GARNEAU ET SON ŒUVRE
L'un de nos écrivains les plus brillants, l'abbé Casgrain, a fait une biographie! intéressante de notre célèbre historien Garneau ; il a rendu un hommage éclatant au talent, aux vertus, au patriotisme de ce grand Canadien. Il l'a remercié d'avoir tant contribué à réhabiliter ses compatriotes dans l'opinion d'hommes éminents de l'Europe et des Etats- Unis, en levant le voile qui couvrait leur glorieux passé. Il n'y a qu'une opinion sur la grandeur du service rendu par M. Garneau à la patrie canadienne.
On trouve dans cette biographie des lettres intéressantes écrites par M. Garneau à des hommes distingués du Canada ou de France. Il y exprime des opinions, des observations de haute portée sur notre situation politique et sur les moyens à prendre pour conserver notre influence nationale. Vu la situation que nous occupons au Canada, en Amérique, au point de vue du nombre, il conseillait h tolérance, l'esprit de conciliation et la modération, afin d'éviter des conflits dangereux avec des majorités puissantes. Pour justifier les vues qu'il avail
exprimées sur le principe de la liberté de conscience, il écrivit en 1854 à M. Morean, de France :
"En effet, sans ce principe protecteur, où les catholique! en seraient-ils dans l'Amérique du Nord avec les huit-dixièmes de la population protestante et des gouvernements partout protestants ?
" C'est en blâmant tous les actes dus à l'esprit d'exclusion que l'on désarme les préjugés et que l'on peut espérer de voir exister une liberté qui fait la sauvegarde du catholicisme dans le nouveau monde. La conduite du peuple américain envers le légat du pape, Mgr Bedini, prouve que ces préjugea ne sont pas encore effacés, et qu'il faudra agir encore longtemps avec beaucoup de prudence pour éviter les discordes.
"C'est aussi à l'aide de ce principe de tolérance que j'ai pu défendre les catholiques canadiens contre les attentats du gouvernement protestant de l'Angleterre, après la conquête. Le blâme que j'avais porté contre le gouvernemnt fia lirais donnait de la force à mes paroles, aux yeux des protestant- eux-mêmes, lorsque je blâmais leur conduite depuis qu'ils étaient les maîtres, et ne laissait rien à me répondre.
"Avec le protestantisme en majorité et an pouvoir, on ne saurait prendre trop de précautions dans ses arguments pour n'être pas tourné ; et nous, pauvres Canadiens, nous avons. non seulement le protestantisme, mais l'anglification en face, nous menaçant de fcoua côtés..."
Afin de rendre hommage au patriotisme, à l'esprit sagace et lumineux de notre historien national, je ne puis résister au désir de publier quelques extraits d'une antre lettre écrite par M- Garneau à lord Elgin.
Après avoir dénoncé les attentats d«»nt ce gouverneur avait été' victime, parce qu'il avait voulu être juste envers les Canadiens-français, il disait :
" Si ces Lrens ont pu se porter à de pareils attentats au jourd'hui, de quelle manière ne devaient ils pas agir envers
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les Canadiens-français, qu'ils traitaient d'étrangers et de vaincus, lorsqu'ils avaient le pouvoir de les dominer ?
" En jugeant ainsi, par comparaison, Votre Excellence peut facilement se rendre compte de la cause des dissensions qui ont déchiré ce pays pendant si longtemps, et du désespoir qui a fait prendre les armes à une partie des Canadiens de 1837."
M. Garneau dit ensuite que si les Canadiens- français ont si souvent supporté les injustices, ce n'est ni la crainte ou la timidité qui les ait empêchés de secouer le joug. Puis il continue :
" Je n'ai pas besoin d'ajouter que si les Etats-Unis étaient français ou le Canada tout anglais, celui-ci en ferait partie depuis longtemps, car la société dans le nouveau monde étant essentiellement composée d'éléments démocratiques, la tendance nationale des populations est de revêtir la forme républicaine."
Maintenant, on lira avec le plus grand intérêt les observations si sages qui suivent :
" J'en ai peut-être dit assez pour faire voir que ceux qui veulent réduire les Canadiens-français à l'ilotisme, — car leur transformation nationale, si elle doit avoir lieu, ne peut être que l'œuvre du temps, — ne le font point dans l'intérêt du grand Empire, ce sont les intérêts canadiens-français qui ont eimpêché jusqu'à présent le Canada de tomber dans l'orbite de la république américaine ; que l'Ecosse, avec des lois et une religion différentes de celles de l'Angleterre, n'est pas moins fidèle que cette dernière au drapeau britannique, et que sur le champ de bataille, le montagnard calédonien ne cède point sa place au grenadier anglais, malgré son dialecte national. De tout cela, il résulte à mes yeux qu'il est de l'intérêt de la Grande-Bretagne de protéger les Canadiens, comme il est de l'intérêt d'un propriétaire prudent d'entretenir surtout la base d'un édifice pour le faire durer plus longtemps; car il est impossible de prévoir quel effet la perte de l'Amérique britannique et son union avec les Etats-Unis auraient avec le temps sur la puissance commerciale de l'Angleterre."
L'esprit clairvoyant de Garneau avait prévu la ligne de conduite que notre situation politique et nationale imposerait à nos hommes publics. Aussi ont-ils tous donné des exemples frappants de modération, de tolérance et d'esprit de conciliation.
En 1841, Lafontaine "se soumettait à l'Acte d'Union contre lequel il avait protesté, et en arrachait, à force d'énergie et de prudence, nos libertés politiques les plus chères.
En 185 1, Morin, le vertueux et patriote Morin, s'alliait au fanatique McNab, et les Taché, les Chauveau et les Cauchon l'approuvaient.
En 1854, Cartier formait avec Macdonald, qui, comme McNab, avait pris part à l'incendie du Parlement, une alliance qui dura plus de vingt ans, et, en 1864, afin d'établir la Confédération, il donnait la main à George Brown, l'ennemi le plus acharné de nos institutions religieuses et nationales.
Inutile de dire que Laurier, pendant vingt-cinq
ans, poursuivit cette politique de conciliation, de tolérance et de modération.
Mais cela ne veut pas dire que nous devions appliquer cette politique sans réserve, sans restriction, au mépris de certains principes, an détriment de notre honneur, de notre dignité nationale. Tout
dépend des circonstances et des exigences du temps, de l'importance de l'objet et des résultats en vue.
On voit ([ne dans s(s lettres privées, comme dans son Histoire du Canada, M. Garneau t'ait preuve
du même souci de vérité, de franchise, d'impartialité et de patriotisme, que toujours il plaide la cause de ses compatriotes, les recommande à la sympathie, à la considération des autorités anglaises et démontre que l'Angleterre a tout intérêt à les traiter avec justice, à leur laisser conserver leur caractère national.
On peut différer d'opinion avec M. Garneau sur certaines matières, mais, en somme, son Histoire du Canada mérite d'être étudiée et admirée, car elle nous apprend à honorer nos ancêtres, à apprécier leurs vertus et leur dévouement, et elle offre des exemples et des conseils salutaires à tous ceux qui s'intéressent à l'avenir du Canada, à la conservation de notre nationalité.
Elle explique aussi à nos concitoyens d'origine anglo-saxonne notre attachement à l'héritage glorieux de nos ancêtres, elle justifie notre détermination de conserver une nationalité qui nous a été transmise au prix de si grands sacrifices.
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LOUIS LABRECHE-VIGETt
Vendredi matin, le vingt-six avril 1871, M. Labrèche-Viger arrivait de Québec chez son beaufrère, M. Rodolphe Laflamme, où demeurait sa famille. Il était indisposé et les médecins lui avaient conseillé de prendre du repos. Le lendemain, samedi soir, vers six heures, il appela M. Laflamme qui partait pour la ville, et lui reprocha de ne pas aller le voir plus souvent.
— Le médecin m'ayant dit que tu avais besoin de repos, lui dit M. Laflamme, j'ai craint de te troubler.
— Du repos ! reprit M. Labrèche-Viger, c'est vrai, j'en ai besoin, et je vais en prendre pour longtemps.
M. Laflamme lui dit de dissiper'ce sentiment de tristesse et partit, le laissant avec sa femme et ses enfants.
Aussitôt après le départ de M. Laflamme, M. Labrèche, qtli se promenait dans sa chambre, se jeta sur le lit, une convulsion le prit, sa femme eut à peine le temps (le courir à lui, pour recevoir son
dernier soupir.
La nouvelle de cette mort subite retentit tristement dans le cœur de ses nombreux amis.
" Mourir, après une vie si agitée au moment du succès! Quelle fatalité! ".disait-on de tous côtés.
Louis Labrèche naquit à Terrebonne, d'une respectable famille de cultivateurs qui trouva le moyeu de le mettre au collège de Montréal, où il fit des études brillantes. Il eut pour compagnons de classe, deux cousins germains, MM. Prévost et Limoges, qui devinrent, le premier, curé de Montréal et l'autre de Sorel. Labrèche prit la soutane en même temps qu'eux, mais 11 la laissa, au bout de deux ans, pour se livrer à l'étude du Droit.
C'était l'époque des grandes luttes constitutionnelles.
M. Denis-Benjamin Viger s'était séparé de Lafontaine et du parti libéral sur la question du patronage, il venait même de s'allier à Draper pour former une nouvelle administration, à la place du ministère Baldwin-Lafontaine.
Allié à la famille Labrèche, M. Viger connaissait le jeune Louis ;* comme il n'avait pas d'enfants, il crut qu'il ne pouvait faire mieux que de protéger un jeune homme dont les talents donnaient les plus belles espérances. Il l'appela auprès de lui, lui communiqua ses projets, le convainquit de la justesse et de l'opportunité de la position qu'il venait de prendre vis-à-vis du parti libéral, et le fit consentir à accepter la rédaction de Y Aurore des
Canadas. Quelques temps après, pour plaire à son protecteur, qui se montrait très satisfait de sa conduite et de ses écrits, il prit son nom et consentit dès lors à s'appeler Labrèche-Viger.
Mais, malgré le prestige de ses services passés et la confiance qu'on avait dans son patriotisme, M. Viger ne put se faire approuver de s'être séparé de ses amis politiques. Le Bas-Canada presque tout entier se rangea du côté de La fontaine. Cette réprobation énergique de la politique qu'il soutenait, ébranla les opinions de Labrèche-Viger, et comme il était d'un caractère franc et indépendant, il dit, un jour, à son protecteur ce qu'il pensait, et lui annonça qu'il ne pouvait le soutenir plus longtemps.
C'était une époque où cette indépendance n'était pas aussi rare que maintenant.
Labrèche-Viger laissa V Aurore des Canadas et se fit recevoir avocat.
En 1848 il fut nommé, avec M. Joseph Doutre, secrétaire d'une association fondée sous le patronage de Mgr Bourget dans le but de coloniser les cantons de l'Est. Dans la même année, il partait pour aller exercer la profession d'avocat à Terrebonne. Depuis cette époque, on a de la peine à le suivre, tant il change souvent de r<»ute.
De [849 à [851 on le trouve a T. /:v///V. et des jeunes gens de talent qui rédigeaient ce journal,
ce n'est ]>a^ celui qui écrivit les articles les moins énergiques. Il fut l'un des adeptes les plus enthou-
siastes du libéralisme de l'époque, l'un des chefs les plus ardents du parti rouge.
Lorsque le Pays fut fondé en 1852, pour donner au parti libéral une direction plus sage et plus pratique, on lui en confia la rédaction qu'il ne garda que quelques mois. Fatigué de la politique et du journalisme, il chercha une carrière plus lucrative et entra dans le commerce, comme employé de la maison Hudon. Deux ans après, on le trouvait dans la Compagnie du Trust & Loan qu'il laissait pour entrer de nouveau dans la maison Ephrem Hudon, en qualité d'associé.
En 1858, il était à la tête de la croisade qui avait entrepris de réformer l'Institut Canadien. Dans les discussions violentes que cette lutte souleva au sein de cette société littéraire et dans la presse, il se distingua par ses discours et ses écrits.
C'est lui qui rédigea la protestation de la minorité, quand elle se retira pour fonder l'Institut Canadien-Français.
Nous croyons qu'il s'est autant trompé dans cette affaire que lorsqu'il écrivait dans l'Avenir des articles compromettants pour le parti libéral. Il aurait fait plus de bien en continuant de combattre les mauvaises doctrines, au sein même de l'Institut, qu'en le désertant pour fonder une autre institution destinée à Végéter. Quelques mois de lutte lui auraient donné une majorité, au moyen de laquelle il aurait fait de l'Institut une institution vraiment
utile et nationale. Il a passé d'une extrême à l'autre, dans l'Institut comme dans l'Avenir, il a dépassé le but.
En 1861, il disait adieu au commerce pour entrer dans la politique, se présentait dans le comté de Terrebonne contre l'honorable Siméon Morin, qui commençait à décliner, et le battait par une majorité de trente voix. Ce fut une belle lutte.
Morin et Labrèche-Viger étaient alors deux des étoiles les plus brillantes qui se levaient à l'horizon politique; jeunes et instruits tous deux, doués de talents remarquables, ils avaient grandi dans les luttes politiques et avaient acquis une grande popularité, mais tous deux aussi ne justifièrent pas les espérances de leurs amis et de leur pays.
L'arène politique qui devait être le théâtre de leurs succès, fut pour eux, comme pour bien d'autres, l'écueil où ils brisèrent leur avenir.
Tristes naufrages! qui prouvent que le talent ne suffit pas pour traverser les séductions et les dangers de la politique.
En 1863, lorsque de nouvelles élections générales eurent lieu, à la demande du ministère Macdonald- Sicotte, M. Labrèche-Viger n'avait pas encore ouvert la bouche dans la Chambre d'Assemblée.
Malgré le mécontentement de ses amis, il fut encore réélu contre M. Morin, mais le ressort de l'énergie et de l'ambition était brisé chez lui; pendant
quatre ans encore, en dépit des railleries de -es ad-
versaires et des sollicitations de ses amis, il resta silencieux. Aux élections suivantes, il ne parut pas dans le comté de Terrebonne, et il fit bien.
De 1863 à 1865, il avait été, en même temps que député, rédacteur à l'Ordre.
Après avoir été ecclésiastique, avocat, journaliste, marchand, député, il se livra à la métallurgie, à l'exploitation des fameuses mines de la rivière Moisie dans le golfe Saint-Laurent. Depuis longtemps des chimistes cherchaient vainement le secret de convertir le fer de ces mines en acier. Labrèche-Viger entreprit de trouver ce secret et après des années de recherches et d'expériences, il crut l'avoir trouvé et obtint des brevets d'invention au Canada, aux Etats-Unis et en Angleterre.
La grande difficulté à vaincre était d'empêcher les proportions de minerai et de charbon nécessaires à la fabrication de l'acier de s'altérer en fondant au contact de l'air.
Un jour, après avoir sacrifié bien des tonnes de charbon et de minerai, il s'avisa de couvrir le fourneau dont il se servait d'une couverture en verre. C'était cela ; le verre en fondant formait une couché qui protégeait le métal contre l'influence de l'air.
Une compagnie fut organisée pour exploiter, a^u moyen de ce procédé, les sables magnétiques de la rivière Moisie et bientôt sur les bords de la rivière Saint-Charles, à Québec, où elle avait son établissement, on va pouvoir contempler le résultat de ses travaux. *
Lorsque M. Labrèche-Viger est mort, on devait faire, deux jours après, la première fonte; tout était
prêt.
Il semblait avoir vaincu la fatalité; la mort seule, il semble, pouvait cette fois, l'empêcher d'atteindre le but. Mais pouvait-il penser à la mort? Cependant elle était à deux ^as de lui.
Quelle existence brisée, entrecoupée de succès et de revers! Jamais rien de complet, de suivi, il manquait toujours un anneau à la chaîne qu'il forgeait. Lorqu'on pensait qu'il allait enfin prendre sérieusement son essor dans les airs, il retombait à terre, on aurait dit qu'il lui manquait une aile.
Pourtant il' avait tout ce qui en général assure le succès d'un homme, tout ce qui gagne la confiance et la sympathie publiques: un extérieur agréable, une physionomie intelligente et distinguée, des manières éléganto et pleines de cordialité, un esprit perspicace, un talent d'écrivain sobre, mais énergique et bien cultivé, une éloquence honnête et pratique qui portait la conviction dans les esprits.
Outre cela, il était franc, honnête, gentilhomme, généreux, toujours prêt à rendre service à sa famille, à ses amis, capable de se dévouer au succès d'une grande cause.
11 avait l'amour sincère de la patrie; le patriotisme n'était pas pour lui un vain mot. Nous l'avons entendu dire, une fois, des choses admirables SUT ce sujet. "Vraiment, avait-il dit en terminant, il \ a
venir un temps où on aura honte de dire qu'on a du patriotisme ! "
Comment se fait-il qu'avec tant de talent et de qualités, il n'ait pas fait plus de grandes choses? Il est difficile de faire une analyse exacte de la vie et du caractère d'un homme, de saisir au milieu du labyrinthe de ses pensées et de ses sentiments, le fil conducteur. Certaines existences surtout sont difficiles à comprendre; elles ressemblent à l'eau troublée, on voit bien l'effet, mais où est la cause?
On remarque souvent chez beaucoup d'hommes de talent un esprit inquiet et agité, un immense besoin de distractions, une soif de bonheur, qu'ils ne savent trop comment éteindre. Il n'est pas étonnant qu'il en soit ainsi, toutes les facultés chez ces hommes étant plus développées que chez le commun des mortels, leurs désirs aussi sont plus grands et leur sensibilité plus vive. Il leur faut pour soutenir leur courage à travers les épreuves et les ennuis de la vie une force de caractère et un idéal qui leur manquent souvent.
PIERRE-MARTIAL BARDY
Le véritable mérite ne consiste pas à faire le plus de bruit et à soulever le plus de poussière sur son passage. Etre bon citoyen tous les jours de sa vie, est plus difficile et méritoire que de l'être une fois par hasard, que d'accomplir un acte éclatant de patriotisme ou de vertu. Beaucoup d'hommes peuvent, dans un moment d'enthousiasme, sous l'empire d'une grande passion, faire une action remarquable, héroïque même, mais il en est peu- qui puissent montrer comme le docteur Bardy une vie entière de bonnes œuvres, la continuité du dévouement et du sacrifice.
Le docteur Hardy descendait de la noble famille romaine des comtes de Bardi qui fut très puissante en Italie pendant plusieurs siècles, et donna même à la France une reine aussi vertueuse que belle. Au dix-septième siècle, l 'ietro-Lugi-Knries de Hardi, ne pouvant se plier au rôle secondaire impos< cette époque, aux cadets de famille, partit pour la France et s'établit à Brest
11 axait neuf enfants, dont un petit garçon de dix ans, vif, espiègle et décidé, qu'il traitait avec trop de sévérité.
La vicomtesse de Bardi prenait en pitié l'enfant et cherchait vainement à tempérer les rigueurs de l'autorité paternelle.
Un jour que la correction avait été plus sévère et injuste que de coutume, la comtesse, irritée, prit une de ces résolutions extraordinaires dont ne sont capables que les âmes fortement trempées. Prenant son fils à part et faisant effort sur elle-même pour cacher ses véritables sentiments, elle dit d'un ton irrité :
" Mon fils, sachez qu'un enfant entêté et désobéissant comme vous l'êtes ne peut que mériter la haine de son père et même de sa mère. Je regrette de vous le dire, mais votre conduite nous force à vous détester."
L'enfant était étourdi comme on l'est presque toujours à cet âge, mais il était sensible et il aimait sa mère.
Ces reproches sanglants lui allèrent jusqu'au fond de l'âme, tombèrent sur son cœur comme des gouttes de plomb fondu. La pensée que sa mère ellemême le haïssait le tortura et le jeta dans un désespoir profond. En quelques heures, il vieillit de plusieurs années et retrouvant dans son âme tout l'orgueil et l'énergie des Bardi, il prit la ferme résolution de s'éloigner d'une maison où il était devenu même pour sa mère un objet de haine.
Son plan fut vite conçu et exécuté.
LES GERBJÎS CANADIENNES
On était au printemps de l'année 1756. Une flotte composée de plusieurs vaisseaux appareillait dans le port de Brest; elle partait pour la Nouvelle- France avec Montcalm et les braves soldats que le roi avait chargés de défendre l'héroïque colonie. Se mêler aux porte-faix occupés à charger le vaisseau, et se cacher derrière les balles de marchandises ou de provisions était chose facile pour un enfant intelligent. C'est ce qu'il fit. Il y avait déjà quelques heures que la flotte voguait à pleines voiles sur l'océan lorsque le petit fugitif sortit de sa cachette et parut aux yeux étonnés de l'équipage. On le gronda, on lui fit toutes sortes de questions, et, comme il était trop tard pour le mettre à terre, on finit par lui trouver beaucoup d'esprit et de courage. s
Pendant ce temps-là, on le cherchait à Bre-t. Après avoir tout fait pour le retrouver, on acquit la conviction qu'il avait dû tomber à l'eau en jouant sur les quais. Le vicomte et son épouse furent désolés et s'aperçurent qu'ils aimaient leur fils plus qu'ils ne pensaient, et se reprochèrent naturellement leur sévérité à son égard.
Arrivé à Québec, le jeune Bardi chercha de l'ouvrage, vécut pendant quelques semaine^ comme il put, et finit par trouver de l'emploi chez un parfumeur qui tenait boutique, rue St-|can.
11 gagna en peu de temps les bonnes grâces de son patron, épousa sa fille, devînt SOI] associe et
plus tard son héritier et son successeur. Il laissa un fils qui continua son négoce et eut qautre fils : Pierre, Mathieu, Louis-Martial et Joseph.
C'est à Pierre, l'aîné, que fut léguée la maison de commerce.
C'était un garçon d'une rare beauté. Etant, un jour, à la porte de son magasin, il attire l'attention de Mlle Louise de Canchy qui, en le voyant, devint immédiatement éprise de lui.
Mais c'était une grande demoiselle que Louise de Canchy; elle appartenait à une famille dont la noblesse se comptait par quartiers. Pierre Bardy était bien de noblesse aussi distinguée, seulement, on ne le savait pas et il l'ignorait lui-même; mialgré sa bonne et belle figure, il n'était, aux yeux de la famille de Canchy, qu'un roturier, un parfumeur.
On eut recours à tous les moyens, même à l'intervention de lord Dorchester, pour empêcher le mariage. Tout fut inutile, l'amour, comme de coutume, sortit vainqueur de la lutte. On se maria sans le consentement des parents, et, un an après, suivant l'usage, les vieux parents pardonnaient au jeune couple en contemplant dans un berceau le fruit de ses amours.
Le nouveau-né reçut au baptême les noms de Pierre-Martial. Après avoir fréquenté plusieurs écoles élémentaires, il entra au séminaire de Québec en 1811. Quatre ans après, il terminait sa rhétorique sous M. Hippolyte Hudon et avait pour compagnon de classe: Elzéar Bédard (plus tard juge
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de la cour supérieure), Magloire Blanchet (archevêque de l'Orégon), Ignace Bourget (évêque de Montréal), S. Chartier, ptre, Paul Sarrault, Timoléon Kesnell, Célestin Gauvreau, Charles Defoy (notaire), Victor Hamel (père de Mgr Thos. Hamel, G. V.), Charles Panet (avocat et frère de Thon. Louis Panet), F. Romain, P. Lorencelle, etc.
En philosophie, Pierre-Martial Bardy et Elzéar Bédard furent les deux plus brillants élèves de leur classe. Tous deux prirent la soutane et reçurent la tonsure des mains de Mgr Plessis. Le jeune Bardy devenu orphelin, à l'âge de quatorze ans, seul, sans protection et sans ressources, se sentait peu attiré vers le monde. L'état ecclésiastique seul d'ailleurs paraissait capable de satisfaire sa nature généreuse, son amour du bien. Pendant deux ans, il étudia la philosophie, au séminaire de Québec, et enseigna les belles-lettres et la rhétorique.
Parmi les hommes distingués qui furent ses élèves, citons: Sir Narcisse-Fortunat Belleau, l'illustre et honnête Auguste-Norbert Morin, le juge Bossé, le recorder Crémazie et M. le grand vicaire Mailloux.
Etant allé visiter, pendant les vacances, Messire Louis Bardy, curé de la Présentation, son oncle, le vénérable abbé le décida à renoncer à l'état ecclésiastique pour entrer dans le monde. Le jeune clerc hésita, réfléchit beaucoup et finit par se rendre aux conseils du bon piètre.
Dans l'automne de 182 1, on le trouve à Boucherville où l'abbé Tabeau l'avait appelé pour ouvrir une classe de latin. Il eut pour élèves : MM. Pierre- Claude Boucher de la Bruère, Charles de Grosbois, Joseph Weilbrenner, Henri Aubertin (plus tard registrateur du comté de Rouville et beau-frère du docteur Bardy), Aimé Dugas (oncle du juge Dugas), et Avila Weilbrenner.
Le cinq février 1822, il épousa Mlle Marguerite Archambault de la Présentation.
Comprenant que l'enseignement, dans un pays comme le nôtre, était la carrière la plus ingrate, il se décida à étudier la médecine,, s'imposa beaucoup de privations, pratiqua l'économie comme on savait la pratiquer à une époque où des hommes distingués vivaient avec quatre à cinq cents piastres par année, et eut en 1820 le bonheur d'être reçu médecin après un examen des plus brillants. Il avait étudié sous les docteurs Brousseau et Vallée.
Il s'établit d'abord à Saint- Jacques et ensuite à Saint-Athanase et se fit, en peu de temps, une telle réputation, qu'une députation composée des citoyens les plus influents de Québec fut envoyée auprès de lui pour le prier d'aller s'établir à Québec. Il ne voulut pas abandonner sans raison les gens au milieu desquels il vivait heureux, estimé, et ne se décida que plusieurs années plus tard à aller se fixer à Saint-Roch.
Les labeurs d'une grande clientèle ne pouvaient
empêcher un homme comme M. Bardy de s'occuper des affaires du pays, à une époque où le patriotisme unissait sous le même drapeau tous les amis de la liberté. Son patriotisme était aussi connu que son habilité médicale. Partisan et admirateur de Papineau, il admirait hautement sa politique de résistance et travaillait de toutes ses forces à son triomphe.
Aussi, aux élections générales de 1834, le docteur Bardy, croyant que les hommes d'influence devaient payer de leur personne et donner l'exemple du patriotisme, consentit à accepter la candidature du comté de Rouville. La votation dura quinze jours, les bureaucrates furent battus à plate couture par les deux candidats patriotes Bardy et Carreau.
Le docteur Bardy prit place dans la Chambre au premier rang de la phalange libérale qui, serrée autour de son vaillant chef, lutta, dans les sessions de 1835 et 1836, contre les ennemis de nos libertés politiques. Personne n'était plus dévoué à M. Papineau. Un jour, voyant le tribun canadien qui venait de parler pendant trois heures, attaqué avec fureur par les députés bureaucrates, il se leva pour
le défendre et le fit avec tant de SUCCeS, que M. Pa-
pineau cédant à l'émotion générale, s'élança, dans
un mouvement généreux et spontané, vers son ami et lui dit en lui serrant la main :
"Mon vaillant ami, vous m'avei qod leulemenl rendu un lervice Bignalé, mais tous \«>u- êtes t'ait bravement et ti . <ï • U*
ment le champion des intérêts sacrés de notre chère patrie. Aussi que nôtre amitié se resserre davantage, et je vous assure que si cette fois est la première que je vous cède ma place, elle ne sera certainement pas la dernière."
M. Papineau rendait au docteur Bardy confiance pour confiance, amitié pour amitié, il l'appelait l'un de ses meilleurs amis.
M. Papineau ne fut pas le seul homme distingué qui sut apprécier l'intelligence et le caractère du docteur Bardy. Lord Gosford le remarqua, l'estima, et, la première fois qu'il le vit, il le complimenta sur sa franchise, sa loyauté et son désintéressement. Il manifesta plus d'une fois l'estime qu'il lui portait, l'invitait à son Château, lui prenait familièrement le bras, quand il le rencontrait, pour causer des affaires publiques et avoir son opinion sur les questions brûlantes de l'époque.
Le docteur Bardy se fatigua vite de la politique ; il fallait à son esprit studieux, à son âme douce et paisible une vie plus tranquille.
Voulant se consacrer à l'exercice de sa belle profession sur un théâtre digne de son ambition et de ses talents, il alla se fixer à Saint-Roch de Québec où on l'appelait depuis longtemps. Il était à sa place à Saint-Roch, au milieu de cette brave population aux fortes passions, à la tête un peu chaude quelquefois, mais au cœur si bon, si généreux, où l'âme et le corps offrent un champ si vaste aux opérations de l'homme de bien et de science.
A peine fut-il arrivé dans la vieille capitale que sa maison fut assiégée. Ils n'étaient que deux médecins, lui et le docteur Rousseau, pour satisfaire aux besoins de la clientèle, et il en aurait fallu quatre. Sa bonté, son zèle, son affabilité, ses succès lui firent bientôt une réputation considérable. Tout entier à ses devoirs, infatigable et d'une patience admirable, partant au premier appel, il n'a, pendant des années, dormi que trois ou quatre heures par nuit. Pendant vingt-cinq ans, il a été le serviteur dévoué de cette rude population de travailleurs de Saint-Roch; pendant vingt-cinq ans il s'est livré corps et âme à son service et a réalisé au milieu d'elle le type admirable du médecin tel que représenté dans le drame et le roman du " Médecin des Pauvres ".
Quelques traits pris au hasard entre mille donneront une idée de sa charité.
Un jour, on l'appelle dans une pauvre famille atteinte du typhus. Le père, la mère et les cinq enfants, en proie au terrible fléau, étaient devenus des objets d'horreur pour leurs meilleurs amis, leurs plus proches parents; tout le monde les fuyait. Le bon docteur est touché de compassion, il s'installe en quelque sorte au chevet de ces infortunés, el non seulement il leur donne tous les secours de son art, mais les voyant dans le plus complet denniuent, il les nourrit, leur porte tous les jours du linge, des aliments, des bouillons, tisanes et antres potions que
son excellente femme, pour être de moitié dans sa charité, préparait de ses propres mains. Poussant le dévouement jusqu'à ses plus extrêmes limites, véritable sœur de charité, lui, l'homme délicat par excellence qu'une femme et une fille chéries traitaient comme un enfant, il donnait à cette famille abandonnée ces soins intimes qui répugnent aux natures les plus fortes. Il disputa à "la mort avec acharnement ces pauvres gens et ne cessa de combattre que lorsqu'il eut remporté une victoire -complète.
Cette victoire faillit lui coûter cher; le terrible fléau l'atteignit lui-même; un moment, il fut entre la vie et la mort. La mort, heureusement, eut honte de briser une pareille existence, d'enlever aux pauvres leur providence. Il guérit et se remit au travail.
Il avait un vieux serviteur — " le père Beaumont " — qui passait la plus grande partie de son temps à porter à droite et à gauche les aumônes de son maître. Un jour, le père Beaumont perdit patience et dit au bon docteur :
" Ecoutez donc, pensez-vous qu'à mon âge je puis continuer longtemps encore à courir après tous les " quêteux " de la ville pour leur porter vos paquets, à monter et descendre des escaliers avec des paniers chargés. Tous les jours, du matin au soir, même la nuit, c'est la même chose, je n'arrête pas."
— C'est vrai, père Beaumont, ce que vous dites là. Eh bien! quand vous ne pourrez plus marcher, je prendrai votre place, j'irai moi-même, si ma vilaine jambe cassée me le permet, porter à ces pauvres gens ce qu'il leur faut."
L'une de ses dernières pensées, l'un de ses derniers battements de cœur fut pour les pauvres. Sur son lit de mort il biffa dans ses livres les comptes d'un grand nombre de personnes, et fit promettre à son épouse de ne jamais inquiéter ces pauvres gens. C'était sa dernière aumône; elle représentait de quatre mille cinq cents à cinq mille piastres.
Sa probité était aussi grande que sa charité. Un jour, deux personnes se présentèrent à son bureau et lui offrirent cinq cents piastres s'il voulait seulement répondre en deux mots à une certaine question d'une nature un peu délicate. Elles n'avaient pas fini d'exposer leur affaire que le docteur Bardy se levant, indigné, leur disait de passer la porte. Le cas pourtant n'était pas grave; pour cinq piastres aujourd'hui beaucoup de médecins ne se feraient pas scrupule de repondre a une pareille question.
L'instruction publique n'a pas eu dans notre pays de partisan plus dévoué, de protecteur plus généreux, elle a été après la médecine le principal objet de ses études et de s< m dévouement. Nommé inspecteur des écoles en [852, il remplit les devoirs de cette charge avec un zèle et une intelligence que constatent ses nombreux écrits et discours.
Que de jeunes gens, d'hommes appartenant à toutes les classes de la société lui doivent leur éducation!
Toutes les œuvres qui avaient pour but d'instruire et de rendre le peuple meilleur et plus heureux trouvaient en lui un protecteur aussi ardent qu'éclairé. Comme il ne perdait jamais un instant, il trouvait le temps de tout faire, de s'occuper d'une foule de bonnes choses en dehors de sa profession. Bon écrivain, orateur agréable, fort instruit, il a écrit et parlé avec talent sur les sujets les plus- variés, entr'autres: la médecine légale ou jurisprudence médicale, la botanique, l'horticulture, le magnétisme, la physique organique et inorganique, l'éducation des idiots et des imbéciles, l'instruction publique, etc.
La plus belle de ses œuvres, la preuve la plus éclatante de son patriotisme, fut la fondation, à Québec, de la belle Société Saint-Jean-Baptiste.
M. Duvernay avait en 1834, à une époque de luttes et de dangers, jeté les fondements de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
En 1842, au lendemain de l'Acte d'Union destiné ] à nous perdre, M. Bardy crut avec raison que les Canadiens-français n'avaient pas moins besoin qu'en : 1834 de s'unir pour recommencer les combats de la liberté. Le 19 juin de cette année, dans une nom- j breuse assemblée convoquée, a l'hôtel de tempérance Maheux, du faubourg Saint-Roch, il démontrait la nécessité de fonder une grande association pour *'
célébrer la fête nationale. Sa proposition fut acceptée avec enthousiasme, on jeta immédiatement les fondements de la nouvelle société, le docteur Bardy en fut nommé président et M. N. Aubin, — l'un des fondateurs, — vice-président.
Huit jours après, la Saint-Jean-Baptiste était célébrée pour la première fois dans les murs de Québec. La vieille cité de Champlain, couronnée de fleurs et de drapeaux, fut belle et joyeuse comme une fiancée le jour de ses noces; jamais elle n'avait paru si jeune. Une grand 'messe des plus solennelles fut célébrée, et le sermon du jour fut prononcé par Pex-abbé Chiniquy. On ne pouvait dans le temps choisir une voix plus éloquente.
Après la messe, il y eut procession à travers les principales rues de la ville, au milieu d'une population enthousiaste, et, le soir, un banquet magnifique réunissait deux cents convives. Comme c'était un vendredi, on s'abstint de viande et même de boissons alcooliques, ce qui n'empêcha ni les toasts ni les discours. Les orateurs de la circonstance Eurent le docteur Bardy et MM. Cauchon, Chauveau, Belleau, Aylwin, Etienne Parent, Auguste Soulard et P. -M. Derome. Inutile de dire après avoir cite ces noms, que les discours furenl éloquents.
Ce fut un jour de joie et de gloire pour la Société Saint-Jean-Baptiste et pour Son dévoue fondateur et président.
Pendant plusieurs années, la Société ne voulut pas
avoir d'autre président. M. Bardy vit avec orgueil grandir et se développer, grâce à ses soins constants, cette enfant chérie de son patriotisme.
Mentionnons encore parmi les œuvres que Québec lui doit en grande partie, l'érection du monument de Sainte-Foye.
On avait posé en 1855 ^a pierre angulaire de ce monument destiné à honorer la mémoire des braves soldats tombés dans la dernière bataille des plaines d'Abraham. Cinq ans après, en 1860, il n'était pas encore achevé faute d'argent. M. Bardy était alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste. Il entreprit de compléter cette œuvre de reconnaissance nationale et se mit à l'œuvre avec l'activité et la persévérance qui le caractérisaient. Pendant trois ans, il écrivit, parla, mendia des souscriptions, devint importun même à force de sollicitations. Enfin, en mil huit cent soixante-trois, il eut le bonheur de voir le couronnement de ses travaux, d'assister à l'inauguration du magnifique monument de Sainte- Foye dans une démonstration publique et nationale à jamais mémorable.
Comme on le voit, le docteur Bardy était doué des qualités précieuses, — trop rares parmi nous, — qui constituent l'homme d'action. Il ne se bornait pas à écrire et à parler, à dire sur tous les tons qu'il fallait faire telle ou telle chose, mais il la faisait, il agissait.
Il mena une vie active jusqu'au dernier moment,
ménageant peu ses forces et sa santé. Il mourut le 7 novembre 1869, à l'âge de soixante-douze ans, après avoir reçu les derniers sacrements avec beaucoup de ferveur, et avoir fait des adieux touchants à sa famille et à ses amis.
Presque toute la presse du pays lit l'éloge de s vertus et de son patriotisme, et le docteur Painchaud, — un autre bon citoyen, — jeta sur sa tombe en guise de Heurs tes belles paroles qui suivent :
"La société vient de perdre un de ses dignes membres; je
perds, moi, mon intime ami: il m'a rendu de grands service-; je ne l'ai pas abandonné durant sa Longue <'t douloureuse maladie.
A mon dernier adieu, deux jours avant sa mort, je lui dis: '"'Mon cher ami. vous aile/ quitter «•<■ monde axant moi. je vous
suivrai de près. Puissions-nous nous rencontrer en paradis.
Notre foi nous le fait espérer. Le docteur Hardy a été tendre époux, bon père, bon citoyen, lion médecin, cl est mort en lion chrétien. Les pauvres pleureront sur sa tombe; c'est un bel éloge, de laisse à d'antres à parler des fonctions publiques qu'il a remplies avec tant- de zèle."
De son premier mariage, le docteur Hardy avait eu sept enfants dont l'un, le docteur Louis-Eusèbe Bardy, de Saint-Roch de Québec, mourut quelques semaines après son père.
Eli [840, il épousa en secondes noces, Mlle Marie-
S. Lefebvre, fille du major François Lefebvre, de
Saint-Valier, et eut de ce mariage deux tilles, dont la pins jeune, Mlle Célina Bardy, épousa M. Valin. ancien député du comte de Montmorency.
I,e chagrin que sa mort causa a >>a famille e! à
ses amis démontre qu'au patriotisme et à l'amour
du bien, il joignait ces aimables qualités qui rendent un homme cher à tous ceux qui le connaissent intimement ou vivent avec lui.
" C'était, disait un journal anglais, un homme de la vieille école, gai, affable et hospitalier, dont l'esprit et les manières rappelaient les vieux gentilshommes français." Enthousiaste, franc, ouvert, disant volontiers tout ce qu'il pensait, entreprenant, hardi comme tous les hommes d'action, il devenait un peu déclassé dans ses dernères années, — à une époque où on commençait à n'admirer que les esprits froids, à accuser d'excentricité les cœurs enthousiastes.
Pourtant, c'est grâce à l'enthousiasme, aux nobles impulsions du cœur que les hommes, comme le docteur Bardy, font de grandes et bonnes choses. Incompris quelquefois pendant qu'ils vivent, la postérité les venge en leur élevant des monuments.
N. B. — La branche canadienne de la famille Bardi jugea à propos de remplacer l'i, à la fin de son nom, par un y.
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