II. — Situation et constitution géologique
La ville d' Almaden est située aux confins de la Manche et de TAndalousie, dans la province actuelle de Ciudad
(*] M. I. deMonasterio, inspecteur général des miDes, a publié, en 1871, une notice sur les mines d*Alinaden, dans la Revue universelle (les mines. Cette notice, qui a été résumée par M. Henry, ingénieur des mines, au bulletin des Annales des mines (7* série, 1. 1, p. /i/i3), devait être complétée par une étude sur les procédés métallurgiques, mais elle est restée inachevée par suite, sans doute, de la mort de Tauteur ; elle se borne d'ailleurs, pour la géologie, à reproduire en abrégé la note précédemment citée de M. a de Prado.
MINES ET USINES ALMAOEN. 11
Real, au milieu d'un territoire sauvage et peu habité sur le versant Nord de la Sierra Morena.
Lorsqu'on se rend de Giudad Real à Almaden, par le chemin de fer de Badajoz, on traverse de longs espaces de i5 ou so kilomètres parfois, au milieu de montagnes, ou, si l'on veut, de collines couvertes d'une maigre végétation, sans rencontrer aucune habitation. On descend à Almadenejos, où se trouvaient autrefois des mines de mercure, et qu'une route passable relie à Almaden, située à 1 2 kilomètres à l'Ouest* On ne peut manquer d'être frappé de la nudité et de la stérilité du pays.
Des vallons séparés par des monticules de 100 ou 200 mètres de hauteur, un ruisseau très-sinueux, à cours très-lent, pouvant grossir aux grandes pluies, mais à sec pendant l'été, tels sont les traits .principaux de la topographie.
Le caractère le plus notable du pays, celui qui lui imprime une certaine originalité est la présence d'un grand nombre de dykes de quartzite, qui ont plus résisté que les autres roches à l'action corrosive du temps, et qui sont formés de couches presque verticales ; on dirait, à les voir de loin, des murs énormes, très-élevés, capricieusement découpés.
La ville d' Almaden se trouve dans une vallée fermée à l'Est par une élévation insensible du terrain, bornée au Nord par les montagnes quartziteuses de Ghillori et de Penarrubia, au Sud par celles de la Virgen et de Castilseras. Au milieu de la vallée se dresse un coteau allongé, assez escarpé, sur lequel est construite la ville; deux ruisseaux, Fun au Nord, l'autre au Sud de ce coteau, se réunissent à l'Ouest, puis courent vers le Sud pour s'échapper par la dépression existant entre la chaîne de la Virgen et celle de Gastilseras. (Voir la carte, PI. IV, fig. 1.) A cinq kilomètres au Nord de la Sierra de Penarrubia, on voit se dessiner une autre chaîne d'une plus grande longueur.
13 MINES ET USINES D ALMADIilN.
mais constituée comme les précédentes ; au delà, c'est toujours le .même spectacle qui se reproduit. Une coupe passant par Almaden et dirigée du Nord au Sud donnerait à ,. peu près le profil i-eprésenté PI. W^fig* a.
Quant aux ruisseaux que la carte semble indiquer assez abondants, il ne faut pas oublier qu'ils annoncent plutôt de légères ondulations du terrain et des lignes d'écoulement possible pour les eaux, en cas de grandes pluies, que des ruisseaux ordinaires. C'est tout au plus si l'on, trouve, en été, dans la rivière de Gargantiel, de quoi abreuver les mulets et les ânes que Ton emploie aux transports. Aussi le sol est-il peu productif; on cultive du blé dans les vallons, où la roche est recouverte d'une mince couche de terre végétale ; ailleurs, ce ne sont que des broussailles sur le schiste ; le quartzite est absolument nu.
Constitution géologique. — Nous reproduisons, à une ^'V. échelle réduite (PI. IV, fig. i), une carte manuscrite tirée ^ des archives de la mine, sur laquelle nous avons reporté les indications de la carte géologique des environs d'Almaden, publiée en i855 par M. G. de Prado. Cette car.te. montre que la formation prédominante, aux environs d'Aïmaden comme dans le reste de Sierra Morena, est la formation silurienne. Elle s'appuie au Sud' de Sta-Eufemia, sur un massif granitique assez considérable, celui de los Pedroches, et n'est qu'interrompue de temps en temps par quelques couches dévoniennes qui y sont enclavées. Enfin, diverses roches éruptives, principalement des mélaphyres et des porphyres, apparaissent en quelques points, affleurant au milieu des autres terrains, qu'elles ne semblent nullement avoir dérangés.
1 • Système silurien, — La roche qui domine dans le terrain silurien dés environs d' Almaden est un schiste souvent noir, généralement gris ou brunâtre, presque toujours tacheté par de l'oxyde de fer hydraté. Il prend quelquefois des couleurs rougeâtres ou légèrement bleues. On en voit
MINES ET USINES d'aLMADEN. ]5
aussi qui contiennent de petites paillettes de mica blanc argentin. Il perd assez fréquemment sa structure caractéristique et devient terreux. Ses feuillets ne sont jamais droits, ni très -continus; souvent ils sont fissurés en tous sens, et alors il est assez difficile d'en prendre la direction.
C'est dans les schistes que Ton trouve la plupart des fossiles siluriens. Le plus abondant est le Galymene Tristani qui ne manque presque jamais lorsque les schistes sont fossilifères. Viennent ensuite TOrthis testudinarîa, presque aussi abondante, mais toujours en empreintes, un petit Orthoceratite , le Belleropfaon bilobatus, le Galymene Arago, des lUœnus, des Dalmanites, des Âsaphus. On traverse quelquefois de grandes étendues sans voir un seul fossile; mais, dans quelques points, la roche s'en trouve pétrie, quoiqu'en moules et fragments souvent indéterminables.
Après le schiste, c'est le quartzîte qui est la roche prédominante dans le terrain silurien. Il est presque toujours blanc, quoique assez souvent tacheté de rouge par de l'oxyde de fer, surtout le long des plans de stratification, ou des fissures tranversales. Il est très-dur, à grain fin, traversé en beaucoup de points par des veinules de quartz. Quelquefois il passe à un poudingue formé de cailloux réunis par un ciment siliceux si compacte, qu*il est impossible d'en séparer aucun de la masse de la roche.
Le quartzite qui se trouve au contact du schiste noir prend quelquefois la même couleur, et il est bien difficile d'expliquer comment on rencontre au milieu des mêmes couches des quartzites blancs et d'autres noirs. L'un et l'autre ont souvent une grande puissance, formant des crêtes assez . élevées , très-découpées, tout autour d'Aimaden (*).
(♦) C. de Prado. Sur la géologie d'Almaden, etc. (Bulletin de la Société géologique^ t. XII, i855). /
l4 MINES ET USINES d'aLMADëN.
Un fait remarquable est que la direction si nettement caractérisée des chaînes de quartzite du Nord et du Sud d'Almaden, n'est nullement la direction des couches. Les saillies de quartzite courent en effet N. 80—90° Est, tandis que nous avons relevé pour les bancs de la Sierra de Chilien les directions
N 700 Est,
N. 80** Est,
N ii5» Est,
N uo* Est,
N ii3- Est,
cette dernière direction N. 110 à 116* Est dominant sur deux kilomètres. Au sommet de la chaîne à Textrémité occidentale de laquelle est la chapelle de la Virgen del Castillo, nous avons obtenu les directions N. i45 — i55 — i55— i5o— lAg'^Est. ^
Les grands bancs presque verticaux, et souvent parfaitement plans sur 5 ou 6 mètres, que Ton rencontre partout aux sommets de ces chaînes, permettent d'ailleurs de faire des mesures exactes, peu sujettes aux erreurs. Partout, ou presque partout, les couches font avec l'axe de la chaîne un angle variant de 10® jusqu'à 40^* vers le Sud. Ce fait nous semble indiquer au moins deux soulèvements successifs, antérieurs au dépôt du trias qui, plus loin, vers Alcaras, à Textrémité Est de la Sierra Morena, repose horizontalement sur les couches redressées du terrain silurien. Les chiffres indiqués précédemment montrent combien la direction des strates varie en des points très-rapprochés les uns des autres : il est bien difficile, dans ces conditions, d'attribuer à tel ou tel mouvement particulier la disposition actuelle des couches. Tout ce qu'on peut constater, c'est qu'elles ont été puissamment bouleversées et plissées à une époque où elles étaient loin d'avoir acquis leur consistance actuelle.
MINES ET VSti^:^A^(fi%U.^^^ l5
Dans ces bancs puissants de tfuartzite dur qui donnent au pays son relief caractéristique, on n'a trouvé que des Fucoïdes, des Bilobites et autres végétaux rares dont M. de Prado a réuni jadis une collection intéressante aujourd'hui déposée à Madrid.
Ce n'est que dans les quartzites situés au milieu du schiste que Ton voit des fossiles animaux ; mais alors on peut dire que c'est une autre roche, un grès assez tendre et souvent micacé, teint en jaune par du peroxyde de fer hydraté, comme on peut le voir à Almaden même, tout près de rentrée de la galerie d'écoulement la plus profonde de la mine, et mieux encore sur le versant méridional de la Sierra dp Castilseras, Ces quartzites tendres ont même un faciès si différent des quartzites durs qu'au premier abord n^" on les prendrait pour des grès dévoniens. La/îj. 3, PL IV, ' où ces quartzites ont été désignés sous le nom de grès siluriens, montre leur interposition au milieu des schistesX^
M. de Prado signale dans ces grès des fossiles comme Calymene Tristani, Placoparia Tournemini, Bellerophon bilobatus, etc. ; ils sont donc incontestablement de l'époque silurienne, quoiqu'ils doivent sans doute être distingués des grès à bilobites,.
Enfin, une -roche toute particulière au terrain, silurien d' Almaden est celle à laquelle les mineurs ont depuis longtemps donné le nom de piedra frailesca^ parce qu'elle a le plus souvent la couleur grisâtre de l'habit des cordeliers {frailes franciscos) , dont il y avait jadis un couvent à la porte du bourg. On n'a, pendant longtemps, pas su exactement à quelle époque rapporter cette roche dans laquelle M. Dumont et M. de Prado ont trouvé des bilobites. Les couches de frailesca semblent ne jamais se prolonger à de grandes distances; elles paraissent former comme une série de lentilles intercalées dans les schistes. Ce sont des brèches très-métamorphisées, essentiellement constituées par des grains de quartz, du carbonate de chaux.
l6 MINES ET USINES d'aLMâDEN.
de la dolomie, des fragments de schiste, de la serpentine ; le tout cimenté par une pâte feldspathique amorphe,
A Almaden, presque au contact des roches cinabrifères, on trouve la frailesca à ciment de calcaire dolomitique, avec des fragments de schiste noir foncé très-minces et non roulés qui quelquefois ont deux pu trois décimètres de longuem'. La roche, malgré la prédominance du calcaire, a une structure schisteuse en grand. Sa puissance est de plus de 5o mètres. On n'en connaît pas les limites dans le sens de la longueur, mais celle-ci ne peut guère dépasser 36o ou 400 mètres. On trouve dans la masse beaucoup de druses tapissées de petits cristaux rhomboédriques de dolomie (*).
La frailesca se présente d'ailleurs avec des aspects assez variés : les collections du service de la carte géologique à Madrid en montrent de nombreux échantillons, parmi lesquels je signalerai les suivants :
Brèche frailesca schisteuse mines d*Almaden.
Frailesca tapissée d*une couche de calcaire spathique recouvert à son tour de pyrite de fer
cristallisée Almaden.
Frailesca bleu ooir AlmadeDejos,
Frailesca très-doiomitique avec grains de quartz
et mouches de pyrite Almaden.
Frailesca très-quartzifère Almaden.
Ffiailesca argileuse avec nodules ocreux. ... Val d'Arrubiel.
Frailesca avec veines de calcaire ^aldeazogues.
Frailesca rougefttre avec veines dolomitiques. Almaden.
(*) Nous avons analysé cette roche au laboratoire de l'École des mines et trouvé comme composition brute :
Acide carbonique i,39
Eau 12,27
Siiice 44,66
Alumine 17,20
Oxyde de fer (FeM) 7,80
Chaux 6,S0
Magnésie 3,20
Soude 1,86
Potasse. 1,15
MINES ET USINES D ALMADEN. I7
A la mine d'Âlmaden, on voit parfois, au milieu du schiste noir, des couches isolées de calcaire magnésien blanc, d'aspect saccharoïde ; ce ne sont que des lentilles que recoupe une galerie et que ne rencontre plus une autre galerie à 3o ou 4o mètres de la première» Ge même calcaire forme aussi des veinules et de petits filons au mirlieu de la masse de la roche, et il n'est pas rare d'y trouver quelques petits cristaux de cinabre.
Les fossiles sont extrêmement peu abondants dans la frailesca : toutefois on y a incontestablement rencontré des bilobites, soit dans la masse même de la roche, soit dans les fragments de schiste noir qu'elle renferme ; il est donc hors de doute, qu'au moins à Almaden, la frailesca appartient à l'étage silurien.
Résumons maintenant ce que nous venons de dire de cette formation, en achevant d'en expoaer les caractères paléontologiques, d'après MM. de Prado et de Verneuil (*).
La faune primordiale a été reconnue par MM. de Prado et Barrande à l'extrémité orientale de la Sierra Morena, mais cette faune a disparu près d'Âlmaden, où prédomine la faune seconde, La présence dans les schistes, dans les grès, dans certains calcaires, de fossiles tels que la Galymene Tristani, Dalmanites socialis, des Asaphus et autres déjà cités, ne peut laisser aucun doute à ce sujet.
La question controversée est celle de l'âge à assigner aux grès et schistes à bilobites. a Les échantillons d'Espagne », écrivait en i855 M. de Verneuil, u ont la plus grande analogie avec ceux des États-Unis, mais ces derniers appartiennent au grès de Médina et au groupe de Clinton que j'ai proposé de placer à la base du terrain silurien supérieur, tandis qu'en Espagne c'est vers le haut de l'étage silurien inférieur que nous les rencontrons. Hâtons -nous
{*) Mémoire déjà cité (Bulletin de la Société géologique^ t. XII,
tfajoutër toutefois que les limites de ces ddux étages sont assez difficiles à préciser, surtout en Espagne, et qu'il n'est pas impossible que les plantes marines de l'époque silurienne y occupent la même position qu'en Amérique. »
L'étage supérieur du terrain silurien existe en effet dans la Sierra Morena, mais réduit aux schistes ampéliteux qui sont caractérisés par des Graptolites et la Cardiola interrupta. M. de Verneuil l'a signalé à 3o kilbm. au Nord-Est de Cordoue; Le point qui reste à bien élucider est celui de savoir quelle est l'extension des couches correspondant à la faune troisième. Divers ingénieurs, parmi lesquels je dois citer don Fernando Bernaldez et don Ramon Rua Figueroa, se sont occupés de cette question (*) .
Les schistes noirs entre Gargantiel et la mine ancienne de las Guevas contiennent en abondance des Graptolites, par exemple Grapt. spiralis Barr. et Grapt. palmeus Barr. Or on a trouvé dans les mêmes schistes un exemplaire assez bien conservé de Cardiola interrupta, une térébratule trèsabondante, mais toujours aplatie, ressemblant beaucoup à la terebratula cuneata , un orthocératites , aussi trèsaplati, espèces! qui ne semblent jamais se rencontrer avec les fossiles bien caractérisés de la faune seconde.
Ces géologues sont donc conduits actuellement à considérer comme correspondant aux terrains siluriens dupérieurs tous ceux qui contiennent des graptolites, même sans autres fossiles, comme les schistes noirs d'Almaden, et d'autres plus à l'Ouest, où l'on a fait autrefois des recherches de cinabre, ceux de l'Arroyo del Lapiz, entre Cuevas et Gargantiel, ceux qui se trouvent à* une demilieue au Nord de l'Alamillo, et à une demi-lieue au Sud- Ouèst de Guadalmès, puis plus loin, dans le Rio Javalon, près du Corral de Caracuel ; on retrouve en effet dans ces
(♦) Memoria sobre las minas de Almaden y Almadenejos^ par don F. Bernaldez et don Ramon Rua Flgaeroa. Madrid, 1861 .
imiBS ET USiSfÇS D AUliiDEN . 1 9
derniers tes graptolites, les térébratutes ^t les orthocératites de TArroyo del Lapiz avec une Cardiola fibrosa.
Sans être aussi affinnatif que pour les schistes à graptolites, on incline à considérer aussi les quartzites avec bilobites comme appartenant au silurien supérieur. Aux mines mêmes d-Almaden, on trouve intercalés dans ces quartzites des schistes noirs ampéliteux, contenant des graptolites. Si l'on n'y a pas trouvé jusqu'ici les bilobites, il convient de remarquer du moins qu'on les connaît dans le même schiste un peu plus à l'ouest, aux carrières du cerco de Buitrones, et que les fragments de ce schiste que renferme la frailesca ont aussi fourni quelques bilobites.
Ainsi -donc, tout en reconnaissant que la ligne de démarcation entre la faune seconde et la faune troisième est des plus difficiles à tracer, on tendrait aujourd'hui à attribuer à cette dernière les quartzites à bilobites , les schistes noirs ampéliteux à graptolites et la frailesca.
Si l'on admet qu'il en soit ainsi, les couches d'Almaden se succéderaient à peu près par ordre d'âge, du sud au nord, quoique avec plusieurs répétitions du même étage, ^ comme l'indique la coupe donnée PI. IV, fig. 3 , où la y( lettre F^ marque les couches rapportées à la faune seconde, et Fg, celles rapportées à la faune troisième.
On voit que l'ordre primitif des couches est bien difficile à rétablir, que l'on considère les quarzites comme appartenant au terrain silurien inférieur, dont ils formeraient l'assise supérieure, ou au silurien supérieur, à la base duquel ils se trouveraient alors.
2. Système déwnien. — Dans le terrain dévonien, les schistes sont loin de se présenter avec la même abondance que dans le terrain silurien ; ils sont subordonnés aux grès et ne prennent jamais un grand développement. Leur couleur est le gris jaunâtre, verdâtre ou rougeâtre. Us sont gris noir à Guadalpéral, quoique d'une nuance assez dis-
20 MINES ET USINES d'aLMADEN.
tincte de ceux du terrain silurien. Ils sont assez tendres, même terreux, et toujours sans fossiles.
Ce sont les grès qui abondent le plus ; ils n'ont jamais une grande dureté. Leur couleur varie du blanc au jaune et au gris, sans jamais passer au noir. On en trouve aussi de rouges, colorés par du peroxyde de fer, mais ce minerai y est bien moins abondant que sur les deux versants de la chaîne cantabrique, dans les provinces d'Oviédo et de Léon, où il est largement exploité. En général, dans la Sierra Morena, les roches dévoniennes sont bien plus ferrugineuses que les roches siluriennes.
C'est dans les grès que se trouvent la plupart des fossiles caractéristiques de ce terrain ; les plus abondants, dont la roche est parfois pétrie, sont les suivants : Terebratula undata, T. Mariana, T, reticularis, T. Orbignyana, T. concentrica, Spirifer subspeciosus, Sp. Bouchardi, Sp. Verneuili, Leptaena Murchisoni, Productus subaculeatus, Phacops latifrons, Dalmanites laciniata, etc.
Les calcaires de ce terrain sont d'une couleur presque toujours grisâtre; ils sont moins fossilifères que les grès. Il est bien difficile, là où manquent les fossiles, de reconnaître si Ton a affaire à des roches siluriennes ou dévoniennes. On ne voit jamais au juste où les unes finissent, où commencent les autres. On peut dire que les grandes masses formées de schistes sont siluriennes, que les roches très-ferrugineuses sont dévoniennes, que celles-ci n'atteignent jamais une grande hauteur, tandis que les quartzites siluriennes, plus dures, ont mieux résisté à la dénudation. Ce sont elles qui couronnent, en formant de grandes murailles crénelées, ces innombrables collines ou cerros^ parsemées dans une grande étendue du pays, et qui lui communiquent une physionomie orographique si particulière.
Lorsqu'on marche pendant plusieurs lieues sur la tranche de couches fortement redressées, on est porté à admettre
MTNCS ET VSmE^ d'aLMADEN. 21
qu'elles sont repliées sur elles-mêmes et doivent se répéter, que la dénudation en a fait disparaître la partie supérieure. Maïs lorsqu'on cherche celles qui pouvaient se correspondre avant le plissement, on ne peut pas être sûr de leur identité, parce que leur puissance varie souvent notablement, de même que les caractères de la roche. D'autre part, on a atteint aux mines d'Âlmaden la profondeur de 285 mètres au-dessous du bourg, sans apercevoir la moindre tendance des couches, toujours verticales, à se replier d'un côté ou de l'autre.
Le redressement des terrains qui nous occupent a été accompagné d'accidents divers. Ici on voit que les couches ont été comprimées latéralement, dans le sens de la direction, ce qui a produit des plissements singuliers. Là, ce sont des bandes interrompues, comme si elles eussent été étirées fortement, et en même temps rejetées quelquefois en avant ou en arrière. Au milieu des quartzites, on voit* des tronçons de schiste, et au milieu du schiste on rencontre parfois des blocs de quartzite ou de calcaire. Les feuillets du schiste enveloppent ces blocs, ce qui indique que la roche n'a pris la structure qui la caractérise que postérieurement à la production de ces accidents (*) .
Les éléments d'une étude sur les soulèvements qui ont successivement ridé la surface de l'Espagne, font encore défaut. Il faudrait avant tout une bonne carte géogra* phique, détaillée, et l'on n'en a pas. Il faudrait ensuite que la carte géologique en fût achevée , à une échelle moins réduite que celle de la carte de MM. de Verneuîl et GoUomb et d'après une carte géographique moins inexacte. ;C*est cette tâche, la confection d'une carte géologique générale, qu'a entreprise la commission de la carte géologique. Ce n'est que lorsque ce premier travail sera achevé que
(♦) C. de Prado, sur la Géologie d'Almaden, etc. (Bulletin de la Société géologique^ t. XTI, i855).
3S MINES ET USINES D ALMAHEN
l'on pourra àrnver à réconstituer avec quelque certitude rhistoire du sol de la péninsule aux diverses époques.
3. Roches éruptives. — On voit apparaître au milieu du terrain silurien et surtout du terrain dévonien des environs d'Almaden des roches éruptives d'âges très-divers.
Le granité qui couvre de grands espaces dans la partie méridionale de la Sierra Morena, et constitue à i5 ou 20 kilomètres au Sud d*Almaden le massif important de hs Pedroehes^ apparaît en petits îlots au Nord-Ouest de Chilien , mais il manque dans le territoire même des mines, et ne semble pas en relation avec les gisements de mercure.
Il en est autrement d'une série de roches, à caractères extérieurs très-variés, appartenant à la famille des mélaphyres, qui se voient fréquemment dans les environs d'Almaden, surtout du côté de Ghillon et du Puerto del Giervo, à Almadenejos, à Guadalpéral ; nous croyons devoir décrire avec quelques détails les roches de cette nature que l'on rencontre à Ghillon (*j.
a) Mélaphyre rouge moht^ provenant de blocs qui affleurent au bord du ruisseau de Ghillon. La roche est d'une couleur brune, avec des bandes plus foncées, tirant sur le violet. On y distingue quelques amygdales blanches. Au microscope, on reconnaît qu'elle possède une texture fluidale, nettement accentuée dans quelques plages, fille est amygdaloïde et contient beaucoup de grains ferrugigineux. La pâte est amorphe, on y voit un nombre considérable de très-petits microlites, appartenant à Tun des feldspaths supérieurs, et des grains noirs, probablement de fer titane, plus ou moins transformé en limonite. Les vacuoles dont la pâte est criblée sont remplies de quartz très-abondant, ou de calcite. Ges deux matières ne sont
f ) MM. Fouqué et Michel Levy ont bien voulu examiner ces roches au microscope.
MINES BT ICISIl!i£S D'àLMADEN. S 3
pas dialiibuéea uniformément: Ç€irt9.ine3 plages ne renferment guère que du quartz, la çalcite domine dans d'autres. Avec un fort grossissement, on voit que les grains de quartz présentent ordinairement une forme hexagonale arrondie, et qu'ils sont constitués, au centre par du quartz proprement dit, puis par une zone de substance verte amorphe, et, sur les bords, par de la calcédoine. Ces grains de quartz contiennent un grand nombre d'inclusions à l^ulle mobile (*).
Nous n'avons pu entreprendre de séparer les éléments de cette roche, d'ailleurs sensiblement altérée; nous nous sommes donc contenté de l'analyser en bloc et nous y avons trouvé :
Acide carbonique. . • 4,o6
Eau 0,74
Silice 55,00
Alumine i3,2o
Oxyde de fer ii,à6
GtlBUX 8,00
Magnésie 1,00
Soude 4,86
Potasse. 0,80
b) Mèlaphyre vert noirâtre. — Même gisement que le précédent. La roche est traversée de filons de serpentine ; elle est moins dure que la variété rouge. Au microscope, on reconnaît qu'elle est constituée par une matière amorphe, à flmdalité peu accentuée, jalonnée par des granules ferrugine^ ; cette pâte contient quelques microlîtes f eldspathîques. Onyvoi^ de nombreuses amygdales, remplies fréquemment par de la calcite, d'autres fois par du quartz, ou par de petits cristaux blancs bleuâtres, éteignant suivant la lon-
(*J D'après leslndicationsde M. M. Lévy, ce mèlaphyre serait identique à certaines variétés de la Petite-Fosse, près Remiremont (Vosges), appartenant au permîen supérieur.
»4 MUIfiS ET USINES D'aLMADEK.
gueur, analogues à ceux âe certaines serpentines ou matières talqueuses. La roche contient aussi de la calcite à Tétat de flocons jaunes, très-probablement colorés par un peu d'acide titanique. Nous avons trouvé poiu" cette roche la composition suivante :
Acide carbonique 3^3
Eau. 5,68
* Silice 45,oo
Alumine. . • . . 16,67
Oxyde de fer. io,33
Chaux 8,46
Magnésie 6,A5
Soude 3,28
Potasse 0,53
Cette roche parait, tant par suite de son gisement que d'après l'ensemble de ses caractères, la même que la précédente à un degré d'altération plus avancé. .
c) Mélaphyre gris^ provenant de fouilles anciennes faites près de Chillon, fouilles dans lesquelles on a trouvé un peu de mercure natif au contact de cette roche. (Voirtnfrà, page 77.) On ne distingue à la loupe, au milieu d'une pâte d'un gris uniforme, que quelques granulations rougeâtres. Le microscope décèle encore, quoique à un moindre degré, les caractères des variétés a et 6; la roche se montre composée en majeure partie d'une pâte amorphe, avec quelques indices de fluidalité; elle contient des amygdales formées surtout de calcite, parfois de quartz. On y voit encore de nombreux grmns ferrugineux, transformés en limonite. L'analyse nous a donné :
Acide carbonique a,o5
Eau i3,38
Silice A3,33
Alumine 18,10
Oxyde de fer 8,53
A reporter. • . . 85,39
VINES ET USINES d'aLMADEIT. 25
Report S5,39 ' ^
Gbauz 10,33
Magnésie 5,33
Soude 0,70
Potasse. traces.
d) Enfin une dernière roche, qui nous parait appartenir à la même catégorie, quoique à un degré de décomposition très-avancé, se trouve à Almaden même, au contact du cinabre. La roche est blanche et friable; nous lui avons trouvé la composition suivante :
Acide carbonique. ... ; /k,o5
Eau 7,36
' Silice 67,50
Alumine aji,83
Oxyde de fer 4,67
Chaux 3,00
Magnésie • 1/00
Soude. 0,70
Potasse traces.
Nous devons ajouter que cette série de roches, de moins en moins altérées à mesure que Ton s'éloigne des gisements d'Âlmaden en montant vers Chilien, passe, au delà de cette dernière localité, vers l'Ouest, à de véritables jaspes rouges ou bruns.
D'après l'ensemble de ces caractères, on est nécessairement amené à rapprocher les roches mélaphyriques de Ghillon des roches de même nature qui, dans le Palatinat par exemple et dans les Vosges, ont fait' éruption à l'époque permienne, et traversé les couches du tetrain houiller (*) . La présence, sur le territoire d'Almaden, de la diabase, qui,
(*) Voir :.Sur le porphyre amygdaloïde d'Oberstein, par M. Delesse (Annales des nUneSy A* série, t XVI, p. 661 et suiv.)
fi6 MUTES- ET USIMJES I>*AI.MÂl>Ei!|«
on le sait, accompagne souvent le niélaphyre, vient encore à l'appui de cette manière de voir.
La diabase se montre en blocs près de la route d* Almaden à Gbillon,.et en masses considérables à quelques kilomètres au Nord d'Almaden, et à Guadalpéral. Â la loupe, on n'y distingue que des lamelles de feldspath ; la roche est d'ailleurs verte, et d'une très-grande dureté. Au microscope, on y reconnaît, d'abord, de longs cristaux d'un feldspath triolinique^ à bandes multiples, à couleurs peu vives : {^ensemble des caractères optiques montre que ce feldspath est du labrador. Il est traversé d'un grand nombre de fissures, remplies d'une matière granuleuse amorphe qui pénètre toute la roche, A côté de ces cristaux se voient deux produits d'ahératio» run^ matière blanche chloriteuse, et une matière jaune formée d'un mélange de chlorite et de carbonate de chaux ; enfin, des pointsnoirs assez nombreux, probablement de fer titane plus ou n^oins çiécomposé. Quelques-unes des plages remplies, par de U chlorite permettent encore de reconnaître la forme cristalline du pyroxène; quant à la matière jaune, elle semble avoir été primitivement constituée par de l'olivine, quoiqu'il soit difficile de se prononcer.
L'analyse nous a donné :
Acide carbonique. . . 5,9a
Eau 3,08
Silice V . 43,58 .
Alumine. , 18,66
Oxydedefer io,ao
Chaux. . i3,79
Magnésie. 3,68
Soude 2,i3
Potasse. o,3o
Malgré l'altération de la roche et l'impossibilité de séparer le feldspath, ces chiffres^ grâce à la prédominance de cette
mVfEB UT tJSttfES D'ALBIADSir* 97
dernière espèce, se rapprochent assez de la composition du labrador, et viennent confirmer les résultats de Tanalyse microscopique.
Un mélapbyre très-analogue à la variété o précédemment décrite, contenant en outre fréquemment des amygdales ou de petits cristaux de chlorite. ferrugineuse vert foncé, et que Ton a parfois confondu à tort Wec la brèche précédemment décrite sous le nom de fra%le$ca^ renferme entre Âlmaden et Âlmadenejos (tes veinules et de petites mfouches de cinabre. Ces traces furent même l'objet de recherches au temps des Romains, comme le prouvent les monnaies de Vespasien que Ton a trouvées dans quelques galeries : la disposition de celles-ci montre que le minerai est très-irrégulièrement disséminé dans cette roche. La même espèce se retrouve à Guadalpéral, où elle passe nettement à des mélaphyres semblables à la variété c de Ghillon. Nous reviendrons plus loin sur ces analogies en parlant de l'âge de la venue du mercure à Almaden.
On pourrait s'attendre à trouver les schistes plus ou moins métamorphisés au contact de ces roches éruptives ; il semble n'en être rien ; on n'aperçoit aucun dérangement dans la stratification à leur voisinage, elles-mêmes font à peine saillie sur le sol, dont elles ne troublent en rien l'aspect : il y a tout lieu de croire qu'elles ont apparu au jour sans aucune secousse violente.
Signalons enfin, pour mémoire, une série de roches appartenant, d'après M, de Prado, à la famille des porphyres trachytiques, qui se rencontrent au Montejicar, au sudiiu villa^jje de Gargantîel, mais ne paraissent pas en relation avec les filons mercuriels. La masse de ces roches est une pâte feldspathique, contenant du mica bronzé et de petits cristaux de feldspath rouge, et perforée d'un grand nombre de cavités dont les parois sont tapissées de petits cristaux de quartz*
IIL — Gîtes de mercure.
Les minerais de mercure qui ont rendu Almaden si célèbre se trouvent à peu près dans un triangle dont les sommets seraient Almaden, la mine ancienne de las Guevas, près de Gargantiel, et Almadenejos ou Valdeazogues.
On a bien rencontré quelcpies indices de cinabre en dehors de ces limites, à TOuest et au Nord-Ouest d* Almaden; il paraît même, d'après les dires des gens du pays, que ces mouches de cinabre peuvent se suivre dans certains bancs de quartzite sur des étendues très-considérables; mais ce n'est que dans l'espace indiqué que le mercure a donné lieu à des recherches ou à des exploitations sérieuses. La mine de las Guevas est d'ailleurs abandonnée depuis longtemps ; celles d' Almadenejos se sont appauvries au point qu'on a dû aussi, vers 1860, renoncer à en continuer l'exploitation, de sorte que tout le mercure que produit Almaden provient de la seule mine située au-dessous de la ville.
Le cinabre se trouve presque toujours dans les roches sédimentaires ; nous avons dit déjà qu'on ne le connaissait qu'en un petit nombre de points au contact du mélaphyre. Les gisements principaux sont dans le terrain silurien ; mais on en rencontre aussi dans le dévonien. A Guadalpéral, dans le cerro del Hinojo, des couches qui contiennent le cinabre renferment aussi un grand nombre de fossiles de l'époque dévonienne. A Valdeazogues, le cinabre forme des taches rouges dans un calcaire du même âge. Au Nord de Ghillon, au milieu de la bande dévonienne qui* va de Ghillon au Puerto del Giervo , nous avons rencontré des bancs de quartzite faiblement imprégnés par places de mercure sulfuré. On n'a jamais trouvé, il est vrai, des fossiles dans la masse même du minerai, comme à Idria, mais on a rencontré des bilobites et des graptolites dans les roches encaissantes. Le gîte de Guadalpéral se trouve dans une frailesca sans fos-
MINES ET USINES D àUHiiDEN. ftg
siles, un peu altérée, et entourée de roches dévoniennes très-fossilifères. Toutefois il faut reconnaître que c'est dans le terrain silurien d'Almaden seulement que le mercure se trouve assez abondamment pour être fructueusement exploité.