CHAPITRE II
CASCADE DE GLACE ET NEIGES DU COL DU GÉANT. — CE CVE NOUS APPRENNENT LES GLACIERS. — RAMIFICATIONS ET MO- RAINES MÉDIANES DE LA MER DE GLACE. — LE TALÈFRE ET LE JARDIN. — LES CREVASSES.
Cascades de glace et neiges du Col du Géant. — Au lieu de gravir la hauteur où nous nous trouvons en ce moment, nous aurions pu continuer à marcher sur la Mer de Glace, tourner le promontoire de Trélaporte, et remonter le glacier du Géant. Nous aurions marché sur la glace jusqu’au pied de la cascade. Cette glace est moins compacte que celle que nous avions vue plus bas, mais personne ne songerait à dire que ce n’est pas de la glace.
A mesure que nous approchons de la chute, la surface devient de moins en moins unie. Les crêtes transversales se succèdent de près, et deviennent de plus en plus escarpées. La glace est à chaque instant bouleversée et coupée de fissures. Nous suivons des ravins tortueux, nous gravissons d’énormes monticules de glace, et nous rampons avec précaution le long de crêtes peu solides, bordées de crevasses des deux côtés. La confusion va en augmentant, et enfin il devient impossible d’avancer davantage au centre du glacier.
LA MER DE GLACE
Mais avec une hache pour pratiquer des marches dans les murailles de glace et les pentes les plus escarpées, on peut, en appuyant à droite ou à gauche, arriver jusqu’au sommet de la cascade. Si l’on monte à droite, il faut se méfier des avalanches de glace qui roulent souvent d’en haut avec un bruit de tonnerre; si c’est à gauche, il faut se mettre en garde contre les pierres qui se détachent de Y Aiguille noire. Une fois la cascade franchie, il faut bien prendre garde aux larges crevasses que l’on rencontre à chaque pas jusqu’à une certaine distance. Mais, avec de la prudence, on peut les tourner, ou quelquefois les franchir sur des ponts de neige. C’est ici que l’on a besoin de l’adresse et des connaissances que donne seule une longue pratique ; c’est ici que la corde en usage dans les Alpes peut rendre de grands services. En effet, les ponts de neige sont souvent fragiles, et, de plus, des crevasses entières se trouvent quelquefois recouvertes, de sorte que le malheureux voyageur n’est averti de leur existence qu'en sentant la neige céder sous ses pieds. Plus d’un a ainsi perdu la vie, et cela tout récemment.
Une fois sur le plateau qui domine la chute, nous constatons que la surface est entièrement différente. En bas, nous étions sur de la glace ; ici, nous nous trouvons sur de la neige. Après avoir gravi une pente douce, mais fort longue, nous voyons s’abaisser la crête qui borne la plaine de neige, et nous pouvons apercevoir l’Italie. Nous sommes au fameux Col du Géant.
Ce ne sont pas des touristes oisifs qui ont les premiers fait connaître ces lieux sauvages ; la découverte n’en est due ni à la recherche de la santé qui amène maintenant certains voyageurs, ni à celle des grands et beaux spectacles, qui en amène d’autres; ni à envie de pouvoir