CONVERSATION DE VÉNARD AVEC UN TURC
Il se trouvait dans une vallée délicieuse dont Tair avait la singulière propriété de tenir lieu de nour* riture à ceux qui le respiraient^ de sorte que les habitants de cette contrée peuvent entreprendre le plus long voyage sans se mettre en peine de faire aucune provision.
Aristide, ayant aperçu quelques entassements de rochers, eut la curiosité de s'en approcher et de les toucher de la main. Quel ne fut pas son étonnement de les trouver si tendres qu'ils cédaient à la moindre pression, comme de la laine ou du caoutchouc I Il n'aurait jamais compris ce phénomène, si on ne le lui avait expliqué par la suite. Un amant malheureux était venu gémir la veille dans cette solitude, et les rochers n'avaient pu résister à ses accents douloureux. Les uns s'étaient fendus du haut en
bas, les autres s'étaient laissé fondre comme de la cire, et les plus durs s'étaient attendris...
11 est facile de juger quelle doit être la complaisance des échos dans un pays où les rochers sont si sensibles.
Vénard s'enfonça dans un sentier qui serpentait autour d'une verte colline. Il aperçut bientôt un superbe Turc qui fumait une interminable pipe d'où s'échappaient mille et une bouffées de tabac.
Il ne put résister au désir de l'interroger.
— Je suis le conte oriental, lui dit le Turc, et puisque vous semblez me porter quelque intérêt, je vais satisfaire la curiosité que je lis dans vos regards.