‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 87 sur 345 · Tac. .inv., I · texte numérisé non relu

Tac. .inv., I

LES GKNS DK LKTTRES

joignaient la richesse à la naissance ou h rillustration s'abandonnaient sans réserve au goût de la magnificence. L'opulence, une maison splendide, l'appareil de la «-randeur, attiraient de la popularité, des clientèles, qui en rehaussaient l'éclat. Quand des Ilots de sang coulèrent et qu'une brillante renommée fut un arrêt de mort le dan^-er rendit les hommes plus sages. En outre, ces nouveaux sénateurs qu'on appelait chaque jour des municipes, des colonies et même des provinces, apportèrent h Rome réconomie de leur pays'.» Cependant il ne faudrait pas s'imaginer que ces Romains, sénateurs, généraux, gouverneurs de province, vécussent à la façon d'un bourgeois moderne. La simplicité qui entra dans les mœurs était toute relative ; on vivait moins fastueusement qu'autrefois, mais en réalité les traditions de luxe et d'apparat étaient loin d'être complètement perdues'. Une famille considérable était toujours obligée, par sa condition même, d'entretenir un grand train de maison, et de dépenser beaucoup en frais de représentation. Un personnage en vue devait, comme par le passé, se faire accompagner dans ses voyages par une «cohorte d'amis », admettre à la salutation du niatin une foule de gens, trahier derrière lui des cuUttres qu'il fallait jusqu'à un certain point nourrir et habiller. La clientèle purement oflicieusc des empressés et des complaisants avait remplacé l'ancienne clientèle légale; mais elle n'était pas une charge moins lourde.

Parmi les moyens de paraître, de tenir son rang, de faire du bruit dans le monde, la protection des lettres était sans contredit un des plus honorables; ajoutons, un dv> plus efficaces. Quand un homme était loué par les poètes à la mode, visité par ces philosophes et ces rhéteurs qui faisaient courir la foule à leurs leçons, il était bien difficile de

i. Ann., m, "ju (Traduction lUirnoul'.)

2. Voy. dans Juvénal (vm, 14:j) rem])ortenienl n.mi.juo du poète contre le ronsnlaire Dauiasippo, qui sabaisse jusqu'à enduire lui-même son char et a •loiiner de sa main l'orire à ses rlifvaux latii,'ués. '

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ne pas le remarquer. Cet hommage des gens d'esprit était la suprême consécration de la puissance et de la richesse ; sans cela, quelque chose manquait encore à la fortune la plus enviée, et l'on risquait de passer pour un richard balourd et stupide. Sans doute les nouveaux venus dans l'aristocratie romaine n'avaient pas les façons princières et la prodigaUté magnifique de l'ancien patriciat, et c'est précisément ce que Juvénal et Martial ne pouvaient leur pardonner; mais enfin, comme la noblesse avait besoin des gens de lettres, elle cultivait leur commerce dans l'intérêt même de sa propre renommée.

Ne l'oublions pas d'ailleurs, il y avait alors, dans les classes élevées, un goût prononcé pour les plaisirs de l'esprit. Jusqu'au règne d'iïadrien, tout le monde s'occupe de poésie ; les plus grands personnages de l'empire font des vers, ou au moins savent les écouter, les juger, et citer à propos quelque passage classique. Ceux qui, par malheur, n'ont à leur actif qu'une instruction insuffisante s'ingénient à déguiser leur ignorance. On connaît cette histoire si bien contée par Sénèque ^ Un certain Calvisius Sabinus, fort riche et fort inepte, voulait passer pour docte ; il s'avisa de cet expédient. Calvisius avait dressé des esclaves à lui souffler les vers dont il avait besoin pour éblouir ses convives ; couchés à ses pieds sous la table, ils lui suggéraient des textes classiques qu'il estropiait en les répétant. L'un faisait les citations dllomère, un autre avait Hésiode dans ses attributions ; les neuf srrands lyriques formaient autant de départements : « Vous avez une belle bibliothèque! » lui dit un plaisant; il ajouta d'un ton sérieux : a Vous devriez concourir pour le prix de la lutte î — Vous raillez ! ne voyez- vous pas combien je suis pale et défait? — Allons donc! n'avez-vous pas des esclaves vigoureux et bien en chair- ? » On ne sait si le par-

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