‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 84 sur 345 · Jiiv., MI : Mar · texte numérisé non relu

Jiiv., MI : Mar

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Mais voyons à quelles causes Juvénal attribue cette décadence. Le goût public est sans doute corrompu ? les fortes inspirations manquent peut-être à un siècle abâtardi? la servitude impériale a-t-elle pesé sur les lettres? la faveur de l'opinion s'est-elle refroidie? Enfin, il y a cent raisons de ce genre, bonnes ou mauvaises, dont un déclamateur de génie peut faire une thèse étincelante. Eh bien î rien de tout cela n'a frappé l'esprit de Juvénal. Selon lui, (( la muse est triste dans ce siècle lamentable », parce que la pauvrette grelotte au fond d'un galetas. Il n'y a plus pour les lettres de protecteurs généreux, et les écrivains dépérissent dans une indigence qui étouffe leur génie. Les poètes, il est vrai, vivent dans la familiarité des nobles; on les voit toujours dans les antichambres de quelque Camérinus. Mais la protection de ces grands personnages ne va pas plus loin : ils trouvent qu'un poète est trop cher à nourrir. Numitor n'a rien, quand il s'agit de secourir un ami, et pourtant il achète un lion qu'il entretient à grands frais î L'estomac d'un poète est donc plus exigeant que celui d'une bête féroce • ? Juvénal fait à ce propos un grand étalage de rhétorique et d'indignation : « Va, malheureux, brise ta plume, efface, eftace encore ces œuvres composées avec amour dans le silence des nuits laborieuses! Tes vers n'obtiendront que des compliments stériles. » Une belle chimère, vraiment, que la gloire, quand elle n'est pas accompagnée d'autre cli()sel Ahl autrefois, c'était le bon temps! Il était facile alors de bien écrire : Horace sortait repu d'une table opulente, quand il chantait VÉvo/té à la jeunesse romaine, et Virgile polissait à loisir son épopée dans une maison qui lui appartenait. Cependant, on re- ^erra peut-être ces beaux jours : voici l'aurore d'un siècle plus lavorable; le prince^ encourage les talents, et n'attend que l'occasion de les récompenser ^

\. VII, 14 sqij.

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