NIÈCE DE CHARLP:MAGNE
'est dans cet antique chàteau-f'ort que la tradition fait naître JonVe d'Arria '. Ses ancêtres, qui en étaient les riclies et puissants seigneurs, en avaient fait le boulevard de la contrée lors de la première invasion des Mores ou Sarrasins. Son père avait combattu contre ces farouches païens aux côtés de (-liarlenia<,'ne et de l»oland : il avait suivi et imité ces foudres de guerre que l'on appelait « Les neuf barons ciiréliens «» dont le plus redoutable, Otger (.albalo, mourut héroïquement au siège de la cité d'I^mpories.
Tous ces fameux guerriers étaient morts après avoir arraché aux armes {les Sarrasins les pays catalans, organisés en comtés franks par le (irand ljnj)ereur pour former « la Marche d'I'spagne ». C'étaient de belles bistoiies, rem|)lies do traits d'héroïsme surprenants et fantastiques, (jue le père contait à rcnfaiil et <|ue (h-s jofjhus, en s'ac(om|)agnant de l;i vielle, venaient chanter thins la grand'salle <lu château d'Arria.
• 1^ forme primiliv<' «Ji- rp nom r-si Wificd liUiiiisc en Wifmlus cl (iuilJie<lii.s. Il pul devrnii riiffuilc : liuilfir, (Iriffa. Jilfir, Jaufred, Jiifie. ri Juikiik : ce sont iJi dCM forriU!» «■i|iiivHteiileH duii mciiI fl inr-iii); nom. <|iii provieiiiMMit delà iiiHiiièrc (loitl on |r proiioiirail (iniiH Ich ri''Ki"iis où il ('•liiit ciiip|(»yr.
1 I LKS C.KSTKS I)K .lOFl-HK d'aHIUA
Des années j)assèreiit. On était maintenant sous le règne de Louis le Pieux, fils et successeur de ('.harlenia«ïne, et JolTre avait succédé à son père dans la seigneurie d'Arria qu'il tenait avec grande dioilure. Les prodiges de valeur ([ue ses ancêtres avaient accomplis contre les Sarrasins, cl rillustration qui en était résultée i)our le nom d'Arria lui avaient valu la main d'une l)rincesse appelée Almira, nièce de C.harlemagne, très instruite aux Icllres cl à la religion chrétienne, et très belle à voir.
Quant au chevalier .lollVc, « il était homme très vaillant dans le métier des ainies cl rempli de sagesse ' » et « en actions chevaleres((ues, il gagnait ])lus de considération et de renommée que les autres chevaliers - ». l'.n temps de paix sa grande occupation était la chasse.
De vastes sapinières étendaient leur voile vert foncé sur la croupe des montagnes du Canigou où ciraient par troupes nombreuses des cerfs et des sangliers; l'ours hantait les gorges sauvages de Karança et les plateaux herbeux de Nohèdes où habitaient aussi les Kncdiiiades, nulvc sujet d'épouvante pour les habitants de la vallée. Depuis les gorges d'KmbuIla jusqu'aux limites du C.apcir les montagnes qui enserrent le lit de la Tet étaient ombragées de forêts, toute une succession de pins et de hêtres ([ui montaient juscpi'aux sommets les plus escarpés de la chaîne pyrénéenne, séjour préféré de l'isart timide et de l'aigle dédaigneux de la |)laine. Les loups pullulaient dans ces parages,
' Era liom inoll l)o on armes el moll savi (Père Tomich, Historins tj Conqtiestfis. rh. xxv).
^ Eu cahallerescos lieclios Raiiat)a mas crédilo y reputacion que los otros (Geronimo Pujades, Cn'mica uniccrsnl del Principndo de Calaluna, liv. viii, cil. vui).
el leurs troupes afï'amées accouraient de très loin jusque dans
les manses, les bordes et les villages accrochés aux flancs de la
montagne.
JofTre estimait surtout les chasses périlleuses, image de la
guerre, comme la chasse de l'ours et du sanglier. En compagnie
de son forestier et de ses chiens, superbes de vitesse et de
courage, il passait des journées entières dans les forêts de ses vastes domaines.
II profitait de ses longues courses à travers le pays de Contient pour visiter ses vassaux dont il était très aimé; s'il en rencontrait quelqu un dont la foi chancelait, il le réconfortait par de douces et persuasives paroles, le ramenant ainsi dans le droit chemin. Par là, il se conformait au désir de l'Empereur qui lui avait recommandé de faire de bons chrétiens et d'édifier des églises sur ses terres. Mais .lofTre était tourmenté du désir de faire mieux encore que de catéchiser des âmes incultes et simples, de construire des égli.ses ou de tuer des sangliers et des loups ; c'est avec les Infidèles Sarrasins qu'il brûlait d'en venir aux mains pour les exterminer tous. L'occasion ne se fit pas attendre longtemps, ainsi que vous allez l'apprenibe.