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NOS QUALITES ET NOS DEFAUTS

Tout peuple, toute famille, tout individu ont des qualités et des défauts qui les caractérisent, les différencient. On dit tous les jours en parlant de certains hommes qu'ils ont les qualités, les talents ou les défauts de leur race, de leur famille. C'est un sujet intéressant d'étude et d'observation qui alimente l'histoire, le drame, le roman, la causerie des salons, la conversation en général et offre à la médisance, à la malice, un vaste champ.

Comme peuple et comme individus, les Canadiens-français ont les qualités et les défauts de leur origine, mais modifiés considérablement par les circonstances de temps, de lieu, de climat, par leur contact avec la race anglo-saxonne. Ainsi, quoique l'esprit et le caractère français se manifestent clairement chez nos compatriotes, il est incontestable que nous sommes moins ardents, moins chauds, moins enthousiastes que nos cousins de France. D'un autre côté, nous ne sommes pas aussi froids, graves, solennels et pratiques que nos concitoyens d'origine anglo-saxonne. Nos qualités sont nombreuses. Notre population, celle de la campagne spécialement, a conservé tous les traits caractéristiques de ses an-

cêtres, des Français de cette époque. Elle est croyante, patriotique, morale, laborieuse et bienveillante.

Sa moralité ne peut être contestée, les statistiques criminelles l'établissent Clairement. La proportion des crimes et des délits, dans la province de Québec en dehors des villes spécialement, est inférieure à celle de toutes les autres provinces. Elle aime l'ordre, la paix, elle respecte les lois et les chefs de l'Église et de l'Etat, elle fait la sourde oreille aux théories funestes du socialisme et de la libre pensée. Elle a un gros bon sens qui la protège contre les exagérations dangereuses, les extravagances ridicules. Depuis quelque temps, les journaux anglais se plaisent à lui reconnaître ces qualités et à proclamer qu'elle est pour le Canada un élément de force morale, une source d'idées saines et de bons sentiments.

Nous pouvons affirmer sans hésitation que les Canadiens- français sont doués d'un bon caractère, d'une nature douce, paisible, bienveillante, que leur jugement est sain, leur esprit droit, leur imagination vive et fertile. Ils ont un talent inné pour les beaux-arts, l'éloquence, la littérature, la poé la musique et la fine industrie — un talent bien français.

Malheureusement, rien, personne n'est parfait

dans le monde et même on dirait que plus les qualités d'une nation OU d'un individu sont grandes.

plus grands aussi sont ses défauts. On dit souven d'un homme : il a les défauts de ses qualités ; on pourrait en dire autant d'un peuple.

Mais vraiment avons-nous des défauts ?

Hélas ! Oui, faisons-en F aveu, quoiqu'il en coûte à notre amour-propre; nous en avons des gros et des petits, des petits surtout, des défauts véniels: nommons-en quelques-uns.

Nous manquons d'esprit public, d'esprit d'initiative, de persévérance, de patience; nous passons facilement de l'effort, de l'activité d'un moment à l'indolence, à l'indifférence. Le travail ardu, difficile et constant nous ennuie, la vivacité de notre esprit nous permettant de comprendre et de saisir promptement les points saillants d'une question, nous nous contentons trop souvent d'un travail de surface. Nous fuyons tout ce qui nous ennuie, nous empêche de nous amuser, de jouir de la vie, de badiner, rire et potiner.

Enclins à la critique, nous parlons un peu à tort et à travers du prochain, sans malice souvent, pour le plaisir de parler et d'amuser les autres, sans prendre la peine de nous renseigner suffisamment. Nous aimons assez voir quelqu'un réussir, le voir arriver à la fortune, aux honneurs, mais lorsqu'il est arrivé, lorsqu'il est en haut, il nous plaît trop de l'aider à descendre. Calomnier quelqu'un nous répugne, mais l'entendre ridiculiser d'une façon spirituelle nous amuse beaucoup. Voilà un défaut bien fran-

çais. Une dame parlant d'un certain journal, disait : " Il est malin, méchant même."

— Vous ne le recevez pas, sans doute, lui dis-je.

— Au contraire, répondit-elle, il est si amusant ! C'est bien cela : le besoin de rire, de s'amuser

avant tout.

Le besoin de parler et d'entendre parler, la curiosité, le désir de connaître ce qui se passe chez le voisin, alimentent notre penchant à la critique. C'est un défaut qui date de loin, car César, dans son histoire des Gaules, dit: "Les Gaulois sont très curieux, lorsqu'un étranger arrive dans l'une de leurs villes, ils l'entourent, l'interrogent, lui font mille questions sur le pays d'où il vient, sur ce qu'il a vu ''. César ajoutait que les Gaulois aiment à parler. Personne ne niera que nous sommes restés bien Gaulois sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres.

On dit souvent: "Curieux comme une femme Je ne voudrais pas dire que les femmes d'aujourd'hui sont curieuses, mais c'était vrai autrefois, si l'on en croît le botaniste Kalm qui visita le Canada vers l'an 1740. Voici ce qu'il dit : "La première question qu'elles posent à un étranger est s'il est marié; la deuxième, quelle impression lui ont faite les dames du pays, s'il les trouve plus jolies que les femmes de son pays, et la troisième, s'il en prendra une avec lui lorsqu'il retournera dans son pays. [*es jeunes filles de Québec se lèvent à

7 heures et passent leur temps jusqu'à 9 heures à se toiletter tet vont alors se placer dans une fenêtre qui donne sur la rue afin de voir tous ceux qui passent ".

Après avoir parlé de la curiosité des Canadiennes, Kalm dit qu'elles sont généralement jolies, bien élevées et vertueuses, et il ajoute que les jeunes filles de Montréal s'occupent du ménage et vont dans les cuisines et les caves pour voir si tout est en ordre.

Il répète souvent qu'elles aiment la toilette, les épingles et les aigrettes, les frisettes, les beaux vêtements.

Comme on le voit, l'amour de la toilette, des beaux vêtements, le désir de bien paraître ne datent pas d'hier: c'est un sentiment bien naturel mais qui devient un défaut lorsqu'il est exagéré. Or, il est exagéré, le luxe à la campagne comme à la ville nous fait bien du mal.

Lorsque les étrangers, les Français spécialement, voient nos cultivateurs arriver à la messe, le dimanche, avec leurs beaux chevaux, leurs belles voitures, lorsqu'ils voient nos ouvriers portant le chapeau de soie et l'habit noir, ils ne peuvent en croire leurs yeux. La blouse et la casquette ne sont pas de mode ici.

En résumé, si nous considérons l'ensemble de nos qualités et de nos défauts, nous devons arriver

à la conclusion que nous pouvons soutenir la comparaison avec les autres races et nous regarder sans honte, mais avec le désir de nous perfectionner et même d'acquérir quelques-unes des qualités qui caractérisent nos concitoyens anglais, d'imiter par exemple leur esprit d'initiative, leur ambition de s'instruire, leur application au travail, leur ténacité.

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