PETITE COSMOGRAPHIE COMPARÉE
— Où diable nous trouvons-nous? s'écria-t-il.
— Nous sommes en pleine atmosphère, répondit l'Inconnu. Le pays des romans est au-dessous de nous.
— Mais il me semble que je tourne?
— Tout corps tombé en équilibre doit tourner. Nous sommes passés à l'état de comètes.
— Et comment descendrons-nous?
— C'est ce que j'ignore. Commencez par lâcher le pan de mon habit I
Aristide obéit à regret. L'inconnu était entraîné comme dans un courant rapide, et Aristide se mit à tourner autour de lui.
L'émotion qu'il éprouva fut si forte qu'il laissa échapper le jambon. Aussitôt le jambon se mit à tourner autour d'Aristide.
— Oh! oh! s'écria celui-ci, j'ai un satellite!
— Jetez votre chapeau, dit l'Inconnu.
Aristide, subjugué par son compagnon de voyage,
jeta le chapeau plus blanc que la neige.
Le chapeau commença de décrire des cercles autour du jambon.
Ils continuèrent de s'en aller à la dérive, Aristide tournant autour de l'Inconnu, le jambon autour d'Aristide, et le chapeau autour du jambon.
Une partie de la journée s'écoula ainsi. Aristide commençait à se désespérer, quand il sentit qu'il changeait de direction.
Nos deux personnages étaient entraînés par la
chute d'un aérolithe. Ils tombèrent heureusement dans les ondes transparentes d'un lac azuré.
Arrivé au fond du lac, Aristide se rappela les vers de M. Scribe :
Quand on tombe dans Teau comme une lourde masse. Un simple coup de pied vous porte à la surfsice.
Il donna le coup de pied, mais d'une façon si malheureuse qu'il atteignit l'Inconnu en pleine poitrine. Celui-ci lui rendit son offense, et Aristide se sentit remonter, poussé par les coups de pied que l'Inconnu lui appliquait par derrière.
Il eut bien vile gagné le rivage et s'étendit sur le gazon, afin de donner à ses habits le temps de sécher.
Quand il eut goûté quelque repos, Aristide se mit à explorer les environs.