LES VOYAGEURS DE COMMERCE
Un article ayant pour titre " Les voyageurs de comîmerce ", portant la signature de I.-H. Bernier, et publié dernièrement dans 1' " Action française " m'a si vivement intéressé que je crois devoir le signaler à l'attention publique.
J'y ai constaté avec plaisir que le voyageur de commerce promet d'exercer une heureuse influence morale et nationale dans notre province. Grâce aux associations qu'il a formées, il comprend que ses" relations et son contact quotidien avec toutes les classes de notre population, lui permettent de jouer un rôle utile, bienfaisant. Il ne veut pas se contenter d'être un simple agent de comîmerce, il veut être un messager de bonnes pensées, de bons sentiments. Le fameux Gambetta attachait une grande importance à l'influence du voyageur de commerce. Dans un de ses plus éloquents discours, prononce dans un banquet de voyageurs de commerce, il leur disait qu'ils avaient une mission à remplir et leur recommandait de profiter de leur situation pour répandre des idées et des sentiments utiles à la France.
M. Bernier parle des moyens employés par certains voyageurs de commerce dans l'intérêt de la
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langue française et de la moralité publique. Par exemple, ayant remarqué que, dans quelques endroits, les sacres et les plasphèmes étaient déplorables, ils entreprirent d'extirper du champ national ces plantes vénéneuses. Ils eurent le courage de dénoncer avec toute la prudence possible ces outrages à la morale, en faisant appel à tous les bons sentiments de nos gens, en leur démontrant que ces mauvaises paroles non seulement étaient un outrage à Dieu, mais qu'elles leur faisaient perdre le respect et la confiance ,des hommes au milieu desquels ils vivaient, dans les centres anglais spécialement. Leur intérêt se joignait à la religion et au patriotisme pour les inviter à se corriger.
M. Bernier se réjouit avec raison des résultats déjà obtenus et il en donne des exemples. " Un tel, dit M. Bernier, a guéri tout un atelier de trente hommes en faisant payer un sou d'amende par juron; l'un de ces hommes lui disait qu'il avait payé, dans les commencements, trente sous par jour, mais que depuis il s'en tirait avec un sou." Un voyageur de commerce descendant du train avait un jour demandé un cocher qui ne sacrait pas. Depuis. toutes les fois qu'il revient au même endroit, chaque cocher du en l'apercevant; " Moi, monsieur, je ne sacre pas ".
N'est-ce pas que voilà de la bonne besogne dont nos voyageurs de commerce ont raison d'être fiers?
N'est-ce pas qu'ils rendent un service inappréciable à la société et à leur nationalité?
Sir Wilfrid Laurier disait, un jour, que dans les milieux anglais on jugeait les Canadiens-français par ceux qui y vivaient ou y voyagent, par leur bonne tenue, leur langage et leur conduite. Ce qui précède démontre que non seulement nos voyageurs de commerce donneront de nous une opinion favorable, mais que de plus ils apprendront à nos concitoyens d'origine anglaise à respecter nos compatriotes.
Ceux que l'avenir inquiète sont heureux de voir se former tant d'associations dont le but est d'assurer la protection et le progrès de nos intérêts religieux, patriotiques et sociaux et d'opposer des digues au torrent dévastateur des théories malsaines qui menacent l'avenir des sociétés.
L'exemple d'énergie morale et nationale donné par les voyageurs de commerce, mérite d'être signalé et suivi. Il prouve que, dans toutes les classes de notre population, il y a des éléments sur lesquels on peut compter pour assurer à notre province une place honorable en Amérique, pour faire estimer notre nationalité.