‹ Les glaciers et les transformations de l'eauChapitre 16 sur 126 · LA SOURCE DE L’ARVEIRON · texte numérisé non relu

LA SOURCE DE L’ARVEIRON

mière bleuâtre. Quelquefois on entend un grondement comme celui du tonnerre, produit par l’écoulement de quelque tour de glace, ou par la chute d’une pierre énorme dans une crevasse. Le glacier conserve cet aspect sauvage et tourmenté jusqu’à une certaine distance, et le montagnard le plus agile ne pourrait s’y engager sans danger.

Nous arrivons à un endroit appelé le Chapeau, où nous pouvons, si nous le voulons, nous reposer dans une petite cabane. Nous passons ensuite le Mauvais Pas, rocher à pic, dans la paroi duquel on a taillé des marches, avec une corde pour soutenir le touriste novice. Nous continuons d’avancer, tantôt sur le flanc de la montagne, tantôt le long d’une crête d’un aspect singulièrement artificiel; c’est une moraine latérale. Enfin nous voyons devant nous une maison perchée sur une éminence, du côté opposé du glacier ; c’est l’auberge du Montanvert, bien connue de tous ceux qui visitent cette partie des Alpes.

Ici nous traversons le glacier. J’aurais dû vous dire que sa partie inférieure, y compris la partie tourmentée dont nous avons parlé, s’appelle le Glacier des Bois, tandis que l’endroit où nous allons traverser est le commencement delà Mer de Glace. Vous sentez que ce n’est pas là tout à fait le mot propre, car ici le glacier ressemble beaucoup plus à une rivière de glace qu’à une mer. La vallée qu’il remplit a environ un demi-mille de large.

A l’endroit où nous entrons, il peut y avoir des crevasses dans la glace; mais en marchant avec précaution, il n’est pas difficile de traverser cette partie de la Mer de Glace. Plus loin nous rencontrerons des crevasses plus considérables.

Explorez du regard tout ce côté du glacier; il est rem-

LA MER DE GLACE

pli de crevasses; mais, à mesure que nous avançons, ces crevasses deviennent plus rares, et, de l’autre côté, nous en trouverons très-peu. C’est là un point à noter. La glace est d’abord sale; mais les matières terreuses disparaissent bientôt, et vous arrivez à la surface nette et craquante du glacier. Vous aurez déjà remarqué que la glace propre est blanche, et que de loin elle ressemble plutôt à de la neige qu’à de la glace. Cela vient de l’action de la chaleur solaire sur la surface. Quand on réduit en poudre du sel gemme transparent, il devientaussi blanc que du sel marin purifié ; de même, ce sont les fissures innombrables produites à la surface du glacier par les rayons du soleil, qui rendent cette surface si blanche. A l'intérieur , la glace est transparente. Nous traversons gaîment, nous atteignons la moraine latérale opposée, et nous gravissons la pente escarpée qui aboutit à l’auberge de Montanvert.

La Mer de Glace et ses sources. — La Fente. — Ici s’offre à nos yeux une vue magnifique (pl. IV). De l'autre côté du glacier, nous voyons la belle pyramide appelée Y Aiguille du Dru ; à droite, Y Aiguille des Charmos, avec ses pointes aiguës, courbées comme si elles étaient ductiles. Vers le haut du glacier, la vue est arrêtée par les crêtes élevées de la Grande Jorasse, qui ont près de 14000 pieds (environ 4300 mètres) (je hauteur. Nous voulons maintenant pénétrer au cœur même des montagnes, et suivre jusqu’à sa naissance la merveilleuse rivière gelée que nous venons de traverser.

Nous quittons le Montanvert, et, laissant le glacier à notre gauche, nous atteignons bientôt des rochers qui ressemblent au Mauvais Pas ; on les appelle les Ponts. Nous les traversons, et nous arrivons à Y Angle-, là, nous quittons la terre pour la glace. Nous remontons le glacier, mais avant

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