‹ Les gestes ensemble la vie du preulx chevalier BayardChapitre 6 sur 13 · Chapitre .vi · texte numérisé non relu

Chapitre .vi

UNG temps après la deffaicte et couqueste de Gennes, les Veniciens, qui estoient pour lors confédérés avecques le roy, eurent guerre contre l'Empereur Maximilian au pays de Friolle, à ung lieu nommé la Piarre. Voj^ant les Veniciens l'empereur estre fort indigné contre eulx, practiquèrent appoinctement avecques luy sans faire aulcune estyme du ro3^ Et sans le a^vertir aulcunement, dont moult leur couéta après. Et furent leurs articles passés et concludz sans le roy, nonobstant que les Veniciens retinrent par u;ig article que si le roy vouloit entrer aulx pasches faicteS entre eulx et Maximilian, qu'il pourroit entrer.

Voyant le roy, qui estoit saige et prudent, la superbe vénitienne emplumée contre la nature du lyon avoir ainsi appoincté sans luy,

si cogita en luy et pensa comment il pourroit abattre cette grosse orgueil du 13'on emplumé. Si practiqua par le moyen du légat d'Amboise appoinctement avecques l'empereur, avecques le Pape Jule second, avecques le roy d'Angleterre aussi, au lieu de Cambray, en Picardie, f gp^ Et fut aussi compri||is le roy Ferran, roy d'Espaigne, qui pour lors e^toit puissant prince et saige, et fut faicte conspiration contre les Veniciens qui, pour ce temps, ne craignoient prince clirestien par leur superbe. Et entreprii|t le roy Loys tout seul de deffaire les Veniciens, car il estoit asseuré que Espaigne, Angleterre et Jule Second ne faisoient cest appoinctement fors pour destruire France . Pour ce qu'ils ne congnoissoient la force et cautelle venicienne et de leurs ennemys, vouloient destruyre leurs ennemys. Mais le roy, congnoissant sa puissance et icelle des Veniciens, ne vouloit coadjuteur, ains seulement vouloit estre en seurté de ses ennemys de ne courre en son royaulme du temps qu'il feroit guerre contre le lyon emplumé Venicien, A ceste cause, le roy, avecques grosse

arme, passa les mons. Et, congnoissant la vertu du noble Bayard, luy donna trente hommes d'armes, lesquelz souloit avoir le capitaine Chatelar. En oultre, le roy fist appeler Bayard, si luy dict :

— Capitaine Bayard, je vous ay donné trente hommes d'armes que souloit avoir feu Chatelar ; mais nonobstant icelle compaignie, pource que toujours avés bien conduict gens de pied et sans aulcune pillerie faire sur le peuple, à ceste cause, veulx que, en ceste expédition présente ayez soubz vous mil hommes de pied et voz hommes d'armes conduira

vostre lieutenant. .

— Syre, dit Bayard, à vous est commander, et à moy d'obéir à vostre commandement. Mais vous prie de bon cueur et supplie que, puisqu'il plaist à vostre majesté que je aye charge de gens de pied, sera vostre plaisir vous contenter que j'ay seulement cinq cens hommes et que je les elyse à mon plaisir, car. Sire, je vous prometz que je feray plus de cinq cens par moy eêleuz que de deulx mille aultrement choisiz. Et suis content, Syre,

estre tousjours des premiers et aulx lieux \-i plus dangereulx pour donner à congnoistre que Bayard est pour conduyre gens autant à pied que à cheval. Car oncques ne fut Bayard en bataille là où il eust charge de gens de pied que on ne parla de ses faictz et de ses gens plus que de tous les aultres.

Et oncques ne volust avoir plus de cinq cens en charge, et avoit si bon bruyt par là où il passoit, que venoient à lu}' de dix lieues les paisans pour le faire passer avecques ses gens en leurs villaiges, et se debatoient qui les auroit, pource qu'il faisoit faire si bonne justice et pugnissoit les delinquans sans fouler le peuple. Et n'eust osé ung gendarme piller une poulie contre le vouloir de son hoste. Parquoy n'estoit pas merveille s'il estoit aymé d'un| chescun.

Le roy Loys avoit passé les mons avecques luy monseigneur le duc de Lorrainne, avecques lequel j'estoye, et tousjours prest de sa personne, et tous les princes de France. Ainsi vint à Milan, et n'eust pas demeuré six jours à Milan, que les Veniciens boutarent le siège

devant Trivys, laquelle ville n'estoit poinct deffensable, car on ne la pouvoit remparer par derrière les m«^rs, à cause des maisons. Et si avoit dedans bons capitaines, comme le capitaine Imbaud de Romanieu, Daulphinoys bien estimé en guerre, le capitaine Fontrailles, lesquelz voyant desroclier et rompre les ni^urs sans pouvoir ramparer, comme gens saiges et prudens, parlamentèrent au seigneur Bartholome Dalviano et au seigneur comte Petilliano, et les en lassarent aller les capitaines, bagues saulves, et les aultres un baston blanc en la main.

La baterie fut si forte que nous en ouyons l'artillerie de Milan, qui fust cause que le roy partit plutost beaucoup qu'il n'eust faict, et partit au matin de Milan, et vint avecques son armée coucher à Casam, et l'endemain, passa la rivière de l'Adda sur un pont de bateaulx à la barbe des Veniciens, sans qu'ils osassent bouger de Trivys. Et demeura le roy quatre jours delà la rivière là oii tous les jours avoit guerre guerréable entre Françoys et Veniciens. Et là fust tué le capitaine Chapperon.

Après, les Veniciens boutarent le feu à Trivys et marcharent contre Pandin, et les Françoys contre Rivolte à cojrfsAé les ungs des aultres. Et pript le roy Rivolte par force.

L'endemain, le roy print son chemin vers Pandin, et les Veniciens aussi. Si trouva nostre avantgarde la rieregarde des Veniciens, laquelle conduisoit le Seigneur Bartholomé Dalviano, et ainsi commença la bataille moult forte et impétueuse, laquelle dura quatre heures tousjours combatant, et eust beaucoup d'affaire nostre avantgarde, si n'eust esté secourue par une bande de nostre • .deregarde, dont le noble Bayard, avecques ses cinq cens hommes, fit merveilles. Car les gens de Bayard estoient tous gens de eli^te et qui de long temps avoient suivy les armes, et avoient leur capitaine Bayard, qui faisoit merveilles, tousjours les exhortant et cryant :

— Amys, frappons dessus les bourgeois Veniciens !

Et firent tant les Françoys qu'ils gaignèrent la bataille. Et fut faict prisonnier le seigneur Bartholomé Dalviano par le vaillant chevalier

et preulx monseigneur de Vandenesse, frère de monsieur le mareschal de Chabannes, lequel seigneur de Vandenesse morust dernièrement à la retraicte des Françoys, quant le noble Bayard print congé de ce siècle. Et, pource qu'ilz avoient esté tousjours amys et compaignons et semblables en armes durant leur vie, aussi convenoit par raison leur fin estre semblable.

Après la bataille estre gaignée, le roy marcha oultre l'endemain, et print le cliasteau de Caravas, et, de là, vint à Bresse, laquelle se randit à luy. Et puis print son chemin vers Pesquiere et print le chasteau par force, là où furent tués Veniciens quatre à cinq cens. Et demeura à Pesquiere troys semaines, attendant parler à l'empereur Maximilian. Et quant vit que l'empereur l'abusoit, revint à Crème et à Crémone, de Crémone à Pisqueton, de là à Ivode, de lyode à Milan, et demeura troys semaines à Milan, et après, s'en retourna en France. Et monseigneur le duc de Lorraine Anthoine, avec lequel je estoye tousjours, jusques à Lyon. De Lyon, alla le roy à Blays, et monseigneur le duc et tous nous aultres ses serviteurs, alasmes en Lorrainne.

^ Comment les Françoys qui estaient à Ferrare défirent à la Bastide les gens de pape Jule après la prise de la Mirandole.

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