étage. — Profondeur : 237»,64 (PL III, fig
HINES £T USINES d'ALMADEN. 5j
Du 7* au 8* étage les trois filons offrent un très-léger plongement vers le Sud. Le filon San Pedro y San Diego prend une importance de plus en plus grande; il s'étend sur 170 mètres de longueur, avec une puissance moyenne de 8 mètres. A son extrémité occidentale il s'infléchit légèrement vers le Nord, de telle sorte que son orientement serait à peu près Nord 125'' Est, puis il est brusquement coupé par les schistes.
San Francisco et San Nicolas sont dans leur partie orientale très-sensiblement parallèles à San Diego, mais la partie occidentale de ces deux filons tourne uu peu de manière à passer graduellement de la direction Nord 110'' Est à la direction Nord 90' Est. Il résulte de cette disposition des deux groupes de filons que leur écartement à l'Est est à peu près le même qu'aux étages supérieurs et qu'il diminue vers l'Ouest, où il se réduit à une quinzaine de mètres.
La longueur de San Francisco est 180 mètres, la puissance moyenne, de 4"i4o ; les mêmes éléments pour San Nicolas sont représentés par i85 mètres et 5°',5ô; les deux filons cheminent maintenant parallèlement à une faible distance l'un de l'autre ; ils semblent même se réunir à leur extrémité Ouest, où, dans tous les cas, l'intervalle qui les séparait. a été trop faible pour que la roche pût y être conservée.
9* étage. — Profondeur : 263", 55 (PI. III, fig. 6). V^ Les tendances déjà signalées à propos du 8' étage s'ac- \ centuent ^e plus en plus. San Pedro y San Diego a une longueur de 170 mètres, une puissance de 6",5o. Son mur (l'éponte Sud), est formé par du grès stérile à l'Est, par du schisteàl'Ouest. Letoitesttoutentief un schiste très-argileux. San Francisco et San Nicolas, séparés de San Pedro y San Diego par des couches alternantes de quartzite et de schiste, forment dans leur ensemble un grand arc concave vers le Sud. Le quartzite forme le toit et le mur de San Francisco. Le mur de San Nicolas est formé par du grès,
58 MINES ET USINES d'ALMADEN.
son toit par du schiste. L'étendue de San Francisco est de 145 mètres, sa puissauce de 2™,6o à 3 mètres. San Nicolas, qui semble absorber San Francisco vers FOuest, se prolonge sur 180 mètres de longueur.
Ces deux filons viennent buter à l'Est contre la roche qui avait déjà apparu, mais avec un moindre développement, à l'extrémité Est du 6* étage. Cette roche mêlaphyrique est formée d'une pâte d'un blanc grisâtre, au milieu de laquelle on voit un assez grand nombre de grains de quartz. Elle est souvent dans un état de décomposition très-avancé qui permet à peine de la reconnaître ; elle ressemble alors à un kaolin grossier.
On y a pratiqué une galerie de recherche, mais on n'y a trouvé aucune trace de cinabre, et l'on a abandonné l'ouvrage avant d'avoir traversé la masse dont, par suite, on ignore l'étendue.
10* étage. — Profondeur : 290 mètres (PI. III, fig. 7). /^
Comme le montre le dessin, le 10** étage en est çncore à la période de préparation. Une galerie partant du puits San Teodoro a recoupé le filon San Pedro y San Diego, que l'on a reconnu sur une longueur de i3o mètres environ. On l'a trouvé toujours très-régulier et très-riche. Le traversbancs n'a pas encore atteint les deux autres filons, qui ont cependantété reconnus par plusieurs puits issus du 9* étage.
Résumons brièvement cette monographie un peu aride.
On voit que les filons, assez peu réguliers jusqu'au 6* étage, prennent une simplicité de plus en plus grande à mesure qu'on descend davantage. Les deux filons San Francisco et San Nicolas, d'abord nettement séparés, se sont graduellement rapprochés jusqu'à se confondre presque au 9* étage. Le filon du Sud, San Pedro y San Diego, semble se rapprocher aussi des deux autres réunis, et l'on a lieu de craindre que, dans un avenir il est vrai encore éloigné, ces trois branches ne viennent à se réunir en une seule, dont l'exploitation serait singulièrement difficile.
MINES ET USINES d'aLMADEN. 69
Autre observation. La longueur du travers-bancs qui, partant du puits San Âquilino, à l'extrémité occidentale du gîte, le rejoint à travers la frailesca, va en diminuant d'étage en étage. Elle est en effet :
Au 5* étage de. 100 mètres.
6* étage de. 80
7* étage de. ...... . 60 .
8' étage de 35
9« étage de o
Si, d'autre part, nous menons par le puits San Miguel, à Test du gisement, un plan perpendiculaire aux filons, nous voyons ceux-ci déborder sur ce plan vers l'Est de longueurs constamment décroissantes : 35 mètres au 5« étage, 10 mètres au 6% 10 mètres au 7% 5 mètres au 8% zéro au 9** étage.
Les trois filons d'Âlmaden présentent donc la forme de trois colonnes de minerai, à peu près parallèles entre elles, sensiblement situées chacune dans un plan vertical, inclinées dans ces plans d'environ lo"* sur la verticale, et s'élar- ^ssant depuis le haut jusqu'au bas d'une manière à peu près continue. La puissance va de même en croissant à mesure que l'on s'approfondit davantage.
Il nous reste enfin, pour arriver à nous faire une idée exacte de l'avenir des mines, à examiner la distribution, dans le gîte, des parties riches.
L'usage a conduit les mineurs d'Almaden à diviser le minerai en minerai riche, minerai moyen, minerai pauvre. Sans que ces distinctions aient rien d'absolu et soient fondées sur autre chose que sur l'aspect du minerai, on peut dire qu'on appelle pauvre le minerai qui tient de 1 à 7 ou 8 p. 100 de mercure, moyen celui dont la teneur est comprise entre 8 et 18 ou 20, riche enfin celui dont la teneur dépasse 20 p. 100, pour aller parfois jusqu'à 80, 85 p. 100 de mercure. .
4o MINES ET USINES D'âLMADEN.
Le plan du 5' étage, où l'exploitation est terminée depuis assez longtemps, n'apprend pas grand'chose sous le rapport de la richesse (*) ; celui du 6* étage montre que l'on y a trouvé surtout du minerai pauvre, avec quelques massifs de minerai moyen aux deux extrémités de San Francisco et San Nicolas. Au 7* étage apparaît le minerai riche, qui devient prédominant au 8* dans tout le filon San Pedro y San Diego; à cet étage, à San Francisco et San Nicolas, l'ensemble du minerai riche et du minerai moyen a, à peu près, la même importance que le minerai pauvre. Le g* étage fournit presque exclusivement du minerai riche à San Pedro y San Diego, ainsi ique dans la plus grande partie du filon San Nicolas. San Francisco donne surtout du minerai moyen. Enfin la partieconnue deSan Pedro y San Diego, au 1 o* étage, est plus riche encore que tout ce que l'on avait trouvé jusque-là. Le minerai formé, comme je l'ai dit, par un grès blanc imprégné présente une magnifique couleur rouge vermillon d'une parfaite uniformité.
En même temps que la richesse augmente en profondeur, elle croît à chgqtiç étage de l'Est vers l'Ouest; généralement coupiSs brusquement à l'Ouest, les gisements s'appauvrissent en effet vers l'Est et finissent en passant insensiblement à un quartzite stérile.
On voit donc que sous le rapport de la richesse, aussi bien que sous celui de la puissance et de l'étendue, les gisements d'Almaden gagnent de plus en plus à mesure que l'on s'éloigne de la surface.
ir. — GOirSTITUTlON MINÉRALOGIQUE DU REMPLISSAGE.
Il nous reste, pour compléter cette description, à donner quelques renseignements sur la constitution minéralogique
(*) Nous avons dû renoncer à reproduire la division indiquée dans les plans de la Pi. III; l'échelle n*auralt pas permis de /aire cette reproduction avec netteté.
MINES ET USINES d'aLMADEN. 4^
du remplissage et à examiner de quelle manière et à quelle époque ce remplissage a pu s'effectuer.
Le cinabre présente dans chaque roche un aspect différent; il imprègne à peu près régulièrement les couches de grès blanc et de grès noir, et forme de simples mouches assez rares dans la frailesca, le calcaire et le schiste. Il prend exceptionnellement des caractères physiques particuliers. Lorsque le schiste est au contact du grès noir, on rencontre parfois dans ses cavités , ou en veinules entre ses feuillets, de petites quantités de cinabre qui donnent à la cassure transversale de la roche l'aspect d'un jeu de cartes dont les tranches seraient alternativement noires et rouges. D'autres fois le schiste est entièrement remplacé par du cinabre en cristaux informes, et plus souvent en masses d'apparence sédimentaire, conservant la schistesite de la roche primitive. Cette variété, à laquelle on a donné le nom de cinabre schisteux^ est rare à Almaden, mais elle semble avoir été plus commune dans d'anciennes mines aujourd'hui abandonnées, celle des Fucares à l'Ouest, celle de Concepcion Nueva à l'Est d' Almaden. L'apparence de cette roche, que l'on regardait autrefois comme sédimentaire, en admettant que le dépôt du cinabre avait été contemporain de celui du schiste, montre combien on peut se tromper en jugeant de l'origine de certains minerais d'après leur seule apparence et sur l'examen de quelques échantillons.
On a donné le nom de cinabre stalactitiforme k certaines agglomérations de poussières de cinabre, entraînées par les eaux, et déposées ensuite par elles. Ces dépôts, d'origine toute mécanique et récente, ne constituent pas, à proprement parler, une variété spéciale de minerai.
Le cinabre pur^ cristallisé ou en masse, ne se rencontre qu'assez rarement. On a retiré sans doute des mines d' Almaden un assez grand nombre de cristaux de cinabre, qui figurent dans les collections minéralogiques du monde en-
4fi MINES ET USINES D*ALMADEN.
fier; mais il suffira de dire que Ton recueille, comme curiosité, tout ce qui présente des cristaux, môme peu nets, pour faire comprendre que ces cristaux ne se montrent que rarement; ils sont le plus souvent accompagnés de cristaux très-petits de quartz et de sulfate de baryte ; on a signalé aussi dans quelques échantillons de la pyrite de fer : cette dernière substance ne se trouve, dans tous les cas, que très-rarement, si elle existe à Âlmaden au milieu du cinabre.
Le cinabre pur amorphe est plus fréquent : on désigne d'ailleurs comme cinabre pur, tout ce qui contient de 76 à 85 p. 100 de mercure. On le rencontre disséminé d'une manière irrégulière au milieu des grès cinabriques qui forment la masse du gisement, surtout dans le filon de San Pedro.
Le mercure natif n'est pas très-abondant à Almaden ; on ne le trouve guère isolé, sans cinabre, que dans un quartzite très-schisteux, d'une couleur gris foncé, d'une apparence très-compacte, parfois dans le schiste stérile ou dans des grès décomposés. Il va sans dire qu'on voit souvent, sur les parois des galeries, suinter des gouttes de mercure, mais celles-ci proviennent évidemment d'une décomposition toute récente du cinabre exposé à l'air.
Le mercure corné n'a pas été rencontré à Âlmaden môme ; on ne l'a trouvé que dans une mine de Yaldeazogues, dans un grès blanc décomposé où il s'est présenté, soit en pellicules et en croûtes déliées, soit en cristaux prismatiques à base carrée avec des globules de mercure métallique.
Les anciennes mines de Guadalpéral et de Yaldeazogues ont fourni aussi quelques échantillons, déposés aujourd'hui aux collections de la carte géologique, à Madrid, dans lesquels le cinabre est associé à du carbonate de cuivre (Guadalpéral, la Goncepcion) et à de la pyrite de cuivre avec malachite (Guadalpéral) . On peut voir, à a kilomètres au Nord d' Almaden, une couche de quartzite
dévbnien, contenant des mouches de cinabre et des efflorescences cuivreuses, sur lesquelles on a ouvert, il y a quelques années, des recherches pour cuivre, d'ailleurs abandonnées.
Mais tous ces corps, que nous signalons comme accompagnant parfois le cinabre près d*Almaden, ne forment dans Fensemble qu'une quantité presque négligeable. Tandis que dans lés filons ordinaires on trouve généralement une association de divers métaux, le mercure, comme le constatait, il y a longtenips déjà, Ânt. de Jussieu, dans un mémoire lu à r Académie des sciences (*), se présente seul, et semble fuir le voisinage de tous les autres métaux. La seule affinité qu'on lui connaisse, dans la nature, est sa prédilection pour les matières charbonneuses ou bitumineuses, à Almaden comme dans presque tous ses gisements. On sait qu'on le trouve à Idria, au milieu de couches bitumineuses (brandschiefer, leberschiefer,silberschiefer) du trias. A New-Almaden, il est associé à de véritable houille. Dans les Asturies, on exploite une mine de cinabre, où celui-ci imprègne des couches de grès et de schiste houillers; on y trouve même une couche où le cinabre est associé à de la houille.
La présence de matières charbonneuses est moins nette à Almaden, mais elle est cependant incontestable. Les schistes sont souvent, au contact du gîte, noirs, luisants, charbonneux ; ils tachent les doigts. Proust, analysant des échantillons d' Almaden, y trouva un peu de plombagine.
Mais la matière la plus intéressante à étudier est le minerai ordinaire, quartzite plus ou moins imprégné de cinabre. Lorsqu'on le calcine de manière à expulser le soufre et le mercure, la roche s'offre à la vue comme une scorie ou une masse cariée, qui souvent ne peut se soutenir et se réduit en sable en tout ou en partie. La consistance de ce ré-
(*) Mémoires de C Académie des sciences, année 1717.
44 MINES £T USINES d'aLMADEN.
sidu permet de juger assez exactement de la teneur du minerai; il ne reste rien naturellement avec du cinabre pur; et la gangue calcinée résiste d'autant moins que le minerai était plus riche. Lorsqu'au contraire, on calcine des fragments de quartzite stérile, ils conservent leur structure et leur dureté primitives.
La matière du quartzite, qui manque aujourd'hui dans les roches imprégnées de cinabre, ne pouvait assurément manquer, ni à l'époque du dépôt primitif des couches, ni après les fortes pressions qui les ont comprimées en les redressant. Comment a pu s'effectuer cette disparition d'une matière siliceuse, à peu près inattaquable par tous les réactifs dont on pourrait imaginer l'intervention à l'époque de la formation des filons de cinabre? Nous ne prétendons pas l'expliquer, et nous renonçons à reproduire les diverses théories, toutes plus ou moins inadmissibles, que l'on a proposées à ce sujet.