SUR LES NORTHMANS EN PICARDIE
es noces étant terminées, JofTre le Poilu partit de Barcelone pour se rendre à la Cour de F'rance conlormément aux ordres du roi. 11 y arriva avec une nombreuse et brillante escorte de chevaliers catalans qui firent l'admiration des Franks, car jamais le roi Artur n'en eut de semblables à sa fameuse Table liondc.
Le Poilu fut présenté par son beau-père, le Comte de Flandre, à Charles-le-Cliauve. Celui-ci, qui avait à se reprocher d'avoir donné créance aux calomnies de Salomon contre le père, re^ut le fils avec bienveillance; il lui accorda volontiers son pardon. lui confirma le titre de Comte de Barcelone et lui donna le ^Gouvernement de la Maicbe bispanicjnc.
Sachez qu'en ce temps-là la Cour de France était i)leine d'intrigues et de désordres : chacun n'écoulait (juc sa cupidité, el la chose publicjue allait jouiiiellement de mal en |)is. Les Barbares Scandinaves, (ju on appela XoiUiiikuis (lionimcs <lii Nord), n'avaient pas maïupié de liicr parli des troubles du rovaume de France. Avec leurs innombrables navires ils remon-
H) LES GESTES DE JOFFUE d'aRRIA
talent le cours de la Seine et de la Somme et pénétraient jusque dans l'intérieur du i)ays de Picardie, où il y avait de riches abbayes à piller, de l)ellcs et abondantes moissons à récolter. Les populations des campagnes, épouvantées par l'irruption de ces farouches dévastateurs, fuyaient vers les villes, implorant le secours des hommes de guerre.
Les chefs militaires, choisis par une Cour livrée aux intrigues du palais, étaient la pluj)art incapables ou j^lus soucieux de s'enrichir que de chasser les Northmans. Charles-le-Chauve ne recevait que de mauvaises nouvelles ; la situation était (léj)Iorable; d'un moment à l'autre Paris et Conipiègne, où était la Cour, |)ouvaienl devenir la proie des Barbares. .lofTre le Poilu n'hésita l)as à offrir le secours de son épée au roi de France, qui l'accepta, très louché de la générosité de ce vaillant chevalier. Il décida même de lui confier le commandement d'une expédition qu'il organisait contre les Barbares du Nord.
Dès les premières rencontres avec l'ennemi, le chef catalan donna de telles preuves de prudence et de courage que, disent les chronicpieurs, « en une seule journée il acquit la réputation et la renommée que les chevaliers de celte époque n'acquéraient qu'à force de hauts faits et de victoires répétées ». Mais l)ien plus grande fut sa gloire dans la suite.
Kn efTet, les Northmans, insensibles aux sanglantes leçons que .lolfre leur avaient données, revinrent encore plus nombreux que jamais; ils se jetèrent sur le pays entre Seine et Somme, comme une nuée de sauterelles : arbres, moissons, chaumières, tout disparaissait sous leurs pas; les monastères et les églises étaient pillés et rasés au niveau du sol. Encouragés par JofTre, les
Cette lourde masse arriva avec laiit de vitesse et de fougue (jiie leftoiil de larmée eiineiiiie en fut fbranlé et rompu. (P. 'il).
Franks attaquèrent vigoureusement ces pillards ; mais ils étaient si nombreux que le général craignit un moment d'être enveloppé. Il fit reculer ses bataillons et les plaça en des positions qu'il avait sagement choisies. La lutte recommença ; les Franks soutinrent le choc de l'ennemi, puis, à la voix de JofTre, ils foncèrent connne des lions sur les Xorthmans. Le général accourut lui-même, suivi de ses chevaliers catalans et d'un escadron de cavaliers franks, armés de longues lances, et tout bardés de fer. Cette lourde masse arriva avec tant de vitesse et de fougue que le front de l'armée ennemie en fut ébranlé et rompu. Les Franks pénétrèrent dans la trouée, tuant à droite et à gauche, si bien que les Barbares se débandèrent : ce fut une déroute générale. Tout le butin, tous les bagages tombèrent aux mains des Franks et des milliers de Xorthmans furent ma.ssacrés. C'était une belle victoire.
COMMENT LE ROI CHARLES-LE-CHAUVE DONNA DES ARMOIRIES A JOEFRE LE POILU.