‹ Les glaciers et les transformations de l'eauChapitre 17 sur 126 · LA FENTE · texte numérisé non relu

LA FENTE

d’atteindre le promontoire de Trélaporte, nous reprenons le flanc de la montagne; car, quoique nous ayons abandonné ce chemin à cause des dangers qu’il présente, nous sommes prêts à nous exposer raisonnablement pour nous instruire .Un petit glacier se trouve sur le coteau à notre droite. Nous pouvons voir un ou deux énormes rochers en équilibre à l’extrémité du glacier; et même, si le hasard nous favorise, nous pouvons aussi voir un d’eux, devenu libre, se précipiter violemment sur la pente. Pour éviter le danger, il ne faut que de la présence d’esprit; mais les voyageurs n’en ont pas toujours, et c’est pour cela que le sentier qui passait autrefois sur cette pente, a été abandonné. Tout le coteau est encombré des masses de rocher qui viennent de ce petit glacier. Il est bon que nous les ayons vues; nous allons bientôt expliquer leur présence en cet endroit.

Au-dessus de Trélaporte, à droite, on voit dans les rochers une fente fort singulière, au milieu de laquelle s’élève un pilier isolé, sans doute taillé par l’action des éléments. Nous cherchons à arriver à la tour de rochers qui se trouve à gauche de cette ouverture, car de là nous dominerons la Mer de Glace et ses sources, et cette vue ne sera pas perdue pour notre instruction.

La Fente dont j’ai parlé, avec son pilier, se voit à droite de la gravure qui précède; au-dessous on aperçoit aussi le petit glacier.

On peut arriver à cette fente par un couloir escarpé, visible de notre position actuelle; il aboutit directement à l’ouverture. Mais ces couloirs sont très-dangereux, car ce sont les chemins que suivent les pierres qui tombent des hauteurs. Nous prendrons donc les rochers qui sont à gauche du couloir ; pour cela il faut reconnaître des yeux

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les points abordables, et les attaquer de ce côté. Dans les Alpes, aussi bien qu’autre part, on peut faire des choses étonnantes, si on regarde les obstacles avec fermeté, et qu’on les attaque du côté qui parait accessible. Nous atteignons ainsi le point culminant, où la beauté du spectacle et tout ce qu’il nous apprend sur la formation de la Mer de Glace, font plus que nous dédommager des fatigues de notre ascension.

Au-dessous de nous, nous voyons le glacier étendre sa langue glacée plus loin que le Montanvert. Nous voyons, en outre qu’il se divise en trois branches, dont deux sont plus larges que la partie que nous connaissons Regardons la branche de droite, le Glacier du Géant. Il présente une surface unie jusqu’à une grande distance en remontant ; puis cette surface devient tourmentée, et se change en une grande cascade gelée, du haut de laquelle la glace semble se précipiter en désordre. Au dessus de la cascade, on voit une plaine de neige brillante, de plusieurs milles carrés de surface.

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