‹ Les gestes de Joffre d'Arria et de son fils Joffre le PoiluChapitre 16 sur 30 · TUA LE COMTE SALOMON POUR VENGER LA MORT DE SON PÈRE · texte numérisé non relu

TUA LE COMTE SALOMON POUR VENGER LA MORT DE SON PÈRE

eux jours après, Jolfre le Poilu revêtit un costume de pèlerin pour se mettre à Tabri de tout soupçon, il invoqua le Dieu qui avait guidé les Rois Mages jusqu'à lieliiléem et se mit en route pour Barcelone. Ainsi vêtu, il arriva dans la Cité Comtale et se présenta secrètement à sa mère. Pour se faire reconnaitre, le jeune Poilu allait montrer le signe qui lui avait valu son surnom, mais le cœur de la mère l'avait déjà reconnu : « Embrassez votre mère, car vous êtes mon fds! n s'écria-l-ellc en le pres.sant fortement dans ses bras. Elle attendait avec une inaltérable confiance en Dieu et en l'étoile de ce fds si tendrement aimé la punition du criminel qui occupait le Palais comtal. .loffre lui promit par serment de faire justice de cet liomme; et la mère s'en réjouit grandement, louant Dieu <lc lui avoir donné un tel enfant.

1^1 veuve de J offre d'Arria avait supporte son mallieur avec un courage apparent, mais son cd-ur n'av;iil pas cessé de «aigiier en dedans. Quoi(pie vivant retirée, et malgré la surveillance dont elle (Hait l'objet de l.i |);iil des gens dévoués au

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comte Salonion, elle était visitée de temps à autre ptiv les seigneurs catalans qui avaient été les compagnons de guerre ou les fidèles serviteurs de son illustre mari, l'ille les avait mis dans^ la confidence de ses espoirs, et tous lui avaient i)romis de l'aider à les réaliser. F^lle les réunit donc un soir chez elle et leur j)résenta son fils. A cette époque on n'aurait |)as trouvé dans une bonne partie du luonde un chevalier aussi jeune, qui fût plus sûr, plus habile et meilleur en fait d'armes. Tous lui jurèrent fitlélité, le saluèrent par acclamation du titre de Comte de Barcelone cl jurèrent de le suivre partout où il les conduirait.

Le complot tut vite tramé ; il ne restait plus qu'A attendre le moment favorable pour agir. Le comte Salomon se trouvait alors en Ccrdagne où il avait coutume de passer les mois de fortes chaleurs, si insupi)ortables sous le ciel brûlant de Barcelone, si agréables sous celui de la Cerdagne dont le climat et les paysages font jjcnser à la Suisse. L'ancienne colonie romaine de Jiilin Lihijcd (Llivia), la villa Ilicci (Hix), que les rois d'Aragon habitèrent dans la suite, les Thermes de Aqum Calidas (Les Escaldes) , encore bien conservés , étaient des séjours délicieux (pii attiraient les oisifs et les malades de Barcelone. Mais, dès qu'août se rapproche de septembre, les soirées sont froides, Ifs montagnes se couvrent de neige et vous avertissent qu'il faut songer au départ. Salomon reprit le chemin de la ('ilé ('omtale.

Barcelone était alors une Cité fameuse, Hnrchinnna fnmosi nominis Civilas, une Ville très fortifiée, Urbs munilissinui. A la vérité, elle avait peu d'étendue, mais elle était très j)euplée ;

d'ailleurs, dél)ordant les murailles dont les Romains l'avaient entourée, Barchinona, située sur la colline de Taber, commençait à se répandre dans les vastes et beaux jardins qu'elle dominait, principalement du côté de laHorla ciel Bisbe (Jardin de l'Évéque) et du côté de la plaine de La Palma, qui la séparait de la mer, où largement s'ouvrait le port. La Ville avait des ouvriers habiles : armuriers, orfèvres, tisserands, potiers, maçons, qui travaillaient pour les églises, les seigneurs et les bourgeois. Parmi ces ouvriers il y avait des chrétiens, des juifs, des musulmans convertis dont quelques-uns exerçaient la médecine; les agriculteurs y étaient nombreux, protégés par les Ordonnances ou Cnpitulaires des rois de France. Des églises avaient remplacé les temples païens, parmi lesquels ceux d'Esculape, de Minerve, «l'Hercule; de celui-ci des restes imposants gisaient encore sur le sol, tout prés de la cathédrale de Santa Crhi et de la Plaça (le les Cols (^Place aux Herbes), où s'élevait le Palan dels Comtes (Palais des Comtes).

Les conjurés, qui connaissaient le retour de Salomon, ai)prirent bientôt que, dès le lendemain, il devait faire une visite aux moines d'un couvent situé dans la banlieue; ils en informèrent .lofTre et, d'un commun accord, ils décidèrent de mettre leur projet à exécution sans plus tarder.

A l'heure fixée, le jeune Poilu, (jui était reslé caché juscju'à ce jour, sortit de .sa maison, à cheval; il avait revêtu un beau costume de chevalier et ceint son épée forgée de (in acier. \ petits pas il se dirigea vers la Plaça de les Cols, en ce moment rem|)Iie d'une foule vive et gaie; .ses amis le suivaient, mêlés à celte foule liariolée des Barcelonais.

(i6 LES GESTES DE JOFFRE d'aHHIA

JollVe aperçut au bas du j)crr()u du Palais le comte Salomon qui montait à cheval ; précipitamment il courut sur lui, lui donna de son épée dans le liane et le jeta mort'. Les gens du Palais volèrent au secours de leur maître. Déjà ils entouraient Jofï're et s'eflorvaient de le désarçonner; mais les conjurés se précipitèrent pour le dégager. Alors JoflVe cria son nom à la foule, surprise tout d'abord d'une pareille audace ; il leur dit qu'il venait de remplir un devoir sacré, et chacun approuva et loua hautement celui qui vengeait de si belle façon la mort de son père. Les barons et chevaliers l'acclamèrent Comte de Barcelone, et les liarcelonais répondirent par de tels cris de joyeuse api)robation qu'on eût dit que le monde allait crouler.

Et sache/, que nul ne pleura la mort de ce comte Salomon, qui était un méchant homme de la nation des Franks. On disait que cette mort était venue par la miséricorde de Dieu, qui soufTre bien i)endant un temps le pécheur, mais qui fait tomber le glaive de la justice sui* les méchants quand il juge le moment <le la punition arrivé-.

* E' ab conseil de lots los Harons, un jorn En GriiTa cavalca per la (]iutat amb ells cnscnips;e Irobanl lo Comte Salamo fora lo Caslell, qui es a la Plaça de les Cols, aqiii nialoix lo dit en Griffa mala lo Comte Salamo de un colp de .spasa quel ahaxa mort de Cavall (I'khk Tomich, cb. xxvi^.

'^ \ cette épofiuc le peuple jugeait que c'était un devoir de venger un parenl luort assassiné.

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