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Comme on le voit, qu'il s'agisse du présent, du passé ou de cet avenir un peu meilleur que Juvénal entrevoit, la même idée revient avec monotonie : il n'y a qu'un moyen d'avoir de grands poètes, c'est de leur assurer le bien-rtre et la sécurité de l'existence. Pour former l'écrivain original, capable de marcher hors des chemins battus, et de créer une œuvre personnelle, il faut d'heureux loisirs. Qu'attendre de la froide pauvreté, aux prises avec de vulgaires besoins d'argent?
Autour de Juvénal, on ne pensait pas autrement, et Martial disait, avec une spirituelle effronterie : a On me rebat tous les jours les oreilles du même refrain : « Ecris donc » quelque chose de grand, Martial ! Tu n'es qu'un pares- » seuxî » Fort bien, mes amis; mais qu'on me fasse de ces loisirs dorés, comme Mécène en faisait à son Horace et à son Virgile; alors peut-être j'essayerai de travailler pour l'immortalité. Le bœuf n'aime pas à traîner la charrue dans une maigre jachère ; sans doute, il y a de la fatigue à fendre avec le soc im bon terrain bien gras; mais cette fatigue même a son plaisir \ )> En deux mots, sans le secours d'un généreux patronage, les lettres, — la poésie du moins, — ne peuvent subsister. Telle est, à peu près, la formule acceptée sous l'empire. Nous voilà loin de nos idées modernes sur la fière indépendance de tout homme qui a l'honneur de tenir une plume. Cependant ne faisons pas sonner trop haut la récente supériorité de nos mœurs littéraires, et rappelons-nous que notre Corneille se croyait obligé de dédier Cinnami financier Montoron.
Cette protection, reconnue indispensable, à qui fallait-il la demander? A Rome, les écrivains eurent à choisir entre celle du prince et celle des grands. 11 est vrai que plusieurs, gens avisés, prirent le parti de s'inscrire à fois chez les Césars et chez les nobles. Ces deux espèces de patronage s'exercent d'ailleurs dans des conditions très diifé-