Chapitre <iinztesme
Du temps que le roy Henry d'Angleterre vint bouter le siège devant la cité de Téroane, que les antiques appelloient Morini, ainsi que ceulx de Tornay furent appelés Nervii, le Roy I,oys de France douziesme de ce nom regnoit pour lors, lequel estoit desja sur /eaige, et avoit les goûtes merveilleuses, et se faisoit pourter en litière. Non obstant sa maladie, qui fort letourmentoit, se fist pourter à Amyens en Picardie, pour secourir Téroane, laquelle estoit assiégée par ledict roy angloys. Et mena avecque luy le roy Loys une grosse armée, laquelle estoit souffisante de chasser les Angloys si le roy eust esté sain et qu'il eust peu pourter les armes. Mais il estoit si pressé de maladie qu'il ne pouvoit bonnement donner ordre à ses affaires. Et, à l'heure, avoit guerre
contre Maxiniiliam empereur, contre le roy Ferran d'Kspaigne, et contre les S^uisses qui, en ung mesme temps, avec bien .xl. mille Souisses vinrent bouter le siège devant Dyjon en Bourgogne, lesquelz s'en allèrent quasi miraculeusement par belles paroUes et gracieuses, car Dieu ne vouloit ce bon prince du tout ruiner du corps, ny des biens ensemble.
Or advint que après long temps que le siège avoit esté devant Téroane, que les vivres leur deffaillirent et les vouloit avitailler. Fut tenu le conseil entre les capitaines françoys ; les ungs disoient que de nuyt on devoit avitailler Téroane avecques cinq cens hommes d'armes ; les aultres disoient qu'il en failloit bien dix huict cens. Ivors dit le noble Bayard :
— Seigneurs, je trouve bien difficile les avitailler, veu que le siège est devant, sans combattre et lever le siège à force d'armes. Parquoy, nécessairement, si vous les voulés avitailler, fault avec toute l'armée marcher près des ennemys, et s'ils viennent contre nous, nous defïendre vertueusement. Et si le roy ne veult ainsi avanturer en son réanime ses gens ny son
armée, je suys d' ad vis mander à ceux de Téroane faire composition honneste avecques le roy d'Angleterre.
— Certes, dirent les aultres, seigneur de Bayard, quant au premier point que dictes de marcher avecques toute l'armée, nous ne sommes pas de cest advys, ne ainsi asarder l'armée nostre et bouter tout le réanime en dangier. Certes, nous voyons bien que avés tousjours le cueur grant, et vous semble qu'il n'est rien impossible aulx Françoys qui vient de noblesse de cueur et gentillesse de personne. Quant au second article, il est moult contraire au premier. I^e premier vient de trop grant cueur et hardiesse. I^'aultre article, si ung aultre que Bayard l'eust dit, sembleroit venir de couardise. Or, seigneur Bayard, il fault tenir le moyen ny trop ny peu. C'est que prendrons de quinze à dix-huict cens hommes d'armes pour avitailler Téroane. Si une partie de l'ost des Anglois vient contre nous, serons assez fortz pour nous deffendre. S'ils ne viennent, nous
f avitaillerons très bien la ville et sans dangier.
— Seigneurs, dict Bayard, vous dictes vray.
si aviés seulement affaire aux Angloys ; mais avés affaire avecques les Espaignolz et avecques Flamans et Alemans, et l'empereur Maximilian est en personne au campt avecques le roy d'Angleterre. Or pensés et cogites si tous ceulx là dorment toute la nuyt. Certes, je congnois l'astuce hispanique qui tousjours veille, sinon de deux yeulx, au moins de l'ung. Je vous certifie qu'ilz savent maintenant tout ce que font les rrançoys, et ne scauriés rien faire qu'ilz n'en soient advertis. Ne cuidés pas que ce que j'a}" dict soit ou pour oultrecuydance téméraire ou pusilanimité féminine, car à tout faire, suj's appareillé à moy bouter à mon debvoir à faire ce qu'il plaira au roy et au conseil me commander, et vous prometz que je seray bien pressé si je recule. Mais je prie à Dieu que notre entreprinse soit bonne. Alors que Bayard eust dict son oppinion, les ungs disoient :
— Certes, le capitaine Bayard a moult bien parlé.
L,es aultres disoient :
— Comment, parlé ? mais hardiment et
sans faindre de rien, croyés qu'il congnoit toutes nations chrestiennes, il a essayé de tous et est vray expérimentateur de guerre.
Lors furent armés et acoustrés de quinze à (lix-huict cens hommes d'armes bien choisiz et se misrent en chemin vers Téroane. Mais noz ennemys incontinant sceurent nostre entreprinse par espies et aultres qui pouvoient estre parmy les nostres. Si prindrent mil hommes d'armes, la pluspartHennuyezet Flamans ou Brebansons, et bien dix mil hommes de pied, dont une partie estoit d'Angloys, l'aultre lansquenetz que l'empereur Maximilian avoit amenés. Si marchèrent en ordre moult bien contre les nostres.
Alors monsieur le mareschal de Chabannes, que pour lors on nommoit monsieur de La Palisse, et aultres capitaines envoyèrent cinq cens hommes d'armes audevant pour avantgarde, sçavoir s'ilz verroient riens, et, de l'aultre part, envoyarent aulcuns chevaulx légiers pour descouvrir. Mais l'avantgarde trouva plutost les ennemys que ne firent les
chevaulx legiers, pource que les ennemys estoyent de leur cousté.
Quant notre avantgarde veist et rencontra dix mille hommes de pied avecques leurs picques et hacquebutes, si furent moult esbahys et tirarent de print assault hacquebutiers contre gendarmes, tousjours marchant en armes. Nos chevaulx légiers qui venoient de l'aultre costé virent celle bande de gens de pied, et de i'aultre costé, en ung petit boys, virent troys ou quatre cens hommes d'armes. Alors prindrent à fouyr à grosse course.
Quant nostre avantgarde, qui avoitvu desjà les gens de pied et virent ainsi fouyr noz avancoureurs comme gens perduz, se prindre à reculer. Mais les Ennuyers qui n'estoient que de troys à quatre cens chevaulx, virent noz gens reculer si tost, alors sortirent du boys sur les Françoys.
Quant les nostres les virent, pensant que toute l'armée des Angloys fut là auprès, prindrent à fouyr sans raison, car s'ilz n'eussent faict semblant de fouyr, et qu'ilz eussent tenu bon, tous ces ennemys estoient deffaictz.
Quant ceulx qui estoient à iiostre bataille et rièregarde virent l'avantgarde ainsi fouyr et les rompre, se prindre à fouyr. Monsieur de La Palisse et le noble Bayard, moult esbahys, si crioyent tous deulx à haulte voix :
— Arrestés-vous, gendarmes, arrestés-vous. Ce n'est rien.
Mais, non obstant, se fouyent plus fort et ne fut oncques en leur puissance en faire arrester ung ; mais, qui fut pis, tous ceulx qui estoient avecques monsieur de la Palice prindrent la fuicte. Et le bon seigneur demeura tout seul, lequel fut prisonnier de deulx gentilzhommes ennuyers, desquelz il se deffit ung temps après, maugré eulx et eschappa de leurs mains, comme s'il eust esté un Hercules ou un Hector Troyen.
lye noble Bayard, qui tousjours alloit çà et là pour arrester les gendarmes, et en les voulant arrester, se retirast auprès d'une grosse lia^^e et buisson, bien doulent et desplaisant d'un si grant desordre. Et s'il eust voulu, facillement se pouvoit saulver ; mais considérant qui luy seroit grosse honte ainsi fouyr,
se arresta jusques les ennemys furent venus en grosse bande. Si vindrent sur luy, et leur dict Bayard :
— Seigneurs, je vous attends ic3\ Je vous prie que sois par vous mené vers l'empereur.
Quant l'empereur Maximilian le veist, si le congneust incontinant, non obstant qu'il avoit desjà grant pièce qu'il ne l'avoit veu. C'est despuis que Maximilian tenoit le siège devant Padoue, là où le roy Loys l'avoit envoyé, et monsieur de laPalice aussi, avecques cinq cens hommes d'armes au secours de l'empereur, là où sur tous aultres il aymoit Ba5'ard et lui promist plusieurs biens.
Quand l'empereur veist Bayard, si luy dit :
— Capitaine Bayard, quelz vents vous meinent à ceste heure ?
.^ — Sire, dict Bayard, le vent impérial de vostre pays de Germanie, dont suys jo3'eulx de ce qu'ilz m'ont mieulx conduict que je ne pensoye quant m'ont mené vers celluy qui aultrefoys m'a faict si grosse chère et promis plusieurs biens, et qui est le plus libéral du monde.
— Certes, Bavard, vous dictes moult bien, si fussiés venu pour me veoir seulement; mais ce a esté contre vostre vouloir.
— Sire, dict Bayard, vous dictes vray ; mais puisque suys prisonnier, ayme mieulx estre le vostre que de prince qui soit sur la terre, et loue Dieu qui m'a bouté entre voz mains.
Quant l'empereur et Bayard eurent raconté de plusieurs matières qu'estoient survenues despuis le siège de Padoue, et que l'empereur se plaignoit fort du roy Loys, le noble Bayard excusoit tousjours le roy Loys le mieulx qu'il pouvoit, disant ;
— Sire, vous sçavez bien qu'il ne tint au roy Loys que ne printes Padoue, et fust moult desplaisant de vostre inconvénient, et escripvoit tousjours à monsieur de la Palice et à moy, faire tout ce que nous commanderiés, comme si fust pour luy-mesmes.
— Vous faictes saigement, capitaine, dict l'empereur, de soubstenir le roy vostre prince et maistre; mais vous sçavez mieulx que ne dictes, capitaine. Or, délaissons à parler de telles matières fascheuses. Je suys joyeulx
tùL m
VOUS veoir, capitaine, et seroye plus cent foys si me fussiés venu veoir en prospérité en mes pays.
— Sire, dict Bayard, si Dieu plaist, sera quelque foys, car estes le prince, après le roy mon maistre et seigneur, qui soit au monde que plus voientiers vouldroye servir.
Et ainsi Bayard devisoit avecques l'empereur. Le roy d'Angleterre Henrj' survint. Si luy dit Maximilien : i
— Mon frère, congnoissés vous ce gentilhomme françoys ?
— Nenny, dict le roy Henry, sur ma foy
— Certes, dict l'empereur, vous en avés souvent ouy parler, c'est le Françoys le plus renommé, crainct et hay qui fut oncques aulx Espaignes.
Lors respond le roy :
— Sire je croy que ce n'est pas un Roan ny Grison, mais Bayard de France.
— Certes, dict l'empereur, mon frère, vous estes bon devin pour ceste foys icy.
Quand le roy entendit que c'estoit Bayard, si le print par la main et l'embrassa comme
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s'il eust esté ung prince ; mais Bayard bouta le genoulx à terre, et le roy le print et luy dist :
— Capitaine, je suys joyeulx de vous veoir et vouldroye pour vostre honneur et proffit vous veoir aultrement que prisonnier.
— Sire, dict Bayard, je suys vrayment prisonnier voluntaire, car ilz ne me ont pas prins prisonnier, mais libéralement me suys donné à eulx, car je avoye grant désir aussi de veoir la majesté impériale, et aussi la vostre, laquelle je voys à présent, et n'ay voulu fouyr comme les aultres, car oncques ne fustz à escolle pour apprendre à fouyr.
De ces paroUes moult se bouta à rire Maximilian l'empereur. Si luy dict :
— Certes, capitaine Bayard, ce n'est pas de maintenant que commencés à gaudir sans espargner ne roy, empereur ne prince.
— Sire, dict Bayard, à Dieu ne plaise que d'ung si noble et beau prince comme le roy de la Grande Bretaigne me veuille gaudir ; mais, sire, dict Bayard, j'ay dict la vérité,
Kt leur raconta comment il s'estoit rendu.
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Adoncques l'empereur et le roy se boutarent plus fort à rire.
— Or, ce dist Bayard, sire empereur et vous, sire roy, je proteste que ne me vueillés traicter en prisonnier prins par force. Car si je eusse voulu, ne fusse prisonnier. Mais je loue Dieu de ce que n'ay eu vouloir à fouyr comme les aultres. Car oncques ne fouys en guère, ne feray, à l'a^'de du Créateur du monde. Mais vueillés moy traicter en capitaine comme vous, sire empereur, m'avés aultrefoys congneu.
— Certes, dict l'empereur, si serés traicté non seulement en capitaine prisonnier, mais en amy.
Et appella les gentil/hommes dont il estoit Drisonnier, si leur dict :
— Amys, laissés le capitaine icy avecques mo}', je réponds pour luy. Quelle somme luy demandés ? 7
— SjTe, à vostre plaisir.
— Non, dictes combien.
— Sire, ung tel personnaige vault deulx mille angelotz pour le moins.
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— Que dictes-vous, capitaine, combien vouldriez payer ?
— Sire, j'ay dict ce que par droict je doybs payer ; mais, pour ce qu'ilz m'ont amené devant vostre majesté à cheval, je leurs donray mille escutz.
— Certes, c'est assés, je responds pour luy, dist l'empereur.
Après, demeura longtemps le noble Bayard avecques l'empereur et avecques le roy d'Angleterre, et fust merveilleusement bien traicté d'eulx. Aulcun temps après, laissast l'empereur le roy d'Angleterre. Si dist à Bayard :
— Capitaine, venés avecques moy en Flandres, je payeray vostre rançon, et serés bien traicté partout. Plust à Dieu que vous me vousissiés aussi bien servir que vostre roy Loys.
Alors dict adieu l'empereur^au'roy d'Angleterre. Si s'en alla % Brucelles 'et de là en Flandres, et Bayard après luy.
Quand le noble Bayard eust demeuré aulcun temps en Flandres, le roy Loys sceust que l'empereur avoit promistz de payer la rançon
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de Bayard. Si appela ung de ses gentilzhomnies et luy dict :
— Partes demain et pourtés la rançon à Bayard en Flandres, si la luy baillés pour icelle payer, et qu'il ne permette pour riens que l'empereur la paye.
Laquelle chose fut faicte.
Quand Bayard eust receu sa rançon, si bailla ce qu'il avoit promis à ceulx qui l'avoient prins, lesquelz disoient que l'empereur luy avoit promis la payer. Il dist :
— Seigneur, c'est assés du bon vouloir de l'empereur. Je suys très desplaisant que despuis huict jours s'en est allé en l'aste en Allemaigne, car ce n'eust esté que n'eusse prins congé de luy avant que retourner en France ; mais puisque ainsi est, quand le verres, il vous plaira luy faire mes humbles recommendations, à luy le remerciant des biens qu'il m'a faict et de son bon vouloir envers moy.
Et print congé des Flamans et Hennuyers, SI s'en retourna en France.
Le noble Bayard fut faict lieutenant de
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monseigneur le duc de Lorrainne par 1p roy Loys douziesme, de cent hommes d'armes ; et si le noble Bayard estoit prudent en guerre, de bonne nature, aymoit Dieu. Si estoit le chef de la compaignie monseigneur le duc de Lorrainne qui est et a esté tousjours vertueulx, saige et dévot prince entre tous les aultres princes de son temps, qui moult bien a tousjours entretenue sa terre en paix. Et si ses ancestres comme Godefroy, roy de Jherusalem et le roy Baudoin, son frère, et son père, le roy Régné de Cécile, ont esté princes vertueulx entre tous aultres de leur temps. Si est aussi par vraye simbolisation ce duc à présent Lorrain vertueulx entre tous princes vivans, lequel a bien mérité en son temps avoir ung Heutenant l'ung des plus hardys et chevaleureulx, je ose bien dire et affermer que non seulement de son temps, mais aussi qui fut oncques entre tous chevaliers chrestiens.
Cy finist le second livre des faictz DE Bayard.
]j Cy commence le tiers livre du noble
CHEVALIER BaYARD, LEQUEL CONTIENT LES GESTES ILLUSTRES QU'lL A FAICT SOUBZ LE TRES CHRESTIEN ROY FrANÇOYS PREMIER DE CE NOM.
^ Comment Bayard, lieutenant de monseigneur de Lorrayne, passa les mons des premiers souhz le roy François, à la con* queste de Milan. Chapitre premier.
APRÈS la mort du prudent roy Loys douziesme, fust couronné roy de France à Reins Françoys, duc de Valoys et d'Angolesme, aprèsent très chrestien roy. Auquel couronnement alla monseigneur de Lorraine, bien à mille chevaulx bien acoustrés. En ce couronnement, furent tous les princes et princesses d'^ France, ensemble tous les douze pers de France ou lieutenants pour eux. Et fust le couronnement de nuyt en la grant esglise, où je fustz tousjours, du commance-
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ment jusques à la fin. Et est ung mystère le plus grant et merveilleux qui peult estre. Et fust à couronner pape, empereur et aultre personne, car dura ce couronnement, les cérimonies, unctions, bénédictions, presque toute la nuyt.
Après ce couronnement, le roy partit de Rems et print son chemin à Nostre Dame de lyiance. De là, à I^ans. De Lans, à Pompienne, là où il demeura huict jours ou plus. De Pompienne, à Sanlis, et de là, à Paris. Et lu y fust faicte à Paris entrée la plus belle que l'on veist jamais faire à roy de France. Et demeura long temps le roy à Paris, là où il entrepriut son voyage de Milan. Et s'en vint à Blays, de là, à Remorantin, et bien tost après, à Lyon.
Durant ce temps, quatre nobles et hardys capitaines, avecques leurs compaignies, passèrent premiers les nions par chemin moult estroit, 1r où jamais armée n'avoit passée. C'est le noble Bayard, monsieur le mareschal de Chabannes, le capitaine Imbert Court et le seigneur Daubigni.
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Ces capitaines, après avoir passé les mons, furent advertis par le frère du seigneur Morete que le seigneur Prospert Colone, avecques
deulx mille chevaulx, estoyt de là le fleuve du Pau, en une ville nommée Villefranche, et ne se doubtoit de personne, à cause de la
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rivière qui estoit entre nous et eulx. Quant le seigneur Bayard entendit ces nouvelles dont il fust le premier adverti, si dict à monsieur le mareschal de Cliabbanes :
— Monsieur, vêla Morete lequel afferme pour certain que le seigneur Prospert Colone est à V' illefranche, qui ne se doubte de riens et se gaudist illec. Il fault esveiller ung peu ses esperitz et debvons à ceste heure monter à cheval avecques toutes noz bandes, et nous haster, afiin que ne soit adverti par aulcuns.
— Seigneur Bayard, dist monsieur le mareschal, c'est moult bien dict.
Or, appella le capitaine Imbertcourt et le seigneur Daubigni, si leur dict ce que le capitaine Bayard luy avoit dict. Si furent d'oppinion marcher soubdainement, laquelle chose fust incontinent faicte. Si montarent à cheval quatre cens hommes d'armes.
Or, dict monsieur le mareschal :
— Comment passerons-nous la rivière du Pau qui est si impétueuse et grosse ?
— Seigneur, ce dict Bayard, vecy le frère du seigneur Morete, qui scet le gué. Il passera le premier, et moy après luy.
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Si passèrent celle grosse rivière qui est moult dangereuse et, sans sçavoir le gué, est impossible à passer. Mais, comme gens hardiz et et courageulx, firent tant qu'ils passèrent la rivière sans perdre une personne : dont fust chose merveilleuse.
Quant les capitaines eurent passé avecques toutes leurs compaignies la rivière, si dict le noble Bayard ;
— Messeigneurs, frères et amys, à ceste heure, fault demonstrer ung chescun qu'il sçait faire. On congnoit les gens par leurs œuvres. Au jourduy, il fault monstrer que Françoys scavent faire. Il n'y a celluy de nous que, à ceste foys, ne doibve estre ung Roland ou Olivier en cueur et vouloir de servir le roy à ce jour. Et nous doibvent esmouvoir nos ancestres françoys Godefroy de Billon et son frère Baudoin, roy de Jherusalem, le preux Roland, Ogier le Dannoys et aultres chevaliers firançoys qui, aultrefoys ont faict euvres très illustres.
Alors dict monsieur le mareschal de Ghabanes :
— Messieurs, moult a dict bien le capitaine Bayard. Toutes choses sont à luy facilles. Selon le cueur de luy est la parolle. Je croy que à l'aide de Dieu au jourd'huy de nous sera bien servy le roy.
Si respond le seigneur Imbertcourt, qui estoit moult sçavant, saige et hardy, chevaleureux, qui bientost après morust en la bataille contre les Souisses :
— Messieurs, je congnoys le seigneur Prosper Colonne de long temps. Il est cault, prudent et sçavant aulx armes. vSi par aventure estoit adverti de nostre entreprinse, il nous donneroit moult d'affaires ! Parquoj', faisons diligence de les surprendre, et bien nous en trouverons.
A ce, dist le seigneur Daubigni qui estoit capitaine moult expert, saige et hardi, et de très bon conseil :
— Seigneurs, nous n'avons à tarder à nostre entreprinse parfaire. Car Italiens sont de telle nature que si on leur donne loisir à penser, est moult difficile à les defïaire. Et pource que Annibal ne suyvit pas sa victoire contre
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les Romains et leur donna espace à reprendre leur alaine à la fin, fust deffaist et chassé d'Italie. Parquoy dict Plutarche : Annibal vincere scis sed uti Victoria nescis, c'est à dire : Annibal, tu sçais vaincre et avoir victoyre, mais tu ne sçais pas user de ta victoyre.
Ces choses dictes, partirent incontinent et furent bientost )à où estoit le seigneur Prospert Colone, lequel estoit à table et disnoit, et tous ses gens, et ne se doubtoit de riens, à cause de la rivière, et n'eust jamais pensé que les Françoys eussent sceu jamais passer la rivière à gué. Le noble Bayard, avecques sa compaignie, alloit le premier, et puis monsieur le mareschal et sa compaignie, et le capitaine Imbercourt et monsieur Daubigni suyvoient.
Si vint Bayard et trouva devant le logis du seigneur Prospère sa garde d'archiers, Incontinant, cria :
— Randés-vous et ne sonnés mot, aultrement vous estes mortz.
Quand les archiers virent une si grosse bande, si furent tous esbays. Aulcuns se boutèrent en deffence, mais furent bientost def-
f aictz, les aultres coururent au seigneur Prosper Colone, lequel estoit à table et disnoit. Si crioient :
— Levés vous, seigneur, voicy les Françoys en grosse bande, si sont desjà à ceste porte.
x\lors le seigneur cria :
— Enfants, gardés ceste porte ung petit jusques soyons ung peu acoustrés pour nous deftendre.
Laquelle chose fut faicte ; mais le noble Bayard, d'ung costé, fist combatre ses gens à la porte du logis, les aultres fit esclieler les fenestres et entra dedans bien armé le premier. C\', cria :
— Seigneur Prospère, où estes-vous ? Randés-vous, aultrement vous estes mort.
En disant cela, vêla la porte guagnée par force, et entroient en grosse presse.
Quant le seigneur Prosper Colonne veist que la mayson estoit i:)laine, cy cria :
— Seigneurs Françoys, qui est vostre capitaine ?
— vSeigneur, respondit Bayard, je suys ung, Bayard de France et véc}' le seigneur de la
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Palisse, et le seigneur Daubigni, et Imbertcourt, la fleur des capitaines de France.
Or, dict le seigneur Prosper :
— J'a}^ bien esté surprins. O fortune variable, mère de toute tristesse et affliction, tu m'as bien deceu de ainsi m'avoir osté l'entendement, et que n'ay esté adverti de leur venue. Au moins, eusse bien faict chèrement achepter ma prinse. Or, seigneur Bavard, une chose me reconforte moult de ce que je suys contrainct estre prisonnier des plus renommés capitaines qui soient pour le présent entre chrestiens, qui estes si famés que ung chescun vous congnoist, qui estes de quatre régions les plus famés : le seigneur de la Palisse, Françoys ; vous, seigneur Bayard, des Allobroges ; le seigneur Jmbercourt, Picart, et le seigneur Daubigni, d'Escosse. Or semble une chose faicte divinement, quatre nobles chevaliers estre ensemble avecques leurs compaignons, pour prendre ung noble romain.
Alors montarent là monsieur le mareschal, Aubigni et Imbertcourt. Si dict monsieur le mareschal :
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— Seigneur Prosper, ne vueillés prendre les actes et cas fortuites tropt asprement. Vous sçavés que n'estes premier Romain que des Françoys avés été surprins. Vous avés assés leues vos histoires romaines et comment Rome fust prinse, fors le Capitole, soubdainement par les Françoys. Et, si ne fust une misérable oye, laquelle esveilla les Romains de nuyt, le Capitule eust esté aussy bien prins que la cité de Romme. Pourtant, dit Salluste, Romain, en son histoire, que quant les Romains faisoient la guerre contre les Françoys, ilz combatoient seulement pour leur salut, mais, contre les aultres nations, pour la gloire. Or maintenant, n'aquerrés poinct honte ny reproche, veu que vos majeurs se sont trouvés en semblable et plus grant note.
— Certes, dict le noble Bayard, seigneur et noble des Romains Colone, devés louer Dieu de ce que estes tombé entre les mains des vrays et légitimes Françoys, qui sont messieurs mes frères et amys qui sont icy présens, lesquelz vous feron' meilleur compaignie que n'eussent faict Basques, Biernoys ou Gascons.
— Certes, dict le seigneur Prospert, vous dictes vray, seigneur Bayard, et sera cause de veoir France, de laquelle j'ay ouy tant parler aultrefoys.
Alors prindrent le chemin de Suze et Piémond, et fut le seigneur Prospert Colone mené en France, lequel, quelque temps après, fut mys à rançon pour contenter les capitaines qui l'avoient prins, dont fut mal considéré par les Françoys de si tost le laisser aller, car, despuis, a moult cousté en France, et luy seul a esté cause de la perte de Milan et de plusieurs bons et légitimes Françoys, la ruine.
^ Comment le roy Françoys passa les mons, là où le noble Bayard fut tous] ours des premiers. Chapitre deuziesme.
QUANT les quatre capitaines eurent passé les mons, le roy, avec toute son armée, passa par ung passaige où n'avoit jamais passé armée, et fit tant par ses journées, qu'il vint à Versel, là où monseigneur le duc de Lorraine, qui estoit allé donner ordre en ses pays, vint le trouver.
Le roy partit de Versel et marcha droit le chemin vers Milan. Alors, le cardinal de Syon Valeisien, avecques dix mille Souysses estoit à Milan, lequel, par cautelle non penine, mais rouge et sanguinolente, fist semblant vouloir avoir appoinctement avecques le ro5^ et dissimula long temps. Et fust porté l'argent par monsieur de Laultret jusques à une place dicte Galeras. Et demeura ledit seigneur de Laultret plusieurs jours avecques eulx, lequel ne pensoit pas à la malice des Souysses.
Durant ce temps que les Souysses parlementoient avecques les gens du roy, ung soir, ainsi que le roy souppoit et tous les princes, sortirent les vSouysses de Milan, avecques peu de gens de cheval niilanoys, et rudement et par amblée cuydant surprendre les Françoys comme avoit esté surpris le seigneur Prosper Colone, vindrent ruer sur les Françoys. Mais le guet de l'avant-garde, laquelle menoit le seigneur Charles de Bourbon, entendit le bruyt des Souysses, si cria alarme, et vint alarme de main en main jusques au roy qui estoit sur la fin de son soupper, lequel soubdainement monta à cheval.
Monsieur le duc de Lorraine, lequel se vouloit boutter à table pour soupper, entendit le cry et alarme. Si monta à cheval sans soupper, et nous aussi, après luy. Car il n'estoit plus temps de soupper, et falloit penser ailleurs.
Or fust toute l'armée en armes, et fut la bataille moult fière jusques à la nuyt. Là, on ne vSçavoit lesquelz avoient du pire. Si vint le roy à la bataille, là oiï se monstra prince hardy et chevaleureulx. Monseigneur de Lorraine
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entra dedans la bataille, si combatist moult vertueusement, et luy fut tué son cheval desoubz luy. Mais le capitaine de sa garde Jacob de Germiny incontinant fust près, si luy en bailla uug aultre. Et monta dessus incontinant ledict seigneur. Quand fut à cheval, ung aultre avanturier si le congneust, si luy dict :
— Monseigneur de Lorraine, couraige, tout est à nous !
Et, en disant ce mot, voulust frapper monseigneur de Lorraine. Et ce voyant le coupt, ledict Jacob de Germini luy bailla par derrière ung coupt de lance, si le getta mort par terre.
Le seigneur de Bayard, lequel estoit lieutenant de monseigneur de Lorrayne, voyant ledit seigneur en la presse au milieu des Souysses en moult grant dangier, si marcha vers luy, criant à haulte voix :
— Souysses traistres et villains mauldis, retournés manger du fromaige en vos montaignes, si pouvés ; mais je vous prometz que à ceste heure n'aurés loisir. Criés mercy à ceste heure à Dieu de vostre traison, car demain ne
sera temps, et en enfert n'y a aulcune re mission ny repentance
Alors frappa sur Souysses à tort et à travers, à dextre et à senestre, devant et puis derrière ; et sembloit que son cheval fust celluy qui servoit par enchanterie à Clamades ou à Pacoulet, ou bien que il volast en l'air au trosne Dédalus. Si fist tant par son hardiesse qu'il n'y avoit Souysse qui l'osast aborder, mais tous le fouyent comme s'il eust esté ung aultre Ciron centaure, ou Hercules de lyybie. Et tant fist par sa prouesse que celle bande de Souysses délaissèrent les I^orrains et Françoys qui suyvoient monseigneur de Lorraine et Bayard ; et combatist Bayard sans estre blecé ne luy, ne son cheval, que resembloit estre chose miraculeuse, veu la presse où il estoit jusques à la nuyt.
Quant Phébus eust perdu ses raictz sur terre et pris les angles de la terre, et que l'ung ne pouvoit veoir l'aultre, tant par l'obscurité de la nuyt que pour la pouldre qu'il faisoit, s demeurarent les Françoys sur terre d'ung cousté, et les Souysses sur l'aultre part, toute la nuyt.
Ce soir, fut monsieur de Guyse, frère de monseigneur de Lorraine, qui estoit capitaine général au lieu de monseigneur son oncle, le noble duc de Gueldres qui s'en estoit retourné en Gueldres troys jours devant, cuydant que les Souysses fissent appoinctement avecques le roy, ledict seigneur de Guyse fust abattu par ces Souysses et eust ung coupt de picque au dessus de la cuysse, dont entra l'arnoys troys doictz dedans, et fust abattu comme mort. Mais un Aleman, taborin de monseigneur de lyorraine le congneut, si le dict à ses compaignons, et le levèrent, et fust mis sur ung cheval et mené à la tente de monseigneur de lyorraine, là oti je le litz abiller, et puys dormist deulx heures et puys monta à cheval, si vint, bien en poinct devant jour de matin vers son frère.
Quand fust Phébus revenu et que le jour apparut, si commença Bayard aller tousjours à l'entour des Souysses. Si disoit assés bas à ses gens :
— Amys, il faut frapper et esveiller les Som^sses ; ils dorment trop : reveillons-les à ce copt ils sont defïaictz du tout.
Et s'en vint Bayard au maistre de l'artillerie, si luy dict :
— Monsieur, il fault donner sur ce cartier là sus la main dextre, là où voyés celle enseigne. lyà est la plus grosse flotte des Souysses ; mais, je vous prie, tirés sept ou huict pièces tout ensemble pour mieulx les reveiller, car ilz ont trop dorm3^
A ces parolles, le maistre de l'artillerie fist charger huict pièces grosses et toutes, l'une après l'aultre, deschargea sur Souysses, et firent ung chemin si graut que on eust veu Souysses en l'air comme pouldre. Et fut faict si gros murtre que les Souysses laissèrent tout ce cousté, et commença la bataille plus grosse qu'elle n'avoit esté le soir. Et dura icelle bataille que Ton ne sçavoit qui avoit du meilleur jusques à dix heures. Et, ainsi que Souysses commencèrent à fouyr, arriva le seigneur Bartholomé Dalviano avecques sept mille hommes de pied que l'on dict l'enfanterie.. et cinq cens hommes d'armes lesquelz nous eussent bien servy si fussent venus deulx ou troys heures plutost. Et fut moult desplaisant le seigneur Bartholomé qu'il n'estoit venu de
meilleure heure, car il estoit seigneur de moult grant couraige et hardy en guerre. Si frappa sur la queue des ennemys et en def fit plusieurs à la fuyte, et en chassant, fut tué le filz du conte Petillano, qui ne fouyt pas ny délaissa le seigneur Bartholomé Dalviano, comme fist son père à la journée de Pandin, laquelle eust le roy Loys contre les Véniciens.
Et demeura troys ou quatre jours à Sainct Don, là où monseigneur de I^orraine donna l'ordre de chevalerie à la pluspart de ses gentilzhommes, et, en luy souvenant que avoye à luy desdié ung livre nommé l'ordre de Chevalerie, volust, à moy indigne, donner le premier le dit ordre.
^ Comment le très chrestien roy Françoys premier de ce nom volust estre créé chevalier par les mains du noble capitaine Bayard. Chapitre troisiesme.
Au dict campt de Sainct Don, près Milan, séjourna le roy aulcuns jours. Si voulust faire et créer les chevaliers qui luy avoient servy en ceste bataille. Et pource qu'il appartient par l'ordre de chevalerie au seul chevalier créer et faire ung aultre chevalier, le roy, avant de créer les chevaliers, appela le noble chevalier Bayard, si luy dist :
— Bayard mon amy, je veulx que au jourdhuy soye faict chevalier par voz mains parce-
que le chevalier qui a combatu à pied et à cheval en plusieurs batailles entre tous aultres est tenu et réputé le plus digne chevalier. Or est ainsi que vous, qui avés vertueusement, en plusieurs ro y animes et provinces et en plusieurs batailles et conquestes vertueusement combatu contre plusieurs nations, comme Espaignolz au réanime de Naples, en Italie, à Bresse, à Pandin, à Ravenne. Je délaisse la France où l'on vous congnoit assés.
Aux parolles du roy, respond Bayard :
— Sire, celluy qu'est couronné, sacré et oing de l'uyle, envo^^é du ciel et est roy d'ung si noble réaulme, le premier filz de l'esglise, est chevalier sur tous aultres chevaliers.
Si dist le roy :
— Bayard, despeschés vous. Il ne fault icy alléguer ne loj^x ni canons soient d'assier, de cuyvre ou de fer. Faictes mon vouloir et commandement, si voulés estre du nombre de mes bons serviteurs et subjectz.
— Certes, respond Bayard, sire, si ce n'est assés d'une foys, je le feray sans nombre pour accomplir, mo}^ indigne, vostre vouloir et commandement.
Alors prins son espée Bavard et dict :
— Sire, aultant vaille que si estoit Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudoin son frère. Certes, vous estes le premier prince que oncques fist chevalier. Dieu veuille que en guerre ne prenés la fuyte.
Et puys après par manière de jeu, si cria haultement, l'espée en la main dextre :
— Tu es bien heureuse d'avoir au jourd'huy à ung si beau et puissant roy donné l'ordre de chevalerie. Certes, ma bonne espée, vous serés moult bien comme reliques gardée et sur toutes aultres honnorée, et ne vous porteray jamais, si ce n'est contre Turcz, Sarrazins ou Mores.
Et puys fist deulx saults et après, remist au foureau son espée.
Au partir du campt Sainct Don, print le roy son chemin vers Pavye, là où il demeura bien quinze jours, jusques le seigneur Maximilian rendit le chasteau au roy. Alors s'en alla à Milan le roy et demeura tout le gros de l'y ver et puys s'en retourna en France, et vint à Lyon, Et là print congié monseigneur de
Lorraine du roy et nous ratournasmes en Lorraine. Et despuys, monseigneur de Lorraine a demeuré en son pays crainct et aymé de tout son peuple.
^ Comment le noble Bayard tint et defjendit la ville de Mézières contre toute la puyssance de l'empereur Charles d'Autriche, roy des Espaignolz.