IV. H
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bien loin du Style courtisanesqiK; ; ils sont les alliés, non les esclaves du pouvoir. 1)(î tous les grands poètes de ce siècle, (Jvide est le seul dont le langage soit intolérable, et Tattitude indécente, car il a loué Auguste et Tibère platement, sans conviction, et quand il se crc^yait victime d'une mesure arbitraire. Encore les llatteries qu'il leur envoie du fond de son exil peuvent-elles, sinon s'excuser, du moins s'expliquer sans peine : le malheur acheva de briser ce caractère qui n'avait jamais été bien vigoureux, et lui arracha des plaintes et des llatteries indignes d'un homme de Cieur. Si, au temps où Cicéron était banni de Rome, et remplissait toutes ses lettres des plaintes les plus navrantes, il y avait en quelque César à lléchir, il est bien probable que le grand orateur aurait abaissé son génie devant lui ; pardoimonsun peu à Ovide, à un homme qui ne se piquait guère de stoïcisme, de n'avoir pas été, devant l'infortune, plus ferme que Cicéron.
On connaît cette histoire; il suflit de rappeler comment Ovide, aimé et recherché de tout ce qu'il y avait à Home d'esprits distingués, coulait doucement les loisirs d'une vie laite tout entière de succès, lorsque tout à coup, à l'âge de cinquante ans, il reçut l'ordre de quitter Home et d'aller vivre à Tomes, aux extrémités de l'empire. La véritable cause de cet exil, ou plutôt de cette relégation, est encore un problème, et nous n'avons pas la prétention d'apporter quelque éclaircissement nouveau à ce singulier «'pisode. Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'il avait contre lui deux griefs : d'avoir écrit fArf d'^fij/irr, crime déjà lointain, ni.iis qui n'était pas encore oublié' ; ensuite, d'avoir \u certaine chose qu'il n'aurait pas du voir, ou sur laquelle il aurait du garder un silence absolu. Mais quelle est cette chose? Là est le mystère*.
Le désespoir d'Ovide fut accablant. La vie lui semblait
1. Voy., dans le livre second des Tristr.^, la Ionique et curieuse juslilicatioii (\cVArf iVaimrr (urOvidc préscnlo à Auyiisle.
2. Vov. Trhf.. ii; m, o: l'uni., ii, 2, o, 1 elU; m, .i; i-tc.
HT LKIUS IMIOTECTKURS A ROMK. i05
impossible, loin de Rome, loin de cette vie de plaisirs, de fêtes, de politesse, d'intrigues légères et d'occupations littéraires, loin de ces poètes dont on retrouve les noms dans ses élégies, et de ces réunions où le poète rencontrait partout un accueil empressé, des sourires et des paroles llatteuses. Quelques nobles esprits, comme Virgile et Ih^race, n'étaient jamais plus heureux que lorsqu'ils pouvaient s'échapper de la ville et des banalités de la camaraderie ; leur cri de l'àme était : O rus^ quando te aspiciam! Ils prenaient en pitié ceux dont tout le bonheur est de passer leurs jours auprès des grands : Pruetrant mdas et limina rp(jum\ Mais pour d'autres, au contraire, hors de Rome, des palais, de la société des grands, des lectures publiques, point de joie possible, rien qu'un inexorable ennui; et Ovide, moins qu'aucun autre, ne pouvait se passer de cette existence superficielle et brillante.
Le malheur le trouva donc sans défense. Raconter en détail à quelle extrémité d'adulation l'exilé descend devant Auguste, cela serait fastidieux. Entre tant de preuves de son incrovable abaissement, choisissons celle-ci. Il a reçu de Maximus Cotta trois statuettes d'argent, qui représentent Jules César, Auguste et Livie ; Ovide se précipite aux pieds de ces images sacrées avec une sorte de frénésie : « Heureux argent, oui, plus heureux que tout l'or du monde ! argent, tout à l'heure métal informe, maintenant divinité î C'est quelque chose de voir des dieux, de croire qu'ils sont là sous nos yeux, et de les entretenir comme s'ils étaient en eff(ît devant nous. Des dieux! quel présent ! Je ne suis plus relégué au bout du monde ; connne autrefois, je suis à Rome; et j'y jouis de toute ma sécurité; car je vois le visage des Césars, comme je le voyais en d'autres temps. J'aurais à peine osé pousser jusque-là mes espérances et mes vœux. La divinité, comme je la saluais, je la salue encore. Quand je vois César Auguste, il me semble que je vois