‹ Les glaciers et les transformations de l'eauChapitre 11 sur 126 · STRUCTURE DE LA NEIGE · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE LA NEIGE

quelque pic des Alpes. Elle semble parfaitement immobile, même lorsqu’un vent violent souffle en ce moment audessus de la montagne. Pourquoi le nuage n'est-il pas emporté par ce vent ? Il est emporté ; son immobilité n’est qu’apparente. Une de ses extrémités se dissout sans cesse; l’autre se renouvelle constamment : ces deux changements s’opérant d’une manière égale, le nuage semble aussi immobile que la montagne à laquelle il paraît attaché. Quand la lumière rouge du soleil couchant éclaire ces bannières de vapeurs, on dirait d’énormes torches dont la flamme est rabattue par le vent.

Structure de la neige. — Nous voici dans la position d’hommes qui ont gravi un pic escarpé et se sont par là assuré la jouissance d’un vaste panorama. Maintenant que nous connaissons les conditions qui déterminent la production des neiges sur les montagnes, nous pouvons considérer en grand et avec intelligence les phénomènes des glaciers.

Ajoutons encore quelques mots sur la formation de la neige. Les molécules et les atomes de toutes les substances, lorsqu’elles peuvent agir librement, s’arrangent en formes définies et ordinairement fort belles, qu’on appelle des cristaux. Le fer, le cuivre, l’or, l’argent, le plomb, le soufre, lorsqu’on les fond et qu’on les laisse refroidir lentement, manifestent tous cette puissance de cristallisation. Le bismuth la montre d’une manière tout-à-fait frappante : si on le fait fondre et se solidifier dans des circonstances convenables, ce métal donne de fort beaux cristaux de grande dimension.

Faites dissoudre du salpêtre dans l’eau, et laissez la solution s’évaporer lentement; vous obtiendrez de gros cristaux, parce qu’aucune portion du sel ne se convertit en

TrNDAU, 3

vapeur. L’eau de pluie est douce, quoiqu’elle nous vienne de la mer qui est salée. Le sucre dissous dans l’eau, et soumis à l’évaporation, nous donne des cristaux de sucre candi. L’alun cristallise facilement par le même procédé. Des silex dissous, comme cela arrive quelquefois dans la nature, donnent par cristallisation les prismes et les pyramides du cristal de roche. La craie dissoute et cristallisée donne le spath d’Islande. Le diamant n’est que du charbon cristallisé. Toutes nos pierres précieuses, le rubis, le saphir, le béril, la topaze, l’éméraude, sont dus à la cristallisation.

Tout le monde a entendu parler de la force de gravita- > tion ; on sait que cette force n’est autre chose que l’attraction de toutes les particules matérielles les unes pour les autres. C'est cette attraction qui retient les planètes et les lunes dans leurs orbites. Mais la gravitation est une chose très -simple auprès de la force, ou plutôt des forces, de cristallisation. Ici, en effet, les particules ultimes de la matière, quoique d’une petitesse inconcevable, paraissent douées de pôles d’attraction et de répulsion, dont l’action mutuelle détermine la forme et la structure du cristal. A l’état solide, les pôles qui s’attirent sont unis d’une manière invariable; mais, sous l’influence d'une chaleur assez forte, le lien qui les unit se relâche, et, à l’état liquide, les pôles s'écartent assez pour être pratiquement en dehors de leur sphère d’attraction mutuelle. La tendance naturelle qu’ont les molécules à se réunir, se trouve ainsi neutralisée.

C’est ce qui arrive pour l’eau, laquelle, à l’état liquide, parait absolument amorphe. Si on la refroidit suffisamment, ses molécules se rapprochent de manière à subir l’influence de la force de cristallisation, et se disposent

Planche 11.

Paire !M.

Cristaux <lc liciffü.

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