Mécène, irardent l'un sur l'autre un silence complet. N'oublions pas cependant que Properce était beaucoup |)lus jeune qu'Horace; ces deux poètes rejtrésentaient des irénérations différentes.

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(|iiiliL's alteiidait quelque chose de sa complaisance : oii lui duniKiit à entendre qu'il ne déplairait pas à Auguste d'être loué par un si rare talent.

Mais Properce faisait la sourde oreille à ces avances, ou bien répondait d'une manière évasive : il ne refuse pas de chanter la gloire du prince, il fera comme les autres; mais l'inspiration est capricieuse ; attendons l'heure favorable. Qu'un bon vent vienne enfler sa voile, et l'on verra s'il redoute la haute; mer î En ce moment, il n'a pas la moindre vocation pour ces glorieux sujets, et l'avare Apollon ne lui envoie pas, foi de poète! la plus maigre inspiration épique. Oh! si les dieux lui avaient donné assez de génie pour peindre les combats, il ne voudrait pas, comme tant d'autres, redire les éternels Titans, ni cette fastidieuse histoire de Pergame, ni même le berceau de Home, les ressentiments de Cartilage, les menaces des Cimbres, les victoires de Marins. Tout cela est usé, démodé. Il sait bien ce qu'il ferait; il n'irait pas chercher si loin le sujet d'une épopée : Auguste (^t Mécène seraient son Achille et son Patrocle ' . Dans son poème, on verrait Mcjdène et Philippes, les trophées d'Actium traînés par la voie sacrée, h.'s rois vaincus chargés de chaînes d'or, et jamais il n'oublierait d'associer à Auguste le compagnon de ses travaux. Mais il ny faut pas encore penser; pour le moment, il n'y a de place dans ses chants que p<jur Cynthie : Cynthie est loute son Iliade.

Cependant Auguste et Cynthie se mêlent encore et se brouillent dans la tête du poète. Enfin l^roperce déclare qu'il est converti à des idées plus sérieuses. Assez longtemps il s'est occupé de pensées frivoles, indignes d'un Homain ; il veut désormais se consacrer à de plus grands sujets : (( Mon àme, laisse là tes humbles chants d'autrefois; monte plus haut. Muses, prenez des forces nou-

1. Ff, 1. -- Aiiuiislo (Vt inômo pour lui plus (in'iiii Acliille : crsl iiii ilioii (m, i, 1}: il le met presque :iii-(lfssus dr Jiipil.r : \ i.i- t/tnr/t/. snlm C.rsnre^ li'ima .Inrcin ! (ru, 1 1, \\{\.)

velles : il en faudra pour la grande œuvre que je rêve. Il est temps de parcourir l'IIélicon en chantant des chants nouveaux, et de donner carrière au coursier de ITïémonic. Maintenant je veux célébrer nos vaillants généraux, et la mêlée des combats, et nos armées romaines, et le prince aimé qui les commande. Si les forces m'abandonnent, mon audace me sera comptée pour une gloire : dans les grands sujets, c'est déjà beaucoup d'avoir essayé. Ainsi donc, je chanterai maintenant nos victoires, après avoir, en d'autres temps, célébré Cynthie \ )>

Properce, encore tout grisé de cette généreuse déclaration, profite de ce bon mouvement ; il esquisse à la hâte quelques-unes des gloires militaires du règne d'Auguste, et, la tête pleine d'une ardeur généreuse, ajoute avec confiance, comme un homme de cœur qui a pris une grande résolution, et se croit sur de lui-même : a Désormais, voilà mon camp et mes drapeaux ; la grandeur du sujet inspirera le poète '. »

Lorsque Properce disait adieu si bruyamment aux poésies légères de sa jeunesse, ne se moquait-il pas un peu et d'Auguste, et de lui-même, et surtout des poètes épiques, si nombreux de son temps? A certains signes, on pourrait le penser. Nous croyons pourtant que Properce était sincère, et qu'il prenait tout à fait au sérieux sa mission ; mais le lendemain il oubliait Auguste et la guerre des Parthes, et de nouveau Cvnthie suffisait à ses chants.

Cependant il paraît que Properce avait pris envers Auguste (ît Mécène des engagements positifs ; on lui rappelait ses promesses. Il cherchait alors des excuses : llorus, l'antique oracle babylonien, lui avait un jour donné de sages conseils : «( Défends-toi des grands sujets, et reste fidèle à l'élégie ; Apollon ne veut pas de tes grands vers solennels ^ » C'est aussi sans doute une ingénieuse ré-

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