III. — Age des filons
L'époque à laquelle il convient de placer la venue du cinabre n'est pas moins difficile à préciser.
Incontestablement, le cinabre n'est pas contemporain du dépôt des couches siluriennes ou dévoniennes dans lesquelles on le rencontre. Tout ce que l'on sait s'y oppose. Pour tous les géologues, le mercure, de même que les autres métaux, vient du sein de la terre. On trouve dans le territoire d'Almaden beaucoup de roches qui ont cette même origine. Ces roches ont apparu à des époques diverses; on ne saurait admettre, en effiet, que les granités de los Pedroches soient du même âge que les mélaphyres de Ghillon ou d'Almaden, ou que les porphyres trachytiques de Gargantiel.
L'apparition de* quelqu'une de ces roches est-elle concomitante avec celle du mercure? Quelques faits permettent de le penser. Le pluçi important est la présence, au contact
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même du cinabre, d'une roche mélaphyrique à rextrémîté Est du filon San Francisco, au neuvième étage. Nous avons dit aussi que l'on avait trouvé, à Almadenejos, à Guadalpéral, du cinabre en mouches et veinules dans une roche intimement liée aux mélaphyres qui forment près de ce hameau un massif considérable au milieu du terrain dévonien. Enfin, on a trouvé du mercure à l'état métallique au contact du mélaphyre de Ghillon avec le grès. On y a même ouvert un puits de 1 2 à 1 5 mètres de profondeur, que Ton a abandonné ensuite, après y avoir ramassé quelques kilogrammes de ce métal; quoique l'ouverture de ce puits remonte à 25 ans, les déblais qui en proviennent sont encore accumulés tout auprès; ils sont formés aussi d'un mélaphyre où les cristaux de quartz sont moins abondants que dans celui de la mine d'Almaden. Je dois dire cependant qu'il règne quelques doutes sur l'origine de ce mercure; on ne voit pas de cinabre dans la roche ; le puits est situé dans la basse-cour d'une maison, de sorte que l'on a soupçonné que le mercure trouvé pourrait être du mercure volé, caché sous terre il y a longtemps, et infiltré dans les fissures du terrain. Ce n'est là qu'un soupçon, et la découverte du mélaphyre au contact du cinabre, à Almaden même, donne lieu de croire qu'il n'est pas fondé.
Nous admettons donc, comme un fait sinon absolument certain, du moins très-probable, que le cinabre se montre de préférence au contact des roches feidspathiques de Ghillon, d'Almaden et de Guadalpéral, et, en quelques points, dans ces roches elles-mêmes. Nous avons déjà signalé plus^haut l'analogie que présentent, au point de vue pureàient pétrographique, les mélaphyres de Ghillon avec ceux qui se sont fait jour, vers la fin de l'époque permienne, dans les Vosges et près d'Oberstein, dans la vallée de la Nahe (*). Or, dans le Palatinat, les mélaphyres sont
(*) Voir la description qu'en a donnée M. Delesse {Annales des mines^ U* série, t XVI, p. 611).
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en relation intime avec des filons de cinabre, tout comme à Almadsa4î^; ces filons, tantôt se trouvent au contact . ---' des mélaphyres, tantôt ils les traversent, comme à Rathsweiler, Erzweiler, Baumholder; la présence de mouches de minerai de cuivre, principalement de carbonates de ^^ cuivre, indiquée par nous p. ^, complète l'analogie; les filons cin^brifères du Palatinat sont, eux aussi, accompagnés de divers filons cuivreux.
Nous nous croyons donc fondé à attribuer au cinabre d'Âlmaden le même âge qu'à celui du Palatinat; il nous semble même, d'après la description qu'en donne M. von Gotta (**), qu'on pourrait rattacher à la même formation le gisement de cinabre de Vallata, près Âgordo, qui se trouve, lui aussi, en relation avec des roches désignées par le géologue allemand sous le nom de porphyre^ et au voisinage du puissant gisement cuprifère d'Âgordo. Quant à émettre une opinion absolue sur cet âge, nous nous en abstiendrons; il nous suffit d'avoir déterminé avec exactitude les conditions de gisement : nous dirons cependant que la relation indiquée s'expliquerait difficilement si l'on n'admettait pas que le cinabre est venu au jour peu après l'éruption des mélaphyres, à peu près à la même époque que les minerais de cuivre qui constituent, par exemple, dans le terrain permien duMansfeld, la couche des schistes cuivreux {Kupferschiefer). Le cinabre serait donc à Almaden, nettement antérieur au cinabre d'Idria, qui présente d'ailleurs des conditions de gisement notableinent HiiOTérentes, et qui est reconnu aujourd'hui appartenir au trias.
On conçoit que nous ne puissions être absolument affir-
(*) Voir Das Varkommen der Quecksilbererze in dem Pfalzisch Saarbrûckensçher Kohlengebirge^ par M. von Dechen (Archives de Karsten, t. XXII, p. 575-/164).
(*♦) B, von Cotta : Lehre von den ErzlagerstcUtm^ %• édition, p. 35o.
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matif sur ces questions d'âge, presque toujours si délicates; c'est à peine, en effet, si Ton est d'accord aujourd'hui sur le nom à donner aux gisements d'Almaden. Dès le siècle dernier, Bowles et Hoppensack leur donnèrent le nom de filons, et depuis on continua pendant longtemps à les qua-lifier ainsi. Plusieurs géologues protestent cependant contre cette dénomination, entre autres Casiano de Prado. Il fait remarquer les différences considérables entre l'allure des gisements d'Almaden et celle des filons ordinaires; il constate que le mercure ne se présente guère que dans des couches stratifiées où il s'est infiltré de bas en haut. C'est assurément un fait singulier et qui, par sa généralité, mérite d'attirer l'attention. Ne serait-il pas dû à ce que la venue du cinabre se serait faite sans mouvement violent, de telle sorte que les fentes d'arrivée, au lieu de pouvoir se propager transversalement aux couches, auraient été obligées d'épouser la direction de celles-ci?
Du niomeot que l'on admet, avec M. de Prado, que le aiercure est venu de l'intérieur de la terre; du moment que Ton reconnaît aux gisements d'Almaden la forme de bandes relativement étroites qui suivent une direction et un pendage déterminés, nous ne voyons pas comment on pourrait leur refuser le nom de filons. On pourra leur donner celui de filons-couehesy puisque le minerai imprègne une couche du terrain, et celui de filons de contact^ puisqu'ils sont en relation immédiate et, en profondeur au moins, au contact de roches éruptives ; mais on devra toujours reconnaître au cinabre le caractère d'une substance filonienne, amenée à la surface très-probablement à l'état de vapeur.