‹ Les gestes de Joffre d'Arria et de son fils Joffre le PoiluChapitre 20 sur 30 · COMMENT JOFFRE LE POILU OBTINT LA SOUVERAINETÉ DU COMTÉ DE BARCELONE · texte numérisé non relu

COMMENT JOFFRE LE POILU OBTINT LA SOUVERAINETÉ DU COMTÉ DE BARCELONE

omme l'avaient prévu les médecins, la blessure de Joffre guérit rapidement. I! était si bien en faveur à la Cour qu'il prenait place à la table du roi et avait grande part à son amitié. Le peuple l'admirait, son nom courait sur toutes les bouches comme celui d'un sauveur. Mais aux yeux et aux oreilles de quelques courtisants, cette popularité était gênante ou désagréable. D'ailleurs, ce .lofTre était un étranger, un homme du Midi, qui venait cueillir les lauriers dus aux seuls hommes du Nord.

Ceux qui parlaient ainsi c'étaient des ducs, des comtes, des barons félons qui haïssaient .lofTre de mâle haine pour ses prouesses et pour In bonne amitié que le roi lui portait. Leur envie s'irrita, et, par des mensonges, ils animaient contre le iu)blc guerrier les «imis qu'il s'était faits parmi les chevaliers franks : la popularité dont il jouis.sait dans l'armée et parmi le peuple les empêchait de dormir. Pendant que les Barbares du Nord ravageaient |)ar le fer et le feu les rives de la Seine, de la Somme et de l'OLse. ces détracteurs des mérites et de la gloire <le .îofTre s'embusfiuaienl à la Cour, occupés à (h- louches

intrigues, ouhiiaiil rinlorcl nalional pour ne songer qu'à leurs convoitises.

Le noble Catalan n'avait pas tardé de découvrir les machinations ténél)reuses dirigées contre lui ; il s'aperyul qu'il vivait dans une atmosphère empestée d'hostilité ; guéri de sa blessure, il i)rit le parti d'en sortir au i)lus vite et de retourner dans sa chère Catalogne où étaient toutes ses allections. Précisément, à ce moment même, un messager venait d'arriver en grande hâte, portant de lîarcelone des lettres à son adresse. Sa mère, sa femme, ses hauts barons l'informaient que les Sarrasins de Valence s'agitaient ; quelques-unes de leurs bandes avaient même franchi les frontières de la Marche ; tous les messages s'accordaient pour le supj)lier d'accourir afin de parer au danger qui menaçait les Chrétiens.

Jolfre alla aussitôt trouver le roi et lui lit part des mauvaises nouvelles qu'il venait de recevoir. Le roi lui dit : « Comte, sachez que je trouve grand déplaisir dans les nouvelles que J'ai connues par vous, à savoir que les Morei» cherchent à reprendre le pays conquis sur eux, et je veux que vous alliez dans le dit pays et comté de Barcelone, et (jue vous le défendiez du mieux que vous pourrez, car, pour le moment vous ne devez attendre aucun secours de moi ; vous le .savez, j'ai assez de besogne et de presse autre j)arl, et je ne saurais m'y soustraire ».

Le comte de Flandre Baudoin assistait à l'entrevue; homme hai)ile, il sentit tout le i)arti que son beau-fils pouvait tirer des paroles du roi, et c'est lui qui souffla au Poilu la réi)onse suivante : « Seigneur, plaise à Votre Seigneurie, puisqu'Klle veut que j'aille défendre la terre, et qu'Elle ne peut me donner

aucun secours, que je puisse posséder dorénavant et à jamais le Comté de Barcelone et toute la terre en toute propriété ; je verrai alors si je pourrai la défendre ».

Et le roi lui répondit que « cela lui plaisait bien », et que, « à partir de ce jour, il lui donnait le comté en franc-alleu, y compris toutes les seigneuries qu'il avait dans ledit pays * ».

C'est de cette manière que .Joffre le Poilu obtint du Roi de France en franc-alleu, c'est-à-dire en toute propriété, possession perpétuelle et souveraineté le Comté de Barcelone et toutes les seigneuries de la Marche d'Espagne, qui formeront dorénavant « le Frincipat de Catalogne ».

' (e Sapiau Comte, que yo Irop desplaer en les noves que per vos he sahudes que 'Is .Moros loniaii a rccobrar aquesta terra, per que en tôt cas vull (|ue aneu en la dita terra ecomiat de Harcelona. e que'us defenscu del inillor que poreu. car per ara sorcors tif-ngii de mi no podon liaver, car corn vos sal)eu, y lie assat/, cuyla en allres parts en que no pudi fallir ».

E lo comte vebent que del Hey no podia haver ne^un soccors, ah conseil de son soKrc, lo comte de Flandres, répliqua al Hey tais paraules : « Senyor, placia a Vostra Senyoria pus vol (\\u: yo men vaja per dcfonsar la lerra e neKun soccor» Vostra .Senyoria no'ni fa, que pus axi es. que'm fassa «racia v«>Htra .Senyoria que lo comtat de Han-elona e tota la terra sia inia per tos tempti. e que 8ia en (in francalou. e yo, .Senyor, veure si la porc defrnsar ». y. lo Hey respos al Comte (|ue « li playa nioll o <jnc d a(|iii avant fos seu en lin frarir- aloii ab totcs les aitres .scnyorics que ell lenia en djla terra » (I'khk

ToMll.H, cb. XXVI).

— Tout ce qui préci-de ti*>nl évidemment beaucoup plus de la légende que de l'hi't'oire ; main la lli/'.s»- des chroniqueurH trouva « iirorr dr-s déf«:nseurH parmi N-h r'-ruditM de la (]alalo(;n'-.

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