‹ Les gestes de Joffre d'Arria et de son fils Joffre le PoiluChapitre 12 sur 30 · SEIOL'R DE JOFFRE D'ARRIA ET SON ESCORTE · texte numérisé non relu

SEIOL'R DE JOFFRE D'ARRIA ET SON ESCORTE

A ELXE

a cathédrale, le palais épiscopal cl les maisons des clercs occupaient le sommet d'une colline, tandis que la ville s'étendait dans la plaine, vers les étangs qui bordaient la cote maritime. Du haut de l'acropole le spectacle était merveilleux. La nuit se faisait. A l'occident, le Can\^^ou, celeberriimis Mons, so dressait en une masse colossale d'un hleu pâle, et il se découpait à l'emportc-pièce sur le soleil couchant. A gauche, les Albères se dressaient comme un mur immense de couleur cendrée, estompé de vapeurs violettes, et la gorge de La Clusa s'ouvrait largement sur un ciel pur et lavé où scintillaient les premières étoiles du soir ; le long des rives du Tecli, j)lcincs d'obscurité et de silence, des points brillants annon(;aient la présence de villages maintenant invisibles.

L'cvéque l-'ulmon était un homme de taille moyenne, maigre, au visage pâle d'où sortaient deux yeux vifs et clairs. Issu d'une famille qui appartenait à la vieille aristocratie gallo-romaine, toute sa personne indirpiait la noblesse, heureusement rehaussée de qualités rares de son temps : la connaissance de l'histoire ancienne, le lah-nl de parler et d'écrire avec facilité, et un esj)rit

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ilc cluuilé infini. Très cioyanl, lornu' principalenicnl par la lecture de .Jérôme el {rAugiisliii, il imposait à ses fidèles la rigoureuse observance des lois de Dieu et de TK^^lise. Il ne voulait pas d'esclaves sur ses terres, qui étaient très étendues : la villa Aziliaciiiu (La Tour-Bas-Klne). la uilld Saïuitoris (Avalrich) lui venaient de ses ancêtres, tous de l'Ordre Sénatorial. Plus loin, vers le nord, il possédait partie de la villa (iotliorum (.Maiioles) el de la oillu Pcrpiniaui, qui, de simple domaine rural, deviendra, un jour, sous le nom de Pcrpinyd, la capitale <l'un royaume et une iière cité de combat.

Ce noble prélat romain n'aimait pas les Franks qu'il considérait comme des Harbares. Il avait admiré l'œuvre ^n'andiose <Ie Cbarlemagne el souhaité l'unité de l'Kmpire chrétien, mais en face des désordres grandissants et des crimes des successeurs du grand Empereur, il pensait qu'un ordre nouveau devait sortir de cette anarchie.

Quand le souper fut fini et qu'on eut ôté les nappes, on causa <fal)ord de choses el d'autres, mais le savant prélat ne tarda pas d'amener la conversation sur sa ville épi.scopale dont il rappela l'origine ibérienne, comme en témoignait son premier nom iVIlliberis, qu'elle avait laissé j){)ur prendre celui iVHelciui, la pieuse mère de Constantin le Grand ; il raconta la mort du prince Constant, égorgé ici même par un sicaire du comte frank Magnence, candidat à l'Empire ; j)uis il dit à ses convives le martyre de celte admirable vierge Eulalie, devenue la patronne <le son Eglise, « mère de toutes les églises du Houssillon », muter omnium cvclesiarum Rossillioiieiisiiun.

Au moment où finissait la veillée, Fulmon resté seul avec

— Eh ! bien, mon clior ami, reparlit !(' pn-lal, ce messaRp ne me dit rieii qui vaille. {V. 43).

JofTre d'Arria lui demanda ce qu'il allait faire à Xarbonne. Et Joffre, qui avait le cœur le plus loyal qu'on eût jamais trouvé dans un homme, lui répondit :

— Le roi m'a envoyé un message par lequel il me mande de rejoindre à Xarbonne des commissaires chargés de m'accompagner à la cour, qui se trouve en ce moment au Puy-Sainte- Marie (Le Puy en Velay), Le message ne contient pas autre chose.

— Eh bien 1 mon cher ami, repartit le prélat, ce message ne médit rien qui vaille; tu connais le chemin du Puy-Sainte- Marie aussi bien, sinon mieux, que les commissaires du roi, et tu pouvais le faire sans eux ; à ta place je me méfierais.

Je n'ai point confiance en ce roi ('>harles qui ne croit pas plus en Dieu qu'un .Sarrasin. Rappelle-toi comment lui et ses frères ont traité leur père, insultant à .sa vieillesse et à sa dignité. On dit que Charles a du goût pour les lettres, les arts et la philosophie ; c'est po.ssible, mais moi je le crois versatile et déloyal. Tu dois craindre surtout (juelqucs-uns de ses courtisans dont l'un est devenu ton implacable ennemi ; je veux j)arb'rdu comte de Houssillon et de Cerdagne, le frank Salomon, qui ne t'a jamais pardonné ton élévation à une dignité qui était l'objet de sa folle ambition.

I^s Franks, mon cher ami, ont encore l'indi.scipline des Barbares; le roi jjnssc incessamment do la faiblesse à la violence, et il est impuissant à faire respecter l'ordre public. L'intérêt de la Catalogne est de .se séj)arer de ce royaume rpii court à f^'i ruine.

— Je suis de ton avis, répondit .lolfre d'Arria, et je crois

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que révéïicnicMit se produira un jour, mais je ne puis rien faire ])our en liàlcr la venue ; je suis lié par mon serment, je suis <( un fulèle » du roi des Kranks ; je ne saurais me soustraire à mon devoir sous peine de félonie ; un autre qui viendra après moi fera peut-être, sans manquer à la foi jurée, ce que désire ton eoLuir de patriote catalan.

— Ainsi soit-il, dit l^dnion, et, sur ce mot, ils se retirèrent chacun dans son ai)partement.

JOFFRE D'ARRIA ET SON ESCORTE RE-IOK.XENT A XARBOXXE LES COMMISSAIRES DU ROI

e lendemain matin, au premier chant du coq, Joffre se leva'et appela son fds. Leurs compagnons de voyage étaient déjà sur pieds. Tous ensemble ils entendirent la messe, car JolTre donnait toujours l'exemple de la piété. Ils visitèrent ensuite le sarcophage du malheureux Constant et les reliques de sainte Eulalie conservées dans un cofTret d'argent ciselé. Enfin, ils prirent congé de l'évéque en le remerciant de raimai)le accueil (ju'il leur avait fait. Et le prélat, souriant, raj)i)ela cette parole de saint Paul : « Ne négligez pas d'exercer l'hospitalité, car c'est en la pratiquant (pie quelques-uns ont reçu pour hôtes des anges sans le savoir. »

Des vapeurs flottaient au-dessous des cimes du Canigou ; frappées par le soleil levant, elles se fondaient, s'évanouissaient, el le Géant apparut bientôt dans toute sa majestueuse beauté. ('/était la promesse d'une Journée lumineuse. La voie romaine longeait la uilld Azilidcim}, laissant à sa droite la uilhi Sdli.v el se dirigeait sur la nilhi (lornrUdimm située siii l;i lisière de la forêt de lierclutlc (Corneilla-del-Vercol) ; à partir de ce |)oint, elle courait en ligne droite sur le (!(tslrlliiiit Hosciliu/u'use

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(Castell-Rossello), l)àti sur les ruines de l'antique cité de Ruscina qui avait vu passer le grand Hannibal avec ses formidables éléphants, les légions de Pompée et de César ; colonie latine» elle était devenue le marché de la contrée, étant la maîtresse cité du pays qui lui doit son nom ; et maintenant, tant d'épreuves avaient fondu sur elle au cours des derniers siècles qu'il ne restait plus rien d'autrefois.

Au bas de la falaise qu\ portait le Castcllum coulait la Tet, capricieuse et très large, que les voyageurs passèrent sur un pont de bois. F^nsuite la route romaine, sous le nom de Via de Caries, traversait la Salanquo limoneuse, vêtue d'une luxuriante végétation, et arrivait à la villa Salsa^, l'antique station de Salsulas, ainsi appelée, dit-on, par les Romains, de deux sources d'eau salée qui se déversent dans l'étang voisin.

L'une d'elles, la Salsiilœ Fons ou « Font de Salses », était célèbre dans les temps anciens : c'est une des grandes sources du monde ; elle naît au pied d'une énorme muraille de roches surplombantes et forme un véritable fleuve qui se déverse dans l'étang de Salses, petite mer en bordure de la grande. La petite mer de Salses offrait en ce moment un singulier aspect : des racines d'arbres, des joncs fins et délicats, et d'autres plantes marines, enchevêtrées en îles et en îlots flottants, formaient de petites plaines verdoyantes soutenues par les eaux, et, sous le souffle de la tramontane qui s'était levée, les vagues soulevaient ces na|)pes de verdure en larges ondulations.

JofTie d'Arria passa ici la frontière de cette Marche d'Espagne qu'il ne devait plus revoir.

Après « la Font de Salses », la voie romaine était bordée, à

droite, de baies marécageuses qui creusaient la terre ferme, puis elle courait entre les Corbières finissantes et toute une série de lacs maritimes qui formaient « la Mer de Xarbonne », Mare Xarbonense. Elle entrait enfin dans la capitale de la Septimanie, enserrée dans ses remparts romains, au milieu d'une riche plaine d'oliviers et de vignobles. La ville était bien déchue, car elle avait connu tous les malheurs de la guerre : depuis l'époque romaine, où elle avait été si florissante, elle n'avait point cessé d'être un objet de convoitise et un champ de dévastations périodiques pour les Barbares,

Les commissaires de Charles-le-Chauve reçurent Joffre d'Arria c't son escorte avec les marques de la plus grande déférence, et l'un d'eux, s'adressant à .loffre, dit: « Nous venons au-devant de vous au nom du Roi qui vous envoie son salut et son amitié ».

JofTre tout à fait rassuré par ces bonnes paroles renvoya les chevaliers catalans qui l'avaient accompagné, ne gardant avec lui que son fils, le jeune Poilu. Ce fut une grande faute.

COMMENT .lObTRE DARRIA FUT ASSASSINÉ

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