‹ Les glaciers et les transformations de l'eauChapitre 35 sur 126 · CREVASSES TRANSVERSALES · texte numérisé non relu

CREVASSES TRANSVERSALES

leur dislocation est encore augmentée par la descente.

Que doit-il se passer au pied de la chute? Ici l’escarpement diminue tout à coup. Il est clair que les crevasses doivent non seulement cesser de s’élargir, mais même se refermer complètement ou en partie. Au haut de la chute, la courbure rendait la surface convexe ; au bas, la courbure rend la surface concave. Dans le premier cas, il y a tension, dans le second, pression; donc, dans le premier cas, les crevasses doivent s'ouvrir, et, dans le second, se refermer. Les faits observés s’accordent tout à fait avec ce raisonnement.

Etendez le bras nu, et marquez-y, à l’encre, deux points à quelques centimètres l’un de l’autre, juste en face du coude. Pliez maintenant le bras : les points se rapprochent et finissent par se toucher. Ces deux points peuvent représenter les deux bords d’une crevasse au bas d’une chute; la flexion du bras ressemble à celle de la glace, et le rapprochement des deux points rappelle celui des deux bords d’une fissure.

Les mêmes observations s'appliquent à différentes parties de la Mer de Glace. En certains endroits, l’inclinaison du fond change, et lorsqu’il franchit la ligne de séparation, le glacier se brise. C’est ainsi que se forment les crevasses transversales. Il existe un de ces changements d’inclinaison en face de l’Angle, et un autre, plus grand encore mais de même nature, au haut du Glacier des Bcis. Il en résulte qu’au premier de ces deux endroits la Mer de Glace est impraticable, et qu’au second la surface est tourmentée et déchirée comme nous l’avons vu. Audessous de l’Angle, et au pied du Glacier des Bois, la pente diminue, les crevasses se referment, et le glacier présente de nouveau une surface continue et compacte.

Crevasses latérales. — Et alors, si l’inclinaison du fond restait constante, est-ce qu’il n'y aurait pas de crevasses ? Il y en aurait certainement moins, mais elles ne disparaîtraient pas entièrement. En effet, d’autres causes encore font subir une tension à la glace, et en déterminent la rupture. De toutes ces causes, la principale est le mouvement plus rapide du centre du glacier.

Les travaux d’un savant éminent que nous avons perdu, W. Hopkins, de Cambridge, vont nous permettre d’expliquer à fond ce point difficile. Mais le plaisir de trouver cette explication serait encore augmenté si nous pouvions voir auparavant les apparences trompeuses dont il s’agit de rendre compte. Je voudrais, si cela était possible, pouvoir vous transporter avec moi à Bâle, à Thun, à Interlaken, et enfin à Grindelwald, pour vous mettre en présence du Wetterhorn et de l’Eiger, et vous rapprocher de tous les plus grands pics de l’Oberland bernois, du Finsteraarhorn, du Schreckhorn, du Monch et de la Jungfrau. A Grindelwald, nous le savons, se trouvent deux glaciers bien connus, l’Ober Grindelwald et l’Unter Grindelwald; c’est par ce dernier que commenceront nos observations.

Descendant du village jusqu’au fond de la vallée, nous remontons la montagne opposée, et, laissant à notre gauche les grands précipices du Wetterhorn, nous gravissons un sentier d’où nous pourrons dominer le glacier. Là nous verrons de beaux spécimens de crevasses qui s’ouvrent au sommet d’un talus, et se referment au pied de ce même talus. Mais le point le plus intéressant, ce sont les crevasses qui se forment sur le côté de ce glacier, les crevasses marginales.

Ici en effet, le bord est coupé de nombreuses fissures,

grevasses latérales

même dans les endroits où le centre est compacte, et nous remarquons particulièrement que les Assures ne sont ni longitudinales, ni transversales, mais obliques , faisant avec le bord du glacier un angle d’environ 45 degrés. Ces crevasses se dirigent du bord vers le haut du glacier, de sorte que les extrémités qui viennent aboutir à la montagne semblent traînées vers le bas. Si nous en savions moins sur les glaciers, il est probable que l’aspect de ces Assures nous ferait penser que les bords du glacier sont animés d’un mouvement plus rapide que le centre, et le laissent derrière eux.

Telle est, en effet, la conclusion que M. Agassiz'avait tirée de ces apparences, avant d’avoir mesuré le mouvement des bords et du centre du glacier de l’Unteraar. Au contraire, M. Hopkins, bien accoutumé aux problèmes de la mécanique, a déduit l'obliquité des crevasses latérales du mouvement plus rapide du centre. C’est ce point qu’il faut tâcher d’éclaircir ici.

Soient AC et BD les deux bords d'un glacier qui se meut dans le sens indiqué par la Aèche. Considérons la tranche ST prise en ligne droite, perpendiculairement au sens de la marche du glacier. Dans quelques jours ou quelques semaines d’ici, cette tranche aura descendu, et, comme le centre marche plus vite que les bords, elle ne sera plus

droite, mais elle se recourbera de manière à présenter la forme de S'T\

Appelons Ti un petit carré de la tranche telle qu’elle était d’abord, pris dans le voisinage d’un des bords. Dans sa nouvelle position, le carré se sera déformé et sera devenu le losange T'*'. Considérons un instant la diagonale Ti du carré ; dans sa position inférieure, cette diagonale s’allongerait et deviendrait T'i', si la glace pouvait s’allonger. Mais la glace ne s’allonge pas ; elle se brise, et nous avons une crevasse perpendiculaire à la ligne T'i'. Il suffit de regarder la figure pour reconnaître que la crevasse est dirigée obliquement vers le haut du glacier.

Tout le long du bord du glacier, la vitesse plus grande du centre détermine une tension semblable, et il en résulte que les deux bords sont coupés d’un grand nombre de ces crevasses obliques, même aux endroits où le centre reste intact.

Il est curieux de voir, sur d’autres points, les fissures transversales du centre se réunir à celles des bords, de manière à former de grandes crevasses recourbées qui vont d’un bord du glacier à l’autre (Voyez pl. V, fig. 2, en face de la page 57). La convexité de la courbe est tournée vers le haut, comme l’indique la mécanique. Mais ceux qui sont étrangers aux principes de cette science ne concluraient jamais de l’aspect de ces courbes que c’est le centre qui marche plus vite. Dans les endroits où une masse de terre a glissé sur une pente, ou dans le mouvement de masses de boue à moitié durcie, on remarque quelquefois des apparences semblables à celles que présente la glace.

Crevasses longitudinales. — Nous avons expliqué l’origine des crevasses transversales et des crevasses latérales. Mais lorsqu’un glacier, au sortir d’un défilé étroit et es-

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