‹ Les gerbes canadiennesChapitre 24 sur 32 · LA CRISE UNIVERSELLE ET LA PROVINCE DE QUEBEC · texte numérisé non relu

LA CRISE UNIVERSELLE ET LA PROVINCE DE QUEBEC

Dans son roman intitulé Les Rois, Jules Lemaître raconte les déboires d'un roi qui entreprend de prouqu'il peut rendre ses sujets heureux et les empêcher d'avoir recours à la révolution, en leur accordant les réformes sociales et politiques qu'ils réclament. Un jour, afin de refouler la foule furieuse qui envahit son palais, il est forcé d'avoir recours à la force et déplore amèrement la perte de ses illusions.

C'est bien là l'histoire de tous les rois, de tous les gouvernements qui ont cru pouvoir apaiser par la douceur et l'esprit de conciliation un peuple irrité. Chose étonnante! C'est sous les meilleurs gouvernements, sous les rois les plus disposés à accorder les réformes demandées que les révolutions éclatent. 5t lorsqu'un peuple a obtenu ou est en train d'obtenir tout ce qu'il réclamait, qu'il perd patience, a recours à la violence et massacre souvent ses meilleurs amis. Les exemples sont nombreux. Quel roi fut jamais plus doux, plus inoiïensif que Louis XVI, plus enclin à accorder a ses sujets les réformes

Les plus radicales? ( )n pourrait presque en dire autant de l'infortuné Nicolas IL

Et, à l'heure qu'il est, quel homme d'Etat fu jamais plus favorable aux revendications libérale et sociales que Lloyd George ?

Il n'y a pas si longtemps qu'on redoutait son radicalisme. Et, pourtant, parce que, à un certain moment, il a cru qu'il devait, dans l'intérêt de l'Angleterre, s'arrêter dans la voie des concessions, le: Irlandais et les ouvriers dont il était l'homme d'Eta favori, le rejettent, le menacent, et rien ne paraît pouvoir préserver ce pays de subir les horreurs d'une guerre civile en Irlande et d'une révolution sanglante.

Quelles sont donc les raisons principales de ce fait étrange et déplorable, d'une inconséquence, d'une injustice si difficiles à expliquer ?

D'abord, il faut dire que lorsqu'un peuple a été pendant longtemps victime des abus de pouvoir et des injustices des grands et des riches, et lorsqu'il est parvenu à se faire craindre et à croire que par la force il peut obtenir le redressement de ses griefs, il devient sourd à la voix de la raison et de la conciliation. Il veut tout ou rien. Et puis alors, presque toujours les mauvais éléments, les violents, les fanatiques l'emportent, s'imposent par la terreur, par la tyrannie la plus odieuse, jusqu'au jour où afin d'échapper à leurs fureurs, les peuples se jettent dans les bras d'un homme fort, puissant, d'un dictateur.

Il est triste de constater que l'humanité paraît condamnée à osciller sans cesse entre la tyrannie

des grands et la tyrannie des petits, entre les injustices des capitalistes et les vengeances du prolétariat Après avoir été pendant des siècles à la merci du despotisme politique et social, le monde est maintenant et sera davantage plus tard à la merci du socialisme radical et violent.

Le bolchevisme ne réussira pas, cette fois, à s'implanter dans le monde, il disparaîtra, écrasé sous le poids de ses crimes, et ce qu'il aura édifié s'effondrera dans la boue et dans le sang. Mais il ne mourra pas, il continuera son travail d'organisation et de propagande ; il appellera sous son drapeau tous les mécontents, tous les déshérités de la fortune et de la nature, tous ceux dont il flattera les passions, les mauvais instincts et même les bons sentiments, et il mettra au service d'un autre Lénine des armées innombrables et invincibles.

Lénine n'est qu'un précurseur.

La religion seule pourrait éviter les malheurs qui menacent le monde, en y répandant des principes Se justice, de charité et de résignation, mais elle n'aura pas assez d'empire sur les hommes pour combattre efficacement l'avidité des riches et les théories néfastes des champions du communisme.

En dépit de l'expérience et des leçons tragiques de l'Histoire, il est toujours facile de faire croire aux hommes qu'ils trouveront le bonheur dans un régime où régneront l'égalité et le partage des biens.

Communisme ! Egalité ! Que de mensonges, de folles chimères renfermés dans ces mots ! L'égalité ne pourrait exister que dans un monde où tous les hommes seraient égaux en intelligence, en talent et en volonté. Quant au partage des biens, le lendemain du jour où il aurait eu lieu, un grand nombr< auraient vendu leurs parts à des voisins plus intelligents, plus énergiques.

Afin d'assurer le succès des absurdes théories prêchées par les fauteurs du communisme, il faudrait bouleverser non seulement l'ordre social de fond ei comble, mais encore les lois de la nature. D'ailleurs l'Histoire atteste le néant de toutes ces théories désastreuses et le mal qu'elles ont fait. Et, à l'heure qu'il est, n'est-il pas établi que le despotisme des chefs bolchevistes est pire et plus odieux que n'a jamais été le despotisme des Tsars et que les ouvriers n'ont jamais été plus maltraités? Et, malheureusement les abus et les excès commis par tous ces démagogues produisent des réactions violentes et souvent ruinent la démocratie, la bonne et saine démocratie.

Au milieu des désastres qui nous menacent, y aura-t-il un coin sur la terre où les hommes pourront vivre dans la paix et la concorde ? Oui, la province de Québec, peut-être, si elle continue d'opposer une digue aux flots empoisonnés du bolchévisme, si elle continue d'écouter les voix sages qui la dirigent, si sa population reste sourde aux appels de la

démagogie. L'éloge que des hommes prévenus contre nous, font du bon sens et de la sagesse de notre population, nous honore et doit nous encourager à mériter les hommages rendus à notre nationalité. Le fait que de grands capitalistes choisissent la province de Québec pour établir des industries puissantes, à cause de la sécurité que leur offre le caractère de nos gens, doit encourager nos ouvriers à conserver leur bonne réputation D'autant plus que leur sagesse et leur bonne volonté leur seront plus utiles que les tirades échevelées de démagogues plus ou moins antipathiques à nos sentiments religieux et nationaux. Leur bon sens doit les éloigner de ces agitateurs sans scrupule et sans conscience, de ces prédicants de haine et de discorde et les induire à choisir comme chefs des hommes dont ils connaissent le jugement sain, les idées raisonnables, les sentiments respectables. Ils doivent prendre garde de décourager par des exigences, des réclamations exagérées et des doctrines fallacieuses les nombreux amis qui veulent leur bien, leur bonheur.

Le pays tout entier a les yeux sur eux et de leur sagesse dépendra en grande partie la prospérité de la province -de Québec. Le patriotisme comme leur intérêt leur fait un devoir d'être sages et raisonnables, de réclamer avec énergie leurs droits, niais sans égoïsme, sans injustice envers les autres classes de la société.

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