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CHAPITRE III

MOUVEMENT DES GLACIERS. — MESURES DE HUGI, D’.VGASSIZ ET DE FORBES. — MESURES DE M. TYNDALL.

Mouvement des glaciers. — Mais qu’est-ce que ces moraines latérales? A mesure que l’on parcourt les glaciers, on comprend de mieux en mieux l’origine des moraines. De temps en temps, on voit des pierres et des débris rouler des flancs de la montagne et être arrêtés par la glace. Ces pierres et ces débris tombent tout le long du bord du glacier, et il devient bientôt évident que c’est là l’origine des moraines latérales.

Mais comment expliquer l’existence des moraines médianes? Comment les débris se disposent-ils sur une longue ligne à plusieurs centaines de mètres du bord, tandis que l’espace intermédiaire reste parfaitement net? On a quelquefois dit que ces pierres viennent du bord du glacier, et ont franchi une partie de sa largeur, mais cette hypothèse ne résiste pas à un examen sérieux. Rappelons-nous ici ce que nous avons dit de l’excès de neige qui tombe au-dessus de la ligne de neige, et la question que nous avons posée, que devient cet excès de neige ? Se peut-il que la masse entière descende d’un mouvement

LA MER DE GLACE

lent? Dans cette hypothèse, les moraines latérales seraient entraînées par la glace sur laquelle elles s'appuient, et, quand deux glaciers se joindraient latéralement, ils réuniraient leurs moraines adjacentes, ce qui formerait une moraine médiane sur le glacier principal.

En effet, il n’y a pas moyen d’expliquer ce que devient l’excédant de neige qui reste au-dessus de la ligne de neige; il n’y a pas moyen de remplacer la glace qui fond en excès au-dessous de cette même ligne ; il n’y a pas moyen d’expliquer l’existence des moraines médianes du glacier, si l’on ne suppose que, depuis les plaines de neige les plus élevées du Col du Géant, du Léchaud et du Talèfre, jusqu’à l’extrémité inférieure du glacier des Bois, toute la masse congelée descend peu à peu-

J’aimerais à vous faire faire l’ascension du Mont-Blanc. Partant de Chamouni, nous traverserions d’abord des bois et des pâturages, puis nous gravirions une pente escarpée, avec le Glacier des Bossons à notre droite, pour gagner un rocher appelé la Pierre Pointue ; delà nous irions à un rocher plus élevé nommé la Pierre l’Échelle , à cause de l’échelle qui s’y trouve ordinairement pour aider les voyageurs à traverser les crevasses du glacier. A la Pierre l’Échelle, nous nous engagerions sur la glace, et passant au-dessous de Y Aiguille du Midi, qui s’élève à gauche, et qui fait quelquefois pleuvoir des avalanches de pierres sur une partie du chemin, nous traverserions le glacier des Bossons, au milieu de fragments amoncelés, de tours de glace brisées, en franchissant des pentes escarpées et des crevasses si profondes qu’on ne peut en apercevoir le fond.

Nous arriverions ensuite aux rochers des Grands Mxüets,

qui forment une sorte d'ilôt stérile dans la mer de glace; de là, aux plaines de neige plus élevées, après avoir traversé le Petit Plateau, que nous trouverions encombré de blocs de glace. Il suffirait de regarder à droite pour voir d’oii viennent ces blocs, car là s’élèvent menaçants au-dessus de nous les sommets de glace du Dôme du Goûté. Dans le pays, on les nomme séracs, parce que leur forme et leur couleur rappellent assez celles d’un fromage de Chamouni qui porte ce nom. Les guides recommandent d’observer le silence en cet endroit, et il vaut mieux le faire pour ne pas les désobliger, bien que l’on puisse douter que la voix humaine suffise pour faire tomber les blocs de glace. Du Petit Plateau, une pente escarpée et couverte de neige nous conduirait au Grand Plateau, et, au point du jour, je ne connais pas, dans toutes les Alpes, d’endroit plus solennel et plus imposant.

Un des buts de notre ascension serait alors atteint; car, au sommet du Grand Plateau, et au pied de la dernière pente du Mont-Blanc, je vous montrerais une grande crevasse dans laquelle trois guides furent précipités par une avalanche en 1820 (pl. V, fig. 4).

N’est-ce pas là une erreur? Une crevasse qu’il serait difficile de distinguer de la crevasse actuelle, existait assurément là en 1820. Mais était-ce bien la môme que la crevasse actuelle? La glace fendue qui se trouve aujourd’hui en cet endroit est-elle la môme que celle d’il y a cinquante- un ans? Assurément non. Et qu’est-ce qui le prouve? C’est le fait que, plus de quarante ans après leur disparition, les restes de ces trois guides ont été retrouvés près de l’extrémité du glacier des Bossons, à plusieurs milles au-dessous de la crevasse actuelle.

La même observation démontre que c’est la glace du

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