‹ Les gestes de Joffre d'Arria et de son fils Joffre le PoiluChapitre 22 sur 30 · VISION DE JOFFRE LE POILU · texte numérisé non relu

VISION DE JOFFRE LE POILU

urant la nuit JofTre eut une vision qu'il raconta à l'évéque Godmar de la manière suivante :

Cliarlemagne s'est présenté à moi ; il était sorti de son tombeau pour venir prier devant une image de la Vierge» enfouie dans les ruines qui gisent à deux pas d'ici. Ah ! quel homme, quel géant ! On n'en verra jamais de pareil jusqu'au dernier jugement. Il appuyait sa main sur sa grande épée Joyeuse dont le seul reflet a causé tant de terreur à la race païenne. A .ses côtés se tenait l'Ange qui fut toujours son ami familier et son conseil. Il me parla ainsi :

— « Tu n'étais pas encore de ce monde lor.sque je suis venu ici, un jour, pour châtier l'insolent Sarrasin qui avait détruit la ville de Heccapolis; un vénéral)le vieillard sortit des ruines et me conduisit dans une cha|)elle souterraine où se dressait, sur un autel, une statue de Notre-Dame; je me prosternai devant l'image sacrée, demandant à Dieu de protéger ce vieillard et les autres chrétiens rpii vivaient avec lui, cachés .sous terre, et je fis le v(jL'u de fonder ici-méme un grand et beau monastère sous l'invocation de Notre-Dame Sainte-Marie. Le temps m'a mantjué pour accomplir ce vcru ; j'ai pensé ([ue toi seul, Comte

JolTre, loi le descendant de guerriers illustres, tu étais désigné pour rendre cet hommage à Celle qui te donnera la victoire. Va, fais, à ton tour, le vœu de fonder ici-même un grand et l)eau monastère en l'honneur de Sainte-Marie, et de lui consacrer ce que tu as de plus précieux en ce monde ».

Et la grande ombre s'évanouit.

Tel est le récit que JofTrc lit à l'évèque Godmar. Celui-ci, sans prononcer une i)arole, mais fortement ému, prit JofTre par le bras et le poussa familièrement dans sa tente. Quel ne fut pas leur étonnement de se trouver en présence d'une statue de la Sainte Vierge que des soldats venaient de retirer des ruines voisines ! .lolTre se prosterna devant elle, disant : « O Vierge, ô Notre-Dame, Mère de Dieu, j'édifierai en ton honneur le temple le plus magnifique qui soit au monde, mais je me demande quel est le présent le plus cher à mon cœur que je pourrai t'oiTrir ».

Comme il regardait autour de lui, son fils aîné, Rodulphe, entra dans la tente : « Le voilà, s'écria-t-il, le voilà l'objet le ])lus précieux à mon cœur que je puisse oiïrir à la Reine du Ciel ! »

La découvcM'te de cette statue de la Vierge fut considérée comme un signe de la victoire sur les Sarrasins, et l'armée chrétienne s'en réjouit fort.

BATAILLE D'ESTAMARIU

ofTre s'approcha de renneiiii jusqu'au pied de la montagne de .SV;/j/ Amans. A l'insu de tous, un matin, il en yravil le sommet : une immense assemblée de monts s'elalilit autour de lui : la contrée apparaissait comme un entassement de serres, de pics, ouvert çà et là de gorges repliées en tous sens ; au dernier plan, vers le Sud, se dressait la fantastique silhouette du Mont Serrât avec ses pitons découpés el détachés comme les doigts de la main et ollïant l'aspect d'un jeu de quilles gigantesques.

Les Sarrasins occupaient encore la majeure j)artie du pays que JofTre dominait de son regard attristé. Alors, étendant son bras vers « la Montagne sciée », il s'écria : « Jusque-là, Vierge Sacrosainte dont la plante des pieds l'oule et humilie l'astre avec lecpiel le Sarrasin symbolise sa puissance, jus(jue-là et sur toute la (Catalogne tu régneras puisque tu me protèges! »

Homme de loi et d'autorité, Joirre, grâce à l'ardeur communicative de sa parole, lit partager à son armée son enthousiasme et .sa certitude de !.'« victoire ; il lui promit <( (récli])ser l'nstrc de l'Islam |)ar la fulguration de i.i (jnix du Cliiisl ». Il lit dresser un autel à l'ombre des grands arbres ({ui bordaient le llcuve.

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on y plaça « la Vicrf>o de l'invention », et lévèque (iodmar célébra le sacrifice de la messe.

Le lendemain, dès l'aube, l'armée clirélienne fonça sur les Sarrasins campés dans la plaine (THstamariu. Les deux armées se beurlèrenl avec une grande clameur dont l'éclio résonnait jusqu'au sommet des IVrénées. Là se fit un tel carnage de l'armée sarrasine ([ue de mémoire d'homme il n'y en avait pas eu de semblable ; peu nombreux lurent ceux de cette armée qui évitèrent la mort; plus de vingt mille cadavres jonchaient le sol au coucher du soleil. L'émir fut tué par un juste jugement de Dieu qui voulut sans doute venger sur sa personne tant de milliers de Chrétiens qu'il avait fait périr depuis qu'il commandait les soldats de Mahomet.

Ainsi eut victoire éclatante le glorieux .lofTre par l'aide de Xolre-Seigneur et de la Bonne Notre-Dame qui jamais ne ment.

('ette sanglante leiçon fit rentrer le More dans les limites de ses anciennes conquêtes du Sud de l'Espagne; il ne restait plus un Musulman sur la terre catalane, si l'on excepte ceux qui s'étaient convertis à la foi chrétienne, et, à partir de ce jour, Jotîre promena triomphalement son étendard, orné des quatre barres de sang, depuis Lleyda jusqu'à Barcelone, depuis Barcelone jusqu'à l'Ebre et aux Pyrénées.

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