YARDS
MÈTT’-S.
Glacier du Géant
» de Léchaud
» de Talèfre
Total
tiers de leur largeur primitive, avec une vitesse de 20 pouces (50 centimètres) par jour.
Esquisse indiquant les moraines de la Mer de Glace.
A Trélaporte, ces trois glaciers sont forcés à passer par une gorge de 893 yards (816 mètres), ce qui n’est qu’un
LA MER DE GLACE
Si nous nous bornons au glacier de Léchaud, les résultats sont encore plus étonnants. Avant sa jonction avec le Talèfre, ce glacier a une largeur de 825 yards (754 mètres); en passant par l’étau de granit de Trélaporte, cette largeur se réduit à 88 yards (80 mètres), c'est-àdire, en nombres ronds , à un dixième de sa largeur primitive.
Devons-nous conclure de là que la glace du Léchaud est réduite au dixième de son volume primitif? Pas le moins du monde : ce n’est qu’une hangement de forme, et non de volume, qui s’accomplit à Trélaporte. Avant d’ être ainsi comprimé, le glacier ressemble à une plaque de glace posée à plat; après sa compression, c'est une plaque posée de champ. La pression a nécessairement rendu la glace plus profonde.
Compression longitudinale d'un glacier. — C’est une pression postérieure qui force la glace à pénétrer dans la gorge de Trélaporte; en effet, le glacier du Géant, immédiatement au-dessus de Trélaporte, joue le rôle d’un piston qui pousse la glace dans la gorge. Quel effet cette pression doit-elle avoir sur le piston lui-même? Il suffit du raisonnement pour conclure, avec assez de probabilité, que la pression doit raccourcir le piston; que la partie inférieure du glacier du Géant doit, jusqu’à un certain point, céder à la pression des couches postérieures.
Voyons si les faits confirment cette idée. A environ trois quarts de mille plus haut que le mont Tacul, et sur le versant qui se trouve à notre gauche, en montant, nous observons un petit carré de verdure. Nous y grimpons, nous établissons notre théodolite, et nous dirigeons à travers le glacier du Géant une ligne FF', que nous appellerons le n° 1. (Voir l’esquisse, p. 66.)
Environ un quart de mille plus bas, nous trouvons un couloir praticable sur le flanc de la montagne; nous le gravissons, nous arrivons à une plate-forme convenable, nous établissons notre instrument et nous traçons une ligne gg' (p. 66), que nous marquons du n° 2. Ici nous sommes obligés de nous presser, car le long de ce couloir roulent des pierres venues d’un petit glacier qui s’appuie sur le flanc du mont Tacul.
Un quart de mille plus bas, et plus près du Tacul, nous menons à travers le glacier la ligne hh', n° 3.
Voici le mouvement journalier des centres de ces trois lignes :
Pouce».
Distance d’une ligne à l’autre.
■ 545 yards.
Ainsi la première ligne fait, par jour, cinq pouces de plus que la seconde; et la seconde, près de trois pouces de plus que la troisième. Notre conjecture se trouve donc vérifiée . Le piston de glace dont nous pouvons évaluer la longueur, en nombres ronds, à mille yards (914 mètres), se trouve raccourci, par la pression qu’il subit dans le sens de sa longueur, d’environ huit pouces (20 centimètres) par jour.
Une rivière qui descendrait la vallée du Géant se comporterait de la même façon. Son mouvement diminuerait en approchant de Trélaporte, et elle s’élancerait dans le défilé avec une vitesse plus grande que celle de l’eau qui serait par derrière.
Glissement des glaciers. — Jusqu’ici, nous nous sommes bornés à mesurer et à discuter le mouvement des glaciers; mais nos excursions nous ont appris encore bien d’autres choses. Çà et là, quand la glace s’écartait du flanc
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de la montagne, nous avons vu les rochers cannelés, rayés et polis, ce qui prouve que la glace a glissé sur ces rochers et les a usés. A la source de l’Arveiron, nous avons remarqué que l'eau qui sort du glacier est chargée de substances à l’état de poudre fine. Toutes les eaux de glacier entraînent de ces substances. Le Rhône emporte les matières qu'il charrie dans le lac de Genève; là,-lecourantse ralentit, les matières se déposent, et le Rhône n’a plus que des eaux bleues et limpides au sortir du lac. Le lac de Genève, etplusieursautreslaesdelaSuisse, se remplissent peu à peu de ces dépôts, qui finiront probablement par les combler tout-à-fait.
Une partie du mouvement d’un glacier vient de ce glissement de la masse entière sur son lit.
En parcourant le glacier, nous avons vu des ruisseaux formés par la fonte de la glace, arriver par des fentes et des crevasses jusqu’au lit du glacier. Les poussières fines produites par le frottement se trouvent ainsi entraînées, le fond se trouve lubréfié, et le glissement de la glace en devient plus facile.
Quand on a patiné, on sait combien le dégel affaiblit la glace. Avant de fondre, elle devient molle et dangereuse. Sondez cette glace avec un canif : la lame s’y enfoncera, ou la coupera facilement. Sondez de même la glace que n’a point attaquée le dégel ; vous la trouverez bien plus résistante. L’une ressemble à de la craie molle, l'autre à la pierre dure.
Or, en été, la Mer de Glace est ainsi soumise à l’action du dégel. Le soleil en rend la glace molle et peu résistante, ce qui en facilite le mouvement. Nous avons vu que, non seulement le glacier glisse sur son lit, mais aussi les couches supérieures glissent sur les couches inférieures, et
MOUVEMENT DE LA MER DE GLACE g 5
que celles du centre glissent le long de celles des bords. Plus la glace est molle et sans consistance, plus ce mouvement sera facile, et moins aussi il sera difficile de forcer le glacier à passer par une gorge comme celle de Trélaporte.
Mais en hiver le dégel cesse ; la quantité d’eau qui arrive au lit du glacier est diminuée ou entièrement nulle. La glace aussi devient dure, au moins jusqu’à une certaine profondeur. Ces considérations nous permettent de supposer qu’en hiver le glacier, s’il se meut, doit le faire bien plus lentement qu’en été. Quoi qu’il en soit, les mesures prises pendant l’été ne donnent aucune indication sur le mouvement de l’hiver.
Ce point vaut la peine qu’on l’examine. Cependant je ne vous demanderai pas de visiter les Alpes au milieu de l’hiver ; mais, si vous me le permettez, j’irai pour vous dans les montagnes, et je vous rendrai un compte fidèle de l’aspect de ces régions et des mouvements de la Glace.