‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 97 sur 345 · Epist. ad Amicos. i, 2, 3, 4 et · texte numérisé non relu

Epist. ad Amicos. i, 2, 3, 4 et

mande chaudement à ses amis d'aller entendre les leçons d'Euphrate et d'fséeV Une dame romaine cherche un rhéteur pour son fils; Pline s'empresse d'intervenir pour lui recommander Génitor, un maître de l'ancienne école, sévère, rude et un peu sauvage, mais parfait honnête homme, dont Pline se fait caution-.

Nous n'avons pas, du reste, l'intention d'énumérer tous les bons offices qu'un lettré pouvait attendre de ses patrons. xNous devons cependant noter un des plus singuliers. On sait que la coutume de lire ses ouvrages en public fut, pendant deux siècles, une élégante maladie littéraire. Pas de réputation solide sans cette conFÔcration obligée, a Réciter » était une des plus graves occupations sociales auxquelles un homme sérieux et bien posé put se livrer ^ Le lecteur n'était plus, comme au temps d'Horace, le fou dangereux, le recitntor acorbm poursuivant sa victime de carrefour en carrefour. 11 reste bien encore quelques échantillons de l'ancien style, comme cet Eumolpe si plaisamment mis en scène par Pétrone, qui couvre frénétiquement de vers d'immenses parchemins, et infeste les portiques de ses déclamations ampoulées \ ^[ais ce type, un peu démodé, devient rare maintenant. Le poète qui" lit ses vers n'a plus les allures éclievelées d'autrefois; c'est un homme du monde. Le jour de la cérémonie, il prend sa toge la plus blanche ; par d'onctueuses lotions, des gargarismes sagement entendus, et de chaudes bandelettes % il donne à sa voix une juste et heureuse tonalité. 11 s'avance sur l'estrade, avec des sourires, des airs discrets et des gestes engageants. C'étaient des séances délicieuses, et, si l'on s'ennuyait un peu', du moins on avait

ET LEURS PROTECTEURS A ROME. i'I'ô

la consolation de s'ennuyer en très honorable compagnie, et selon tous les principes du savoir-vivre ; c'est la bonne manière.

Mais, pour recevoir cette compagnie d'élite, il fallait un local convenable'. Les riches s'en tiraient aisément ; dans ces grandes maisons romaines, il y avait toujours quelque tridinium d'apparat, où il était facile de caser commodément tout son monde -. Quelquefois même, la lecture finie, il suffisait de faire volte-face pour se trouver en présence d'une table servie ^ : c'était double plaisir. Mais de pareilles séductions n'étaient pas à la portée du premier venu, et assurément Stace ne recevait pas la belle société dans son modeste appartement. C'est ici précisément qu'intervenait un riche ami de l'auteur : « Prenez ma maison, lui disait-il; elle est avons, je vous cède pour votre lecture la salle qui vous conviendra le mieux. Je recommanderai même à mes affranchis et à mes clients de ne pas manquer à la séance, et je vous réponds de leur poitrine pour pousser un bravo. Cependant vous aurez la peine de garnir la salle des banquettes et de tout le mobilier nécessaire \ car je ne puis prendre sur moi ces détails ''. »

Ces pauvres poètes étaient tout fiers d'entrer dans ces grands palais, et de coudoyer cette opulence dorée. Cependant il leur arrive quelquefois d'étaler un beau et fier dédain pour ces riches qui leur accordent un sourire protecteur. Jusqu'à ce malheureux Martial qui se redresse une fois ou deux, dans sa toge râpée, devant la sottise d'un parvenu î (( Entends bien ceci, Callistrate : je suis pauvre et tu es riche, très riche ; mais ce que je suis, tu ne pourras jamais l'être ; ce que tu es, le premier venu peut le devenir

\. Voy. le chap. ivf de ce livre Hl*'.

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