‹ Les gens de ParisChapitre 36 sur 47 · DE L'INFLUENCE DE L'HARMONICA · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DE L'HARMONICA

A nUIT PLATEAUX

comme moyen de moralisation CHEZ LES ENFANTS DU PEUPLE

Ce n'était pas français, mais c'était pittoresque.

La dernière des brochures avait pour titre : DE L'INFLUENCE DES CROISADES

SUR LA FABRICATION DES TAPIS Aubusson, ses manufactures et son aoc?ois8ement

L'auteur, qui est mort plusieurs années après sa raison, prétendait que les tapis de Turquie avaient été apportés en France par les croisés, que les premiers tapis qui illustrèrent Aubusson avaient été tissés par un Druse nommé Salam, appelé d'abord Salam-Druse, et par corruption Sallandrouze.

Le ridicule ayant relié ces brochures, elles disparurent, lorsque Thonorable M. Dentu eut fait une fortune dont son fils use, avec la meilleure grâce du monde, pour rendre service aux lettres en aidant les jeunes à se produire. — A quelque chose malheur est bon.

JOURNAL d'un FLANEUH 41

Le pays était tranquille ; malheureusement, en France, la tranquillité ne dure guère.

Aux brochures bleues succédèrent une foule de monstres verts qu'on décora du nom de conférences.

Les conférences sont d'importation anglaise.

A Londres, l'instruction est peu répandue ; les gens qui ont le bonheur de savoir lire font des lectures et gagnent beaucoup d'argent.

A Paris, on lit parfaitement, mais on ne sait pas penser.

Alors quelques bons esprits se sont assemblés et pensent publiquement pour les autres.

La plupart de ces flambeaux sont des hommes supérieurs : ils n'ont qu'un tort, c'est de penser tout haut.

42 JOURNAL d'un FLANEUR

En principe, je n'aime pas ces gens qui ont la prétention de moucher la lumière des mondes.

Je voudrais qu'on laissât chacun penser ce qu'il lui plaît.

C'est un crime de lèse-liberté de communiquer sa propre pensée à autrui, parce que, outre qu'on peut l'induire en erreur, ça l'empêche de formuler à sa fantaisie sa pensée et d'avoir sur les hommes et les choses une idée qui lui soit propre.

Heureusement, les auditeurs vont aux conférences comme ils vont aux Italiens, —par chic — ça les pose; mais ils ne comprennent pas un traître mot.

Je ne trouve pas d'autre explication possible au succès des conférences.

JOURNAL d'un FLANEUR 43

Les conférences ne sont autre chose que des brochures parlées.

Les (îonférenciers sont tous des anciens fabricants d'opuscules.

La conférence dure moins que la brochure, mais elle use moins de papier et de main-d'œuvre-, partant elle est moins respectable.

Les sujets traités sont [toujours les mêmes ; seulement la forme est changée.

Le mot « devant » a remplacé le mot « influence. »

Ainsi les programmes disent :

« Le célèbre Béchamel traitera un sujet palpitant d'actualité, parce qu'il intéresse tout le monde :

Page 1