‹ Les gisements de mercure de Californie;Chapitre 30 sur 41 · MINE DE STJLPHUR BANK · texte numérisé non relu

MINE DE STJLPHUR BANK

On appelle Sulphur Bank le versant méridional d'une •colline longue et surbaissée, située à Test de l'extrémité sud-est du lac Glear; à une faible distance du rivage, le sol, d'abord plat, s'élève doucement vers le nord et l'est, sans trace de végétation, jusqu'au sommet de la colline, qui est à 5o mètres environ au-dessus du niveau du lac. Il y a quelques années encore, le Sulphur Bank était recouvert

(*) ff« renseignements remontent à Tannée 1876.

a6 f GISEMENTS DE MERCURE

d'uD6 croûte épaisse de soufre natif, — d'où son nom/* — dont on avait cherché un moment à tirer parti, mais sans succès. En 1874, du cinabre était découvert dans le soufre de la surface : le Sulphur Bank était aussitôt acheté et exploré par une nouvelle compagnie. Une série d'entailles à ciel ouvert furent pratiquées, du sud au nord, sur divers points du versant, les principales à partir du pied : elles révélèrent la présence de grandes quantités de cinabre dans les flancs de la colline. Le minerai était assez pauvre, mais abondant et d'exploitation très-facile. Les travaux se développèrent fort rapidement, et, en quelques mois, la nouvelle mine prit rang parmi les plus productives de Californie.

Le gisement de Sulphur Bank est aussi remarquable qu'important. La colline est formée par une coulée trachytique, en lits alternatifs de roche, de scories et de cendres, avec accompagnement éventuel de quartz opales. Le terrain sous-jaèent et environnant appartient au crétacé; il est parsemé de sources chaudes. La coulée doit avoir recouvert des centres d'émanations, chargées principalement de soufre et de mercure; les vapeurs venant du fond se seront fait jour au travers des parties poreuses et fendillées, provoquant une active décomposition de la roche et se condensant au sein de la masse ou près de la surface (le soufre s'est déposé de préférence près de la surface). Ces émanations n'ont pas cessé aujourd'hui, d'après )a chaieur qui règne dans les excavations (laquelle, il f^st vrai, provien en partie de décompositions à l'air) .

La roche est dans tm état d'altération variable, généralement avancé; elle renferme çà et là des partie» encoie dures et relativement intactes, en gros blocs arrondis, séparées par des parties tendres et terreuses. Ces blocs, sans valeur an point de vue pratique, permettent d'étudier la roche : c'est un trachyte, tantôt compact, tantôt cellulaire, presqu' entièrement transformé en opale, semblant tertiaire et au moins post-éocène. Tout autour, la roche désagrégée

est pénétrée de veines métallifères. Enfin la roche coinplértement décomposée, les scories et les cendres contieiment ^ du cinabre à Tétat de nids, de veines, ou d'imprégnatioj^ . invisible (se révélant par le lavage au pan). — Çà et là se. , trouvent des quartz opales et résinites cinabrifères.

Le cinabre est généralement amorphe; sauf dans certaines scories, où on le trouve en petits cristaux minuscules. . Dans la majeure partie des minerais, il est finement divisé , et relativement pur ; aux points les plus riches de la mine, il est compact et associé à des éléments variés, parmi lesquels dominent des oxydes métalliques, des substances bitumineuses, d^s composés de l'alumine et de la silice. Il est toujours intimement mêlé à plus ou moins de soufre, libre, qui, au delà d'une certaine proportion, devient gênant dans le traitement pour mercure. Le soufre prédomine parfois ; il se trouve irrégulièrement distribué dans le gisement : en quelques endroits, il forme de gros nids jaunes et cristallins ou des masses noires et terreuses, qu'on exploite à part et qui vont au raffinage pour soufre. Les pyrites sont rares. — Ainsi le cinabre de Sulphur Bank peut devenir fort complexe de composition et se charger de beaucoup de soufre. M. M. G. Vincent a analysé un échantillon de minerai compact provenant d'une des entailles les plus riches; il a trouvé 10,27 p. 100 de mercure, 9,45 de peroxyde de fer, 10,19 ^^ substances bitumineuses, i3,o4 de soufre libre, i3,3o de soufre combiné, i4»o6 de silice, 3,72 d'alumine. D'autres échantillons delà môme entaille tenaient davantage, tel jusqu'à 4o p. 100 de mercure; c'est la teneur la plus élevée que nous connaissions â Sulphur Banké Noussignalerons enfin la présencedel'acide b'>rique dans certains minerais de Sulphur Bank (nous avons dit qu'à proximité on trouvait du borax dans les eaux d'un petit lac) (*) ; un échantillon en contenait 0,074 p« 100.

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Toutes les entailles de la mine, étagées sur le versant de la colline» ont constaté la présence du cinabre, depuis rimprégnation la plus pauvre jusqu'à l'état massif. La richesse est beaucoup plus grande à l'est De ce côté, la proportion de blocs durs et stériles est bien moindre ; les scories et cendres abondent : c'est l'ertrémité de la coulée. On y trouve en grandes quantités des matières terreuses, humides et foncées, très-chargées en soufre et très-acides, riches et faciles à abattre au pic ou même à la pelle ; on rencontre parfois plusieurs mètres de ce minerai compact, par exemple, dans la grande excavation du sud-est.

Au fond de cette excavation, en contre-bas du niveau du lac, on a mis à découvert des sources jaillissantes d'eaux chaudes, avec dégagement abondant d'acides carbonique et sulfhydrique : le mineur semble interrompre la nature dans son œuvre de formation d'un gisement de soufre et de mercure. Près de ces sources, nous avons vu, dans les parties basses des travaux, des schistes argileux lustrés, ici horizontaux, là verticaux, bouleversés et disloqués : ce qui nous a porté à croire que la crevasse de la solfatare mercurielle passait près de ce point. Suivre cette crevasse en profondeur serait sans doute imjpossible, tant à cause des émanations malsaines et chaudes que de la proximité du lac. Mais il serait intéressant de savoir quelle est sop allure, sa dii-ection, si elle ^e poursuit sous la c&ulée ou ^ en sort : de là doit dépendre l'étendue des parties imprégnées de la coulée, c'est-à-dire l'avenir de la mine. Il est certain que toute la coulée n'est pas imprégnée ; ainsi la région traversée par la galerie ouverte sur le versant occidental, à 75 mètres du rivage, et dirigée vers Test, s'est montrée complètement dépourvue de cinabre sur les 45 premiers mètres.

Dans un rapport estimatif de la valeur du gisement, et datant de juillet 1876. MM. W. Ashburn, J. D. Hague et Th. Pricc considèrent une superficie de 56.4oo mètres car-

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rés, à partir de la base méridionale de la colline ; mul to pliant cette surface par une hauteur moyenne de lo mètres, et défalquant du volume ainsi obtenu un tiers pour les blocs stériles, on arrive à 376.ooomëtres cubes cinabrifères, représentant environ 662.400 tonnes de minerai. Une cinquantaine de prises d'essai (chacune portant sur plusieurs centaines de kilog.)» ont été faites en divers points, soit sur les parois des excavations ou à la surface, soit dans les tas de minerais abattus : les teneurs en mercure des minerais en place ont varié entre 6,12 et 0,3 5 p. 100; celles des minerais en tas entre 1 1,36 et o,55 p. 100. Les conclusions du rapport sont que le miner^d contient en moyenne 1,76 p. 100 de mercure et le gisement entier, avec les blocs stériles, 1,1 3 p. 100.

A la même époque, M. M. G. Vincent estimait à 1 p. 100 la teneur moyenne en mercure du gisement entier, considéré entre les mêmes limites.

11 faut remarquer que tout ce minerai est en vue, meuble et très-facile à abattre, menu et ne demandant qu'un criblage sommaire sur place. L'exploitation consiste en une simple opération de tranchées à ciel ouvert ; le développement des travaux n'est qu'une question d'hommes pour abattre et transporter, et de fours pour traiter ; les deux tiers des quantités abattues sont utilisables (*). La colline

(*) L'exploitation à ciel ouvert du Sulphur Bank contraste par sa simplicité avec les exploitations souterraines de New Âlmaden et autres mines de mercure de Californie. Le prix de revient du minerai aux fours, y compris les frais de séchage et d*emmagasinement (on approvisionne Tusine en minerais pour la saison des pluies et des neiges, pendant laquelle le travail est presque int^v rompu à la mine), varierait entre 3', 76 et 5 francs seulement. En 1876, la mine occupait ia5 chinois, à 6%5o par Jour et un chef blanc & Sao francs par mois.

Lors de notre visite à Sulphur Bank, une partie des minerais était concentrée avant traitement. Ji'atelier de préparation mécanique, bien conçu en lui-môme et installé par MM. Adams et Carter, employait le ¥rue Vanning (kmcentrator^ nouvel et inté-

So gisements' H KBRdîU

cînàbrifèrëcle Sulphur Bank constitue une âiorme réserve, dont rétendue n'est pas exactement coimne, où Ton peut puiser à volonté, pendant plusieurs années enccare» et qui assuré une exploitation fructueuse, quelques sQimlt les cours ; mais la réserve enlevée, il n'y aura sans doute plus dé mine.

IIL — NEW ALIIADEN.

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