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CHAPITRE PREMIER

LES CREVASSES ET LEURS GLAÇONS. — LE BERGSCHRUND. — DIFFÉRENTES DIRECTIONS DES CREVASSES. — INFLUENCE DE LA COURBURE DU GLACIER.

Les crevasses. — Nous allons maintenant commencer d’autres recherches. Nous avons replié notre chaîne, et nous nous préparons à rentrer, après une journée pénible passée sur le glacier du Géant, quand sous nos pieds se fait entendre une explosion qui semble partir de la masse même du glacier. Un peu surpris, nous regardons autour de nous ; le bruit se répète, et plusieurs explosions se succèdent rapidement. Elles éclatent tantôt à notre droite, tantôt à notre gauche, et il semble que le glacier se brise tout autour de nous. Mais nous n’apercevons toujours rien .

Nous examinons alors soigneusement la glace ; après une heure de recherches, nous découvrons la cause de ces bruits. Ils annoncent la formation d’une crevasse. A travers une flaque d’eau qui se trouve sur le glacier, nous

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voyons monter des bulles d’air, et nous nous apercevons qu’au fond de cette flaque il y a une fente étroite qui livre passage aux bulles d’air. A droite et à gauche de la flaque, nous pouvons suivre la fissure nouvelle jusqu’à une grande distance. Elle est quelquefois si faible qu’elle échappe à la vue, et n’est nulle part assez large pour livrer passage à la lame d’un couteau.

Il est difficile de croire que les formidables crevasses entre lesquelles nous avons si souvent passé avec crainte, puissent avoir une si faible origine ; telle est pourtant la vérité. Les gouffres béants qui se trouvent aux chutes de glace du Géant et du Talèfre, et plus haut encore, n'ont été d'abord que des Assures étroites, qui se sont peu à peu élargies en crevasses. Nous apprenons ainsi, par un exemple à la fois instructif et frappant, que des apparences qui semblent indiquer une action très -violente, peuvent réellement être le résultat d’actions si lentes qu’on ne peut les reconnaître que par les observations les plus délicates. Dans la production des phénomènes de la nature, il y a toujours deux faits dont il faut tenir compte ; ces faits sont l’intensité de la force mise en jeu, et le temps pendant lequel elle agit. Supposez que l’intensité de la force soit grande, et le temps très-court, et vous aurez une convulsion soudaine ; mais vous pourrez obtenir exactement le même résultat apparent, si vous supposez l’intensité très-faible et le temps très-long. Cette vérité est démontrée d’une manière frappante par les cascades de glace et les crevasses des glaciers des Alpes ; et plus d’un phénomène géologique, qui semble, au premier abord, indiquer une violente convulsion, a pu être réellement produit aussi par une action presque imperceptible.

L~3 glaçons. — Les plus grandes crevasses se trouvent

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