‹ Les gerbes canadiennesChapitre 22 sur 32 · EXAMEN DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE CONSCIENCE

Je parle ailleurs des gens qui ont du mérite^. Ils sont nombreux, après tout, et ce sont en général de bons citoyens, des pères de famille respectables, et on en trouve dans toutes les citasses, parmi les grands et les petits, parmi les riches et les pauvres. Malheureusement, la perfection n'est pas de ce monde, et, même parmi ces gens de mérite, il en est un bon nombre qui, souvent, involontairement ou inconsciemment, pèchent contre la justice, l'intérêt public, la charité, la religion et la nationalité. Nommons-en un certain nombre :

i° Les hommes publics plus préoccupés de leur avancement, de leur popularité, que de l'intérêt public, n'ayant de zèle que pour les projets qui peuvent leur être utiles;

2° Les juges et magistrats qui donnent quelquefois raison de soupçonner leur impartialité et qui laissent les dossiers s'açdumjuler devant eux, au grand détriment des plaideurs. On cite des cas où

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de pauvres gens ont attendu, pendant des mois, des irrêts qui les auraient sauvés de la ruine ou de la nisère, s'ils avaient été prononcés plus tôt. Ce sont les cas déplorables, funestes à la confiance et au respect dont la magistrature devrait jouir. Comnent se fait-il que le gouvernement et le Barreau l'empêchent pas de pareils abus?

3° Tous ceux qui flattent les préjugés et les pasdons populaires et propagent des doctrines et des sentiments funestes à la paix, à l'ordre, à la morale, lux meilleurs intérêts de la société;

4° Les capitalistes qui jouissent de leurs milions d'une façon scandaleuse, oublient de soulager

misères qui les entourent, refusent de payer à :eux qui les servent des salaires suffisants pour les faire vivre et soutenir leurs familles;

5° Les ouvriers et les serviteurs qui ne pensent ju'à travailler le moins possible et à extorquer le Élus qu'ils peinent de leurs patrons ou maîtn

Les propriétaires qui, imitant les usuriers, profitent de la crise du logement pour exiger des loy< Écrasants. Dans un temps où le peuple souffre et ;st tant porté à rendre les riches responsables de ses souffrances, il est dangereux d'agir ainsi, de donner •aison aux agitateurs qui dénoncent leur égoïsme, CUr dureté. 11 en est même qui, non contents d'é-

ever les loyers de leurs maisons «le 40, 50 et 75 mur cent, vont jusqu'à refuser de louer à ceux

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qui ont des enfants. Une dame, victime de c< égoïsme révoltant, disait : " Il va donc falloir, i< comme ailleurs, prendre les moyens de n'avoir pas d'enfants ".

Ces propriétaires ne se rendent pas compte di mal qu'ils font. Lorsque, dans certains pays, 01 accorde des primes aux pères et mères de nombreuses familles, ici on les punirait ! Pourtant, tous les jours, on écrit et on dit que nous devons à la force de notre natalité notre conservation et notre influence nationales, et on fait les plus grands efforts pour empêcher la mortalité infantile. On répète sur tous les tons que plus nous aurons d'enfants, plus nous serons forts, puissants, dignes du respect des autres peuples. Les propriétaires qui refusent de louer à ceux qui ont des enfants pèchent contre les lois divines et humaines, contre la religion et la morale, contre notre intérêt national. Ils sont peu nombreux, heureusement, et il devrait suffire de leur montrer le mal qu'ils font pour les ramener à de meilleurs sentiments.

Il est juste de dire que certains propriétaires allèguent que, vu la rareté des logements, il y a compétition entre les locataires, qui sont souvent responsables de la hausse des prix. " Pouvons-nous refuser, disent-ils, ce qu'on nous offre? ': Mais tous les propriétaires ne peuvent se prévaloir de cette excuse. On m'assure que, dans un grand nombre

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de cas, l'augmentation de Tan dernier et de cette année est de 75 et même de 100 pour cent.

70 Ceux qui, souvent sans malice, écorchent le prochain et lui font du mal par des insinuations, qui souvent n'ont d'autre fondement que le besoin de se rendre intéressants, que de passer pour avoir de l'esprit;

8° Les critiques trop sévères qui, quelquefois, effraient et découragent des talents dont le développement aurait fait honneur à notre littérature, à nos beaux-arts. Dans un pays où le travail intellectuel paie si peu ceux qui s'y livrent, la critique a besoin d'être bienveillante;

90 Les hommes et les femmes dont la mauvaise humeur rend la vie pénible à ceux qui vivent avec eux; ils ne semblent pas comprendre qu'il y a plus de bonheur dans la patience et la tolérance, dans le pardon, que dans l'impatience, la colère et la rancune ;

io° Les maris et les pères de famille qui préfèrent le club à la vie de famille et dont les femmes et les enfant> cherchent le désennui dans des amusements plus ou moins convenables;

11° Les femmes vt les jeunes filles <|iii dépensent tant d'argent à s'habiller le moins possible, à faire l'étalage de leur chair et de leurs os;

[2° Les jeunes gens qui perdent, dans des lectures ou des amusements démoralisants, un temps pré-

cieux, au grand détriment de leur avenir et de leurs succès dans le monde;

130 Tous ceux qui ne voient dans le monde que les mauvais côtés, les imperfections, exigent chez le prochain une perfection qu'ils ne possèdent pas euxmêmes, et critiquent à tort et à travers tout ce que les autorités religieuses ou civiles font et disent;

140 Ceux qui, par leurs actions et leurs paroles, contribuent à démoraliser le peuple, à le rendre égoïste et défiant, à lui faire perdre le respect des hommes et des institutions les plus respectables;

15 ° Les intrigants, qui se parent des dehors de la religion, de la vertu ou du patriotisme afin de mieux servir leurs intérêts personnels, et se font un plaisir d'exploiter la bonne foi de leurs semblables;

160 Les vaniteux, qui se font un honneur de répudier leur langue maternelle, d'admirer et d'imiter tout ce qui est anglais, de faire la grimace sur tout ce qui est canadien-français. Ils ne connaissent pas, | les malheureux ! ce qu'il en a coûté à leurs ancêtres pour en faire des Canadiens-français;

17° Enfin, les sceptiques, qui semblent n'avoir d'autre but que de démolir les enthousiastes les plus respectables, les croyances les plus réconfortantes, de tarir les sources des actes les plus généreux, de dévouements les plus utiles à la société, de détruire ce qui fait le bonheur de la plupart des hommes ;

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i8° Tous les mécontents, les aigris qui s'en prennent à la Providence et à la société de leurs insuccès, de leurs déboires, dont leur imprévoyance et leur paresse sont souvent la cause principale, et qui attribuent à la chance les succès de certains hommes qui ont mis la chance de leur côté par des années de privation et d'un travail constant, souvent pénible.

Je pourrais allonger cette liste, mais elle est assez longue pour permettre a un grand nombre de personnes de s'y reconnaître, moi le premier, car il plus facile de prêcher que de pratiquer. C'est un examen de conscience que je soumets à mes concitoyens, dans leur intérêt, un examen qui les incitera, peut-être, à réformer leur conduite et leurs paroles.

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