REVENL' EN CATALOGNE JOFERE LE POILU ATTAQUE LES SARRASINS
e retour à Rarcelone, JofTre le Poilu lança son cri de guerre contre les Sarrasins qui, pendant son absence, avaient repris aux Chrétiens tout le Comté d'Ausone et le Pl(t de Tarragone ; quelques-unes de leurs l)andes étaient même parvenues jusqu'aux portes de Barcelone. 11 y avait eu des combats acharnés entre les hai)itants cl les cavaliers mores : dans une de ces rencontres périt l'illustre évéque Hugo de Cruilles dont le courage égalait la vertu. 11 eut pour successeur Frodoyn qui lui-même déposa la crosse pour saisir l'épée contre les audacieux ennemis de la foi chrétienne '.
.lolfre convoqua dans son Palais les comtes et les princij)aux seigneurs de la Marche pour prendre leur conseil et drosser le plan d'une attaque décisive contre l'ennemi. 11 allait ouvrir ainsi d'une main sûre des opérations militaires (jui lai.s.scront un souvenir inelTaçable dans la mémoire du peuple catalan.
Il appela tous les habitants de la .Marche à la déliviance de
' MiiK') '1'' OiiylIf'H p| quai iniirio. «(miio Itiieii ravallcro «|ut; era y Kraii prelaiJo. pcleaiidu coin los .Moroa ». dit Kray Iraiici.sc-.o L^ago. cIi. vi.
80 LES GESTKS DK .lOFFHE d'aHRIA
« la Pairie » sous l'égide des « Qiiatie hanes de sang » qui, pour la première fois, devaient les conduire à la victoire. En des j)roclamalions enflammées il aviva chez tous la Jiaine du nom sarrasin; il remua en eux la fibre religieuse et apj)ela sur leur valeur la protection de Dieu et de la Vierge ; il leur montra les avantages de la liberté et de l'indépendance dont ils allaient jouir, car la Catalogne était libre et indépendante par la volonté même du roi des 1^'ranks; mais une j)arlie du territoire sacré de la Patrie était encore souillée i)ar la présence des Infidèles, et le moment était venu de rejeter définitivement un joug humiliant et odieux.
En quelques jours se trouva réunie une armée d'une solidité à toute épreuve et réellement digne du grand chef qui allait la commander.
Il y eut tout d'abord une série de rencontres des plus meurtrières dans la Plaine de Tarragone ; .loffre s'y déi)ensa sans comj)lei-. Quand les Sarrasins le croyaient dans un lieu, il était dans un autre, et là où il ne pouvait arriver à cheval il allait à pied, suivi de ses meilleurs barons. II faisait aux Infidèles une guerre si active, si impitoyable ({u'ils ne savaient que devenir, car aux lieux où ils se croyaient le plus en sOreté .lofTre aj)paraissait soudainement à la tétc de ses intrépides Catalans, et alors les pieds et les bras étaient fauchés et les cervelles répandues à foison.
L'Emir sarrasin comprenant (jue la j)osition n'élait plus tenable j)our lui dans la plaine, résolut de porter le gros de ses forces dans la partie montagneuse de la Marche et d'occuper la vallée du Ter, grand fleuve qui descend de la crête des
Pyrénées ; en cas de défaite, il espérait gagner la Cerdagne par le Col de Toses, et le Pla d'Urgell en suivant le couloir du Sègre. Mais Joffre, instruit de ses projets par les espions qu'il avait dans le camp ennemi, se mit en mesure de les déjouer.
Refoulant les avant-gardes sarrasines, il parvint au confluent du Ter et du Fréser, et posa sa tente en un lieu plein d'ombre et de fraîcheur, appelé Ripoll, Rivis pollens, c'est-à-dire « remarquables par ses rivières ». Tout près s'amoncelaient les ruines d'une petite ville, fondée jadis par le roi goth Reccarède après sa conversion au Christianisme et détruite par les Infidèles au temps de Charlemagne. Cette ville, appelée Reccapolis, avait une belle église que, naturellement, les soldats du Croissant avaient rasée.